mardi 14 novembre 2017

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable

Bon, vous le savez déjà si vous suivez ce blog, je suis une grande fan de François-Henri Désérable... Si vous ne le saviez pas encore, allez faire un tour par pour vous en rendre compte ! ;)
Donc son livre paru en septembre, Un certain M. Piekielny était un de ceux que j'attendais le plus dans la rentrée littéraire !

Le jeune auteur part, pour son dernier roman, d'un souvenir de lecture. Il avait lu, adolescent, La Promesse de l'aube, de Romain Gary, un livre dont il dit qu'il l'avait fasciné, et qu'il dit relire très régulièrement depuis. Une phrase du roman, notamment l'a marqué : "au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny". Ce M. Piekielny était en fait un voisin de Romain Gary enfant. Aussi, lorsque cet homme décrit comme une "souris triste" rencontre le jeune Romain, il pressent déjà son grand avenir, et lui demande de parler de lui à tous les grands de ce monde qu'il rencontrera. D'après ce qu'il écrit dans La Promesse de l'aube, Gary aurait effectivement respecté cette promesse. Se retrouvant un jour, complètement par hasard, perdu dans Vilnius (alias Wilno), François-Henri Désérable erre jusqu'à se retrouver dans la rue en question, devant l'immeuble où habitait cet homme mystérieux. Ni une ni deux, dès son retour chez lui, il va se lancer dans une enquête tendant à retrouver la trace historique de ce personnage littéraire...


Bon, ayant lu le résumé du roman, je dois avouer que j'étais un peu moins emballée que prévu par ma lecture. Déjà, je ne suis pas très attirée par l'univers littéraire de Romain Gary. Ensuite, ce livre ressemble plus à un récit du parcours de François-Henri Désérable qu'à un véritable roman. Et effectivement, une fois la lecture entamée, cela confirmait ma "crainte". Car oui, j'ai là un autre aveu à faire : je ne suis jamais très à l'aise avec ce genre qu'on appelle l'autofiction. Donc ce genre de narration, dont on ne peut jamais démêler le vrai du faux, ça n'est pas ma tasse de thé. Malgré cela, je comptais sur l'humour nonchalant de l'auteur pour me faire accrocher à son roman. Malheureusement, je trouve que ce fameux humour que j'apprécie tant était moins fort, moins percutant en étant directement rapporté à la vie de l'auteur que quand il sert à relater la vie d'un personnage autre, d'une tierce personne. Donc finalement, je n'ai pas accroché autant que je l'aurais voulu, j'ai même mis du temps à arriver au bout de cette lecture...

Finalement, j'en garde malgré tout un bon souvenir grâce au twist final, qui redonne la saveur qui manquait, selon moi, à ce roman. Pas de panique, je ne vais pas vous le dévoiler ! Je me permets tout de même un petit indice, la pirouette du romancier ne relevant pas de l'évidence... Intéressez-vous à la signification des noms !

Quoiqu'il en soit, c'est donc un bilan mitigé pour ce livre, lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2017.


lundi 18 septembre 2017

Au temps de la préhistoire, Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon

La rentrée littéraire, ça se passe aussi du côté jeunesse ! Et c'est avec beaucoup de rires que j'ai découvert ce nouvel album de Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon. J'aime beaucoup leur travail à ces deux-là, notamment avec la série des aventures de la princesse Nina... J'étais donc très contente de les retrouver encore sur un autre terrain : celui de la préhistoire !


En fait, cet album est une revisite du conte des trois petits cochons, à l'époque de la préhistoire. Rien de très original du point de vue de l'histoire donc, mais des touches d'humour vraiment top dans la réécriture. Christine Naumann-Villemin s'amuse beaucoup en mélangeant préhistoire et époque moderne. Ainsi, lorsque les cochons sont chez eux, tranquillement installés, ils mettent leur "programme" (télé ?) préféré. Pour l'un ça sera le coucher du soleil, l'autre les étoiles... Mais le plus drôle, dans ce texte, ce sont les dialogues. A la préhistoire, on ne parle pas le beau français que nous connaissons, mais un langage fait d'onomatopées, rendant la lecture franchement hilarante. Et la traduction que nous en fait l'auteure est souvent tout aussi drôle. Par exemple, en langage préhistorique, "Pas question" se dit "Blabla tagadapouet pouett" ! (Je ne vous ai pas mis l'exemple le plus drôle, histoire de vous laisser le plaisir de découvrir toutes les autres ;) ). N'ayant pas d'enfants, je me suis contentée de lire cet album seule, dans ma tête. Mais pour ceux qui en ont, j'imagine que la lecture avec les enfants doit donner un beau moment d'hilarité générale ! Malgré une fin un peu décevante, je pense que ce sera un de mes coups de coeur pour cette rentrée !

Le plaisir de cet album, c'est aussi celui de retrouver les illustrations de Marianne Barcilon. On retrouve chez ses personnages un peu toujours les mêmes expressions de visage, mais le dessin est à la fois drôle et tendre (quoique dans cet album-ci, on est plus dans le drôle). Les couleurs sont très bien choisies, et les aplats de couleur participent à cette beauté des illustrations.


J'en profite pour vous parler d'un autre album de cette rentrée, également illustré par Marianne Barcilon : Overdose de rose (l'illustratrice a collaboré avec Fanny Joly). A l'illustration, j'ai tout de suite été attirée, d'autant que le titre et la couverture laissent imaginer un propos intéressant, sur une petite fille à qui on impose le rose, mais qui le rejette. C'est effectivement ce qui se passe dans cet album. Pourtant, c'est un petit un coup de gueule que je pousse ici. D'abord parce que les choses vont trop vite, sont trop simples, et donc ce discours parait ici un peu stéréotypé (alors que le but était inverse). Et surtout pour la fin (désolée, je vous la dévoile... ALERTE SPOILER donc). A la fin, la petite fille est autorisée à ne plus s'habiller en rose. Le texte dit qu'elle choisit toutes les couleurs, mais sur l'illustration, on la voit habillée en bleu, sur un vélo bleu, etc. Un peu facile donc, d'un stéréotype, on court dans le stéréotype opposé. Ici ça n'est pas "tout blanc tout noir", mais "tout rose tout bleu"... j'aurais préféré voir une petite fille habillée de toutes les couleurs, histoire d'éviter ce piège !


Deux albums lus dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2017.



lundi 4 septembre 2017

La nuit des enfants qui dansent, Franck Pavloff

Je suis certaine que beaucoup d'entre vous connaissent le nom de cet auteur : Franck Pavloff. Non ? Ca ne vous dit rien ? Et si je vous disais, plutôt, Matin Brun ? Vous savez, ce petit opuscule de quelques pages qui nous parle vite et bien d'une société se transformant en dictature ? Je pense que vous êtes beaucoup à l'avoir étudié, ou bien simplement lu, lors de votre cursus scolaire ! En tous cas c'est mon cas, et c'est pour ça que j'ai eu envie de lire La nuit des enfants qui dansent lorsque je l'ai vu en service de presse. J'avais plutôt une bonne image de cet auteur, et j'avais donc envie de découvrir son dernier roman...

S'y croisent plusieurs personnages, aux parcours de vie difficiles, des solitaires. Zâl est un slackeur : il fait des acrobaties sur une corde tendue en hauteur, entouré de ses oiseaux. Il rencontre d'abord Téa, une jeune femme blessée (plus mentalement que physiquement) par son beau-père, qui tombe amoureuse de Zâl. Puis Andras, un homme taciturne, abîmé par les épreuves de sa vie hongroise, entachée de totalitarisme et guerre. Ces trois personnages, aux sensibilités et aux buts bien différents, vont peu à peu s'attacher les uns aux autres, alors qu'au début ils se rejetaient. Eux qui erraient chacun de leur côté vont unir leurs destins le temps d'un festival à Budapest, et ouvrir les yeux sur leurs convictions parfois erronées. Une histoire qui promet d'être touchante donc.


Et pourtant je n'ai pas accroché, je n'ai pas aimé ce roman. D'abord, parce que finalement, les personnages sont très stéréotypés. Il y a le jeune plein de rêves qui considèrent les vieux comme rétrogrades, et persuadé que la jeune génération et des personnes plus âgées sont incapables de se comprendre et de communiquer. Face à cela, l'homme plus vieux, qui regarde en arrière. Qui se lamente sur son passé difficile, avec des épreuves incomparables à celles qu'affrontent les jeunes d'aujourd'hui. Qui considère que l'avenir ne peut plus rien lui offrir de bon. Et puis, il y a la jeune femme, séduisante, délicate et sensible, prête à tout pour séduire l'homme qu'elle aime, même pour un temps à passer pour un vulgaire objet sexuel si cela peut faire plaisir à monsieur. Alors certes, leurs points de vue finissent par évoluer, mais j'ai trouvé que ces personnages trop caricaturaux enlevaient de la profondeur à l'histoire.

Mais surtout, ce que je n'ai pas apprécié, c'est l'écriture. Franck Pavloff utilise bien trop de phrases narratives. Certes, cela peut donner un style intéressant à un texte. Mais comme pour toutes les bonnes choses, il ne faut pas en abuser. Là, il y en a bien trop, et cela apparaît plus comme une facilité d'écriture que comme un ressort littéraire intéressant. Quant aux dialogues, les phrases échangées entre les personnages sont comme eux : stéréotypées. Jeunes et vieux se parlent à coup de maximes inventées, des phrases grandiloquentes, semblables en rien à un style de langage naturel et simple comme le sont en réalité ces personnes. Donc une grosse déception sur ce point, alors que je pensais retrouver avec plaisir un auteur que j'avais apprécié... Dommage !

Un livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2017.


vendredi 18 août 2017

Sucre noir, Miguel Bonnefoy

La rentrée littéraire a commencé, alors c'est parti, j'ai moi aussi commencé mes lectures ! Et on ouvre le bal avec Miguel Bonnefoy, et son magnifique roman Sucre noir. Je vous ai déjà parlé de cet auteur à plusieurs reprises, notamment pour ses deux précédents ouvrages : Le voyage d'Octavio et Jungle. C'est un auteur que j'aime beaucoup, que j'ai trouvé prometteur dès son premier roman, et dont j'attendais cette dernière parution avec impatience. J'ai donc dévoré Sucre noir sans me poser plus de questions, sans même avoir lu le résumé.


C'est donc avec grand plaisir que j'ai retrouvé la langue si poétique de Miguel Bonnefoy. Ses descriptions sont toujours magnifiques, et on sent à travers son écriture tout l'attachement qu'il a pour la terre, et pour son pays, le Venezuela. On est d'ailleurs parfaitement dans la lignée des auteurs sud-américains, et on retrouve dans les romans de Miguel Bonnefoy le réalisme magique propre à un certain Gabriel Garcia Marquez, pour ne citer que lui. Ainsi, dès le premier chapitre de ce roman surprenant, on trouve un bateau de pirates, échoué au coeur d'une forêt. Cela peut donner lieu à une description si bien maîtrisée qu'elle nous en fait perdre nos sens, confondre la forêt et la mer d'où vient ce bateau. Cet extrait m'a tellement fait vibrer, que je vous le partage, histoire de vous donner encore plus envie !

Au bout d'un mois, le temps changea. Le ciel se couvrit de nuages noirs et la forêt devint houleuse. L'air froid venait du large. La frégate tangua, donna de forts coups de poupe contre le manguier. Au milieu de la nuit, une puissante tempête s'abattit sur le navire. Le vent gonfla les voiles. Des trombes de feuilles tombaient, de grosses branches assommaient les marins, et tous s'agrippaient au parapet, attachés aux cordages qui tiraient à rompre. La frégate remuait en tous sens. Dans les arbres, elle dansait comme un bouchon. Les hommes couraient, rampaient, priaient. Sur le pont mouillé et glissant, ils pouvaient à peine se tenir. Ils luttèrent pendant toute une nuit contre les assauts de l'orage. La quille gémit jusqu'à l'aube et un matelot eut si peur que, le lendemain, avec une superstition patriotique, il fit hisser à la corne le pavillon national. 
Voilà, c'était donc pour cette langue que je trouve si raffinée qu'elle nous fait réellement voyager, avec une poésie tout en douceur. Quant à l'intrigue de ce roman, elle est en fait basée sur la recherche d'un trésor, celui du capitaine Henri Morgan. Plusieurs siècles après la mort du capitaine, un homme, Severo Bracamonte, débarque dans un village proche de la cache présumée du trésor. Sa vie n'est que recherche du trésor, il ne pense qu'à ça, et se fait scientifique et explorateur effréné pour toucher au but. Dans ce village, il croise le destin de Serena, une jeune femme qui ne sait pas réellement ce qu'elle attend de la vie, mais qui en attend certainement quelque chose. Ces deux personnages, qui laissent l'histoire naître tout doucement, tout en délicatesse, sont chacun à leur manière plein d'une fierté qui les rend quasi inaccessibles à ceux qui les entourent. Ce roman fait la peinture de personnages qui se lancent à poursuite de rêves qui semblent inatteignables, mais ils savent se donner les moyens d'y accéder. En revanche, ce qu'ils ne savent visiblement pas faire, c'est se contenter de ce que la vie leur offre. Il semble difficile pour ces personnages dont les destins se croisent d'ouvrir les yeux sur ce qui est juste devant eux. Aujourd'hui même, j'ai lu un entretien de Miguel Bonnefoy dans la revue Page des libraires, où il explique que cela coïncide avec l'histoire récente du pays dont il vient, le Venezuela (où se déroule bien évidemment le roman).

La seule critique qu'on pourrait faire à ce roman, à mes yeux, serait de dire que les rebondissements sont plutôt prévisibles, on les voit arriver un peu à l'avance. Mais finalement, ça ne m'a pas dérangée tant que ça, puisque je ne pense pas que l'intrigue en elle-même soit ce qui importe ici. Le coeur de ce roman, c'est les destins des différents personnages qui se croisent, des parcours de vie accidentés, mais des gens simples qui trouvent toujours un moyen de se relever. Cela pourrait donc faire une belle leçon de vie pour le lecteur ! Et puis en réalité, est-ce que cette intrigue n'est pas tout simplement un prétexte pour faire briller cette belle écriture que j'aime tant ?

Lors de ma lecture du Voyage d'Octavio, premier roman de Miguel Bonnefoy, je lui avais reproché d'aller parfois trop vite, de ne pas assez soigner certains passages. Défaut complètement corrigé ici ! On est dans un roman qui prend le temps de nous faire savourer chaque moment de lecture, et il n'y a plus du tout de goût de pas assez, comme cela pouvait être le cas dans le précédent roman.



Et de un roman lu pour le Challenge 1% Rentrée Littéraire ;)


vendredi 11 août 2017

Le cercle, Dave Eggers

Ce livre, je voulais le lire déjà lors de sa sortie en grand format, en avril 2016... (ça vous donne une légère idée de jusqu'où remonte ma PAL...). Du coup, à force d'attendre, je suis allée voir le film The Circle avant d'avoir lu le livre. Faible de moi, je suis allée voir ce film juste parce qu'il y avait Emma Watson au casting...


Bref, revenons-en à ce livre. Devant le film, j'ai été un peu déçue. L'histoire, calquée sur celle du livre, est celle de Mae. Jeune femme ambitieuse, elle est embauchée au Cercle, une entreprise plus ou moins inspirée du Google que nous connaissons, mais avec une avancée plus technologique plus importante encore. Au Cercle, tout le monde a un compte TruYou : un profil de réseau social, mais avec son identité propre, pas de pseudo, ce qui permet d'éviter les rencontres facheuses en ligne, ou les commentaires injurieux. Mais le Cercle, ça n'est pas une simple entreprise de nouvelles technologies. C'est une communauté entière de personnes rêvant d'accomplir la complétude du Cercle, et de trouver toujours plus de moyens technologiques permettant d'éradiquer les mauvais comportements, mais aussi la criminalité. Ainsi, le Cercle met en place un système de transparence, notamment adopté par la plupart des représentants politiques. Les volontaires se font offrir une caméra et un espace de stockage démesuré, afin de filmer chacun de leurs faits et gestes. Pour une personne lambda, rien de bien grave, sinon des secrets à petit échelle dévoilés. Mais pour un homme ou une femme politique, cela représente beaucoup plus : cela signifie plus de magouilles et de tricheries politiques. Et au Cercle, de nombreuses innovations permettant des avancées "morales" sont ainsi imaginées et mises en place.

Mae, lorsqu'elle trouve un poste au sein de cette merveilleuse entreprise, siégeant au coeur d'un campus futuriste, où tout est accessible (divers restaurants, dortoir sur place, groupes de sports en tous genres, mais aussi groupes de parole, soins médicaux, et même expositions d'oeuvres d'art...), ne peut s'imaginer plus heureuse. Tout au long du roman (et du film), on suit tout ce qu'elle apprend sur les projets entrepris au Cercle. On suit son émerveillement devant tous les possibles qu'ouvre la technologie. Oui mais... Certes, tout cela paraît bien beau, mais il 'y a pas que du positif. Qu'en est-il de ceux qui refusent d'avoir un compte sur un réseau social aussi populaire ? Qu'en est-il du principe de libre-concurrence, en passe d'être anéanti par une entreprise privée qui possède quasiment le monopole, et qui voudrait offrir tous les services possibles et imaginables en un seul réseau ? Qu'en est-il des détracteurs de ces avancées technologiques ? Car bien sûr il y en a, à commencer par Mercer l'ex petit ami de Mae. A chaque fois que ces deux-là se voient, Mercer lui sert de grands discours sur l'omniprésence du Cercle dans sa vie, l'incapacité de tous les utilisateurs à exprimer les émotions autrement que par un smiley heureux ou fâché... Et ces discours ont le don d'exaspérer Mae.

Une telle histoire, on se doute où cela va déboucher. Tout cela sent à plein nez la dystopie, avec le personnage quasi héroïque qui, au début croyait dur comme fer au bien fondé de tout ce système, puis qui se rend compte finalement qu'il n'y a pas que du bon, et qui va être l'agent double qui permettra la destruction du système en question. ATTENTION SPOILER !!

Dans le film, au scénario assez simpliste, c'est plus ou moins ce qui se passe. L'industrie hollywoodienne a voulu faire un film bien gentillet, où il y a les petits gentils et les gros méchants, et où forcément, les gentils finissent par gagner. Alors en lisant le roman, je m'attendais à la même chose. Ce que je recherchais en revanche, c'était à mieux identifier le moment où le personnage de Mae inverse son rôle, et commence à se rendre compte de la perversité de ce système, quasi-tyrannique quand on y pense. Oui mais voilà. Dans le roman (comme c'est d'ailleurs souvent le cas), les choses sont beaucoup plus subtiles. Au Cercle, tout le monde est gentil, et tout est merveilleux. C'est bien ce qu'on ressent au début, si bien que Mae elle-même ne se sent pas tout à fait à sa place. Mais elle finit par s'y intégrer, et on admire à travers ses yeux la mécanique bien huilée d'une telle entreprise.


Et là, Dave Eggers sait parfaitement nous prendre au piège. A chaque avancée technologique présentée, ne sont indiqués quasiment que les arguments pour. Le contre, c'est laissé aux détracteurs de l'entreprise, qui ne sont en réalité que des marginaux, ou des personnes à la moralité douteuse. Cette logique est tellement bien menée, que devant certaines propositions, on se prend, nous lecteurs, à y voir que du bon. Pendant ma lecture, une petite voix dans ma tête me chuchotait bien que oui, mais quand même, il y avait aussi du négatif, mais la démonstration est si efficace qu'on se laisse aller à croire que l'idée n'est finalement pas si mauvaise que ça. Ainsi, c'est un livre qui fait énormément réfléchir. Oui, c'est une dystopie, donc cela ne représente pas la réalité. Et pourtant, à la manière des romans de Philip K. Dick, cet univers n'est franchement pas si éloigné du nôtre, et c'est peut-être même (voire certainement) ce vers quoi nous nous dirigeons avec l'essor toujours plus grand des nouvelles technologies, et leur emprise sur nos vies. Rien que pour cela, ce roman est à faire lire au maximum de personnes, et de toute urgence !

mercredi 19 juillet 2017

Matthieu Maudet

Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un auteur-illustrateur jeunesse découvert il y a peu (je suis un peu à la ramasse parfois...), et qui est réellement génial ! Mesdames et messieurs, j'ai nommé... Matthieu Maudet ! Il compte à son actif de nombreux albums cartonnés, à destination des plus jeunes, et qui sont un vrai régal. Des petites histoires aux rebondissements délicieux, dont les chutes font toujours sourire. Et des illustrations aux couleurs vives, et en même temps assez tendres.

J'ai découvert cet auteur-illustrateur avec la parution, en avril, de l'album Le Piège Parfait. Il y est question d'un petit garçon à qui on donne un livre en lui disant d'aller capturer un animal. Au fil des pages, on le voit élaborer des pièges à destination de plusieurs animaux, mais ceux-ci sont tous plus malins que lui. Par dépit, il finit donc par s'asseoir et commencer à s'intéresser au livre qu'il tient entre les mains. Le piège parfait, donc, pour attirer calmement tous les animaux !


Je connaissais déjà également Les orteils n'ont pas de nom, mais sans avoir jamais fait attention aux noms inscrits sur la couverture. Ici, on part du constat posé par le titre, pour ensuite essayer de trouver un nom aux orteils. On essaie plein de choses : le système numérique, alphabétique, les couleurs, les notes... Très drôle donc ! Petite précision : ici, le scénario est de Jean Leroy, comme vous le voyez. 


Ces deux-là n'en sont pas à leur première collaboration. Il y avait également eu Le tout petit fermier. Un fermier que l'on cherche, mais on ne voit que ses animaux. Les pages se tournent, on voit des animaux de plus en petit, et l'enfant s'amuse à se demander quelle taille fera l'animal derrière lequel se cache le fermier. Pour celui-ci, j'étais moins fan, peut-être à cause de la facilité de la chute... 

Je connaissais aussi Un enfant parfait, scénarisé par Michaël Escoffier. Cet album raconte l'histoire de parents qui vont au magasin pour choisir un enfant. Ils se rendent pour cela dans un grand magasin, qui peut faire penser à nos Ikea et autre Conforama... Et les voilà qui trouvent l'enfant parfait ! Ils l'adoptent donc, et sont ravis de cet enfant qui obéit au doigt et à l'oeil, qui se couche sans faire d'histoires, qui mange de tout, qui est sage à l'école... Bref, cet enfant ne pose aucun problème ! Mais tout ne peut pas être si simple... 


Récemment, est également sorti Y a un loup. Un petit oiseau, en train de se promener, tombe nez à nez sur un loup en train de manger tranquillement un sandwich. Affolé, il s'écrit "y a un loup !", et court prévenir ses copains... qui le suivent, pour avertir à leur tour les autres. Jusqu'au moment où l'on réalise qu'ils ne font que tourner autour d'une sorte de cube. Si bien qu'on se doute qu'ils vont finir par retomber sur le loup... 


Enfin, après tout cet aperçu, je dois vous révéler quel est mon album favori parmi cette sélection... Et j'ai nommé J'y vais !. Un album aux illustrations vraiment touchantes, où un petit poussin part annoncer à tous ses proches, que c'est décidé, il y va. Chacun y va de sa recommandation, de son cadeau pour l'équiper... Cela semble donc être un grand départ ! Mais pour quelle destination ? 
Je vous laisse vous procurer l'album (en bibliothèque, ou en librairie bien sûr !) pour le savoir ;) 


vendredi 16 juin 2017

Génération K, Marine Carteron

A Noël, ma collègue du rayon jeunesse m'avait parlé de cette série de romans jeunesse : Génération K de Marine Carteron. J'ai mis du temps à me lancer, mais ça y est, je l'ai lue ! Et du coup j'ai enchaîné les deux premiers tomes (et j'attends le troisième, qui doit sortir en octobre si j'ai bien compris ^^). Quoiqu'il en soit, j'ai fait là une belle découverte, tant pour la série que pour l'auteure. Elle s'était déjà fait connaître avec une trilogie précédente : Les Autodafeurs. Par manque de temps, je n'avais pas lu cette série, mais elle m'avait déjà beaucoup tentée, et elle me tente encore plus maintenant que je connais le talent de son auteur !

Mais Génération K est bien différent des Autodafeurs. Dès le début, les choses paraissent très mystérieuses. Au premier chapitre, on suit un groupe de gens du voyage, mais on n'en apprend que très peu sur eux, si ce n'est qu'ils sont attachés à un "Maître", et que deux femmes parmi eux ont des capacités d'écoute très développées (la plus jeune, en tous cas, est appelée "Celle qui écoute"), mais on ne sait pour le moment rien de plus. Ensuite, les choses s'enchaînent, et nous suivons désormais une femme, visiblement sur le point de jumeaux, mais menacée par un groupe nommé "les enfants d'Enoch". Mais là encore, nous n'en saurons pas plus pour le moment. Et là également, l'étrange s'installe : cette femme sent ses bébés lui parler, et la guider. Et enfin, dans le troisième chapitre, on est propulsés une vingtaine d'années plus tard. On retrouve d'abord deux jeunes gens, Georges et Kassandre. Georges est un orphelin, qui a fini en prison. Kassandre est la fille d'un couple suisse richissime et au summum du chic, persuadé de sa supériorité sur le reste du monde. Mais Kassandre ne partage absolument pas cette opinion : elle est fan de musique metal, et cherche à se rebeller à tous points de vue, tant dans son look provocateur, que dans ses réactions au standing de ses parents. Ces deux ados, en plus de leurs côté rebelle, ont quelque chose en eux d'encore plus sombre. Georges a comme une bête dans son cerveau, qu'il peut lâcher sur les gens qui l'embêtent. Quant à Kassandre, elle peut sentir battre les coeurs des personnes qui l'entourent.



Après avoir planté ce décor, plein de mystères, l'auteure ne s'empresse pas de nous en apprendre plus. Un moyen est offert à Georges de retrouver son père, de savoir d'où il vient, tandis que Kassandre semble être recherchée pour quelque chose contenu dans son sang. En fait, on comprend assez vite que l'un comme l'autre sont recherchés pour la même chose. On finit par apprendre que ces deux jeunes sont des "Génophores" : leur code génétique contient une particularité qui les rend précieux. Mais ils ne sont pas seuls, car Mina, qui se trouve être la meilleure amie de Kassandre, est également traquée pour la même raison, et elle possède elle aussi un pouvoir étrange. Finalement, Georges et Kassandre vont atterrir chez un groupe de personnes censées les sauver des fameux enfants d'Enoch. Mais là encore, tout n'est pas clair. On comprend que plusieurs groupes veulent indiquer à ces jeunes quelle semble être la conduite à tenir, mais le malaise demeure pour le lecteur. Aucune de ces solutions ne semble être "bonne".

Le suspense est donc présent tout le long des deux premiers tomes de cette saga : on ne sait jamais jusqu'où tout ça va aller, ni à quoi cela va aboutir. Et cette impression de malaise nous tient également, et tout cela fait qu'il est bien difficile d'arrêter sa lecture. Un des gros atouts de cette série, c'est l'immense culture scientifique dont fait preuve l'auteure. En effet, sur toute la partie de manipulations génétiques, elle semble s'être énormément documentée. Au début du tome 2, on retrouve également une présentation rapide des différentes ères du vivant sur notre planète, là encore, bien détaillée et renseignée. Même si on est dans une saga de science-fiction, un genre qui ne plait pas forcément à tout le monde, cet aspect inscrit très bien la série dans un réel presque plausible, et cela crée une réflexion sur le cours de l'histoire du monde. En revanche, un point m'a un peu gênée : ce sont les descriptions d'attaques, ou bien celles des pouvoirs des jeunes Génophores. Il y a des scènes très peu ragoutantes, voire réellement difficiles. J'ai un peu frissonné de dégoût à la lecture de certains passages plutôt gores. Attention donc, âmes sensibles, s'abstenir ! Mais pour les autres, foncez ! Cette série vaut le détour !