mardi 18 septembre 2018

49 poèmes carrés dont un triangulaire, Emmanuel Venet

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de poésie, et quand j'ai vu le titre de ce recueil, ça m'a tout de suite fait sourire, alors je m'y suis lancée !

Dans ces poèmes, Emmanuel Venet évoque l'air de rien, comme une histoire, sa vie de couple. Si cela paraît très beau, il va vite en venir à ce qui noircit le tableau, selon lui du moins : les tâches domestiques empiètent trop sur le temps qu'il peut consacrer à ses poèmes. Vient alors une réflexion sur sa création, et ce que cela peut apporter d'écrire des poèmes. Tout cela est traité avec une fausse naïveté, ce qui apporte beaucoup de malice.



On trouve quelque chose de rafraîchissant dans ces poèmes bien rythmés. Assurément, ces poèmes carrés rappellent Apollinaire, mais comme Venet le souligne, ils contiennent une rythmique plus mathématique, géométrique, scientifique. Cette rime interne, d'ailleurs, revient souvent, ainsi que d'autres, qui apportent du relief à cette belle plume.

Cependant, même si cette forme du poème écrit en strict carré est très certainement novatrice, on retrouve finalement une même dynamique au sein de chaque poème. Le début est tout en douceur, comme un rêve. Puis suit une longue période, comme une envolée lyrique. Et enfin, une chute, souvent caustique. Certes, cela fonctionne plutôt bien, mais il n'en faudrait pas plus.

Finalement, ce recueil est bien dosé : sa lecture consiste en un bon moment assuré, et cela s'arrête juste quand on pourrait commencer à se lasser. Je vous invite donc à découvrir ces quelques pages de toute urgence ! Comme d'habitude, voici le lien pour vous le procurer en ligne : par ici !

samedi 15 septembre 2018

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry

En cette rentrée littéraire, je retrouve avec plaisir une de mes auteures favorites, Sophie Divry. Je dis qu'elle fait partie de mes chouchous, alors qu'en réalité, je n'avais jusque là lu qu'un seul livre d'elle : Quand le diable sortit de la salle de bains, dont je vous avais parlé ici. Et pourtant, son style m'avait plu d'emblée, et je surveillais ses nouvelles sorties avec impatience. Alors j'ai été ravie de la retrouver avec Trois fois la fin du monde, que j'ai lu grâce à NetGalley

Dans ce nouveau roman, on suit Joseph Kamal, qui doit purger une peine de prison après avoir participé à un braquage avec son frère. En même temps que la découverte de l'univers carcéral sans pitié, il doit surmonter la mort de son frère, survenue lors du braquage. C'est une nouvelle vie douloureuse qui semble l'attendre, d'autant que sa peine est longue. Seulement, par une sorte de miracle, il va pouvoir s'échapper lors d'une catastrophe. La Catastrophe, mot qui reviendra tout au long du roman, est en réalité une explosion nucléaire qui a décimé toute la moitié sud de la France. Seuls quelques immunisés restent en vie, mais ils sont très peu, et sont incités à regagner la zone nord. Joseph en fait partie, mais il est trop heureux de sa liberté retrouvée et ne songe qu'à rester vivre dans ces parages, profitant de sa solitude et de cette nature qui lui avait tant manqué. 

S'ouvre alors la troisième partie du roman, cette longue robinsonnade tant annoncée au sujet de ce roman. Joseph va tenter de s'organiser pour survivre alors même que l'électricité et l'eau courante ont été coupées. Il en profite pour se réapproprier cette nature dont il se languissait pendant ses années d'incarcération, et dont il ne prenait pas la pleine mesure lors de sa vie d'avant.



Sophie Divry signe ici un très beau livre. L'écriture est bien travaillée, alternant narration à la première personne en adoptant le point de vue de Joseph, et narration à la troisième personne qui embrasse un point de vue plus large. Cela apporte réellement du relief à la lecture, la voix de Joseph, celle d'un homme de niveau social assez bas amené à devenir délinquant, étant brute et parfois acérée. Le narrateur externe apporte un recul bienvenue, et une vision des choses plus posée et réfléchie. Si on est clairement dans le registre post-apocalyptique, on est loin des scènes de violence assez répandues dans ce genre. L'histoire alterne de façon très sage les moments d'adversité et ceux plus doux, qui permettent une réflexion plus poussée, donnant une tournure touchante.

Cette histoire dépaysante alliée à une écriture presque poétique font de Trois fois la fin du monde un grand roman. C'est pour moi un coup de coeur, que je vous encourage à découvrir. Si vous voulez l'acheter c'est par là ! De mon côté, je me dis qu'il va vraiment falloir que je retourne vers l'oeuvre de cet auteure, notamment vers La condition pavillonnaire, qui m'attire déjà depuis un moment... Si vous en avez lu plus que moi, n'hésitez pas à me laisser un commentaire ! 

J'ai lu ce livre dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.


vendredi 14 septembre 2018

Pêche, Emma Glass

Encore un roman fortement recommandé par ma collègue Delphine... et décidément j'ai encore bien fait de l'écouter, puisque ce petit texte est une pure merveille !



Pêche, c'est une jeune femme qui est victime de viol. Alors oui, là tout de suite, ça ne va pas forcément avec la "pure merveille" dont je viens de parler"... Mais la beauté de ce livre ne réside pas dans son thème, loin de là, mais bien dans l'écriture. Pour faire face à cette épreuve innommable, Pêche s'invente un monde, et une langue, aux sensations acérées. Ou plutôt, elle se réapproprie son univers en le nommant autrement, avec une vision nouvelle, à la fois plus précise, mais aussi élargie, recentrée sur sa perception de ce qui l'entoure. Les personnages sont (re)nommés selon ces perceptions. Elle, avec sa peau veloutée qui a semblé plaire à l'homme qui a pris possession de son corps, c'est donc Pêche. Son petit ami, grande tige qui étend ses branches, c'est Vert. Il y a aussi Sable, le meilleur ami toujours chaleureux dont on n'arrive pas à se détacher. Et ainsi de suite, on se retrouve face à une galerie de personnages étrangement tangibles. Finalement, il y aura quand même un personnage qui aura droit à un "vrai" prénom. Le violeur. Lincoln.

Comment reprendre goût à la vie, comment continuer à vivre même, après une si terrible épreuve ? Sa famille, ses amis, et même un professeur, voient bien que quelque chose cloche, mais personne ne semblerait à même de comprendre l'horreur qu'elle a vécue, qu'elle traverse, si elle disait la vérité. Chaque membre de son entourage semble trop obnubilé par son propre bonheur ou ses propres ennuis pour réellement s'inquiéter de ce qui arrive à Pêche. Elle se reconstruit alors seule, morceau par morceau, essayant de faire face à la menace de Lincoln, toujours présent autour d'elle. Même si on ne saisit pas tellement par quel miracle elle parvient à trouver la force de faire ce qu'il faut, elle trouve certainement du réconfort dans ces sensations accrues.

La langue, dans ce roman, est belle, et ne peut laisser indifférent. Les moments important sont marqués par des allitérations fortes et inhabituelles. Si on trouve dans ce roman une écriture à nulle autre pareille, il convient aussi de souligner le travail du traducteur, Claro. J'aimerais pouvoir lire le texte anglais afin de comparer, mais il ne fait aucun doute que cette traduction est plus que talentueuse. Cependant, par son sujet et à cause de certaines scènes assez crues et dérangeantes, ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains...

Ce roman a été lu dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.


vendredi 7 septembre 2018

Little Miss Florida, Kate Di Camillo

Ce petit roman pour jeunes adolescents m'avait attirée lors de sa publication (comme souvent les livres publiés chez Didier Jeunesse), alors quand j'ai vu qu'il était disponible sur Net Galley, je n'ai pas hésité à le demander !


Little Miss Florida, c'est aussi le nom d'un concours de jeunes miss, auquel veut participer Romy. Son père s'est enfui avec une autre femme, laissant sa mère désespérée, et ne prenant même pas la peine de s'inquiéter de sa fille. Gagner ce concours, cela signifierait avoir sa photo dans le journal et donc attirer l'attention de son père. Romy va donc se donner corps et âme dans ce projet : essayer de faire une bonne action, s'inscrire à un cours de majorettes... Lors de ce cours, d'ailleurs, elle rencontre deux de ses rivales, qu'elle observe pour tenter de les cerner. Il y a Beverly, la dure à cuire, et Louisianna, la grande sensible. Au fil de leur entraînement, ces trois fillettes vont se rapprocher alors que tout semble les séparer. Elles ont toutes été frappées par des épreuves de la vie, et vont pouvoir s'épauler afin de mieux les supporter.

On a là un roman assez amusant, qui saura sans mal divertir les plus jeunes. Les chapitres, plutôt courts, rythment bien la lecture, servie par une écriture fluide et sans fioritures. Cependant, si plusieurs scènes mettent facilement le sourire aux lèvres, on a du mal à s'attacher réellement aux personnages. Un roman divertissant donc, mais qui ne marquera pas forcément les esprits.

jeudi 6 septembre 2018

Einstein, le sexe, et moi, Olivier Liron

Cela fait un moment que je m'intéressais à l'univers de ce jeune auteur qu'est Olivier Liron, sans encore avoir pris le temps de lire ses œuvres. D'autant qu'il est publié chez Alma, un éditeur dont les romans m'attirent souvent. Alors en préparant la rentrée littéraire, quand j'ai vu que nous avions reçu ce livre en service de presse à la librairie, je l'ai tout de suite entamé !

Olivier Liron est un autiste Asperger. Cela peut parfois faire peur, on pense tout de suite "handicap", "ne peut suivre une vie normale", etc. Et certes, le parcours de ce jeune homme a quelque chose d'exceptionnel, mais pas au sens où on pourrait le penser. Il est exceptionnel car, alors qu'il était étudiant, il a participé à l'émission Questions pour un Super Champion ! Oui, car être Asperger, ça n'est pas une maladie, nous dit-il en préambule. "C'est une différence". Dans Einstein, le sexe, et moi, Olivier Liron retrace pour nous le tournage de cette émission à laquelle il a donc participé. Le récit suit l'ordre chronologique de ce tournage, et assez fidèlement (je suis sûre qu'on retrouverait même les phrases exactes si on visionnait l'émission en parallèle de la lecture du livre).


Au fur et à mesure qu'il retrace le fil de l'émission, Olivier Liron s'autorise des digressions, toujours inspirées par les questions, ou les paroles de Julien Lepers. Il revient alors, toujours avec une bonne dose d'humour et d'humilité, sur son parcours, son entrée dans la vie adulte, et le début de ses études. On sent alors là toute sa différence qui pourrait tenir en deux mots : codes sociaux. Il lui manque en effet certaines règles tacites, qui sont évidentes pour la plupart des gens, mais qui n'ont aucune explication logique. Son esprit rationnel semble donc avoir beaucoup de mal à intégrer ce type de règles. Notamment, il ne sait pas comment se comporter lorsqu'il se retrouve seul avec une femme, et on sent que, dans ces moments-là, il souffre de sa différence, même s'il ne le dit pas clairement. Il replonge aussi parfois dans son enfance, dont on sent qu'elle n'a pas vraiment été heureuse, même s'il en garde de bons souvenirs.

Il y a quelque chose de touchant dans ce récit d'un jeune homme qui tente tant bien que mal de s'adapter à un monde qui n'est pas toujours tendre avec ceux qui sortent de la norme. On retrouve une écriture très vivante dans ce livre. Comme il parle d'une émission dont on a tous, une fois ou l'autre, aperçu des images, on visualise parfaitement les scènes qui se déroulent devant nous. Les fans de Julien Lepers sauront également trouver leur compte. En effet, dans le ton des dialogues, on retrouve sans aucun mal les tonalités et mimiques si caractéristiques de l'animateur télé.

Une belle surprise pour cette rentrée littéraire, et surtout qui sort des sentiers battus. Si vous souhaitez vous le procurer, vous pouvez le faire en quelques clics, par ici ! Ce livre m'a redonné terriblement envie d'ouvrir enfin le premier roman d'Olivier Liron, qui dort sur mes étagères : Danse d'atomes d'or. Je vous en reparlerai donc certainement bientôt !

Ce livre a été lu dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.


mercredi 29 août 2018

Simple, Julie Estève

Simple, c'est un roman de la rentrée littéraire que ma collègue Delphine m'a vivement recommandé, alors qu'il me faisait déjà envie avant. Deux bonnes raisons pour me lancer dans cette lecture, donc.

Dans ce roman, nous suivons Antoine, qui vit dans un village corse, dans les années 70. Antoine, ou Anto, c'est le simple d'esprit de ce petit village, le "baoul". Sa vie est faite de petits bonheurs simples, il se contente de peu, et si on ne l'embête pas, il n'embête personne, du moins en apparence. Car en réalité, sa vie est bien compliquée par les autres, les habitants du village, qui ne le comprennent pas, et donc en ont presque peur. Ainsi, il est soupçonné d'avoir tué Florence, une jolie jeune femme qui faisait tourner les cœurs et que tout le monde appréciait.


Avec ses mots, et sa vision, simples, Antoine nous livre petit à petit la vérité. Il nous raconte son enfance, sa vie au village, ses copains, mais aussi ses ennemis. Car oui, certaines personnes le considèrent comme un ennemi, même si lui ne leur veut apparemment aucun mal. La mère de Florence, par exemple, qui voit bien que sa fille s'attache à ce jeune homme bizarre, et qui a peur qu'il n'arrive malheur. D'ailleurs, il lui arrivera malheur, à Florence, et si Antoine a toujours été gentil et attentionné envers elle, ce n'est pas la façon dont la plupart des gens voient les choses. En effet, Antoine est très naïf, alors quand Florence est abusée sexuellement, ou qu'elle se laisse séduire par des hommes qu'elle ne devrait même pas approcher, il est là pour la réconforter. Et quand on voit Florence s'énerver contre lui, il est facile de croire que c'est lui le responsable de son énervement et de sa douleur.

Ce roman est fait de cela. Des scènes de malentendu, où Antoine est considéré comme le seul coupable, alors que d'autres se sont joués de sa naïveté. C'est ce qui rend ce récit si poignant, car Antoine ne se rend pas compte de tout cela. Quant à savoir s'il est réellement le meurtrier de Florence, difficile à dire, jusqu'à la fin du livre. On apprend les choses par bribes, et il n'est pas évident d'assembler les pièces du puzzle. Si au fond de nous, on a envie de crier sur les toits que cet homme est tout sauf un meurtrier, qu'il est innocent, et bon au fond de lui, plus le livre avance, et moins on est sûrs de cela. On est donc happés par cette spirale qui fait que, si on a envie de le défendre, on a surtout envie de connaître la vérité, et que cette vérité éclate au grand jour. Notre cœur se tord devant l'impuissance d'Antoine, et sa vie faite de souffrances non méritées.

Ce qui frappe surtout, dans ce roman, c'est la langue employée. Antoine est lui-même le narrateur de cette histoire. La langue est donc brute, simple, celle d'un enfant à qui il manque des clés de langage. Les pensées s'enchaînent sans suite logique, on s'enfonce dans les méandres de cet esprit pourtant peu profond, mais torturé. Devant cette langue, encore plus que devant l'histoire d'Antoine, je n'ai su rester indifférente. Cette rudesse de langage m'a touchée droit au cœur, et j'ai la sensation d'avoir découvert là un livre brûlant d'émotions.

Je ne peux donc que vous encourager à aller découvrir par vous-même ce roman bouleversant, par ici. Ce livre a été lu dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.


lundi 30 juillet 2018

Libération, Patrick Ness

Dans ce roman, Patrick Ness nous livre en réalité deux histoires de libération, qui s'entremêlent au fil du texte. L'intrigue se resserre sur une seule et même journée, au cours de laquelle on suit Adam Thorn, puis, de façon inexplicable, on se retrouve aux côtés de l'esprit d'une jeune fille assassinée et d'un faune.

Adam est un jeune homme qui se cherche, et la journée à laquelle on assiste va déclencher toujours plus de questionnements dans sa vie. Si son homosexualité est une évidence pour sa meilleure amie Angela, et pour les quelques petits amis qu'il a eus jusque là, ses parents ont plus de mal à y faire face. Son père, pasteur, prie pour qu'il guérisse, tandis que son frère lui explique que ce n'est pas cela, le "véritable amour"... Et lui se débat au milieu de tout ça, entre un ex qui ne l'a pas aimé mais que lui aime encore terriblement, et un petit ami, Linus, qu'il n'arrive pas à aimer autant qu'il le mérite. Et comme si tout cela n'était pas déjà assez difficile, les problèmes vont venir s'empiler encore plus autour de lui au long de cette journée.


Le format de ce roman, où les chapitres figurent chacun un moment clé de la journée, est assez agréable. Le cadre est posé clairement dès le début, et on a donc déjà une vague idée de la suite des événements. Et pourtant, cela laisse aisément la place à de nombreuses divagations, puisqu'on suit le fil des pensées d'Adam. A travers cela, l'auteur fait d'ailleurs un beau clin d'oeil à Virginia Woolf, et notamment Mrs Dalloway que l'on retrouve dès la première page...

En parallèle de cela, on suit des personnages bien mystérieux. Une jeune fille a été assassinée quelques jours auparavant, et son esprit est revenu en quête de vengeance. Dans sa réincarnation, elle se lie à une certaine reine des esprits, accompagnée d'un faune qui veut la libérer. Si ces passages sont d'abord obscurs, ils vont en fait parfaitement se marier ac l'histoire d'Adam, et lui donner même encore plus de relief.

C'est peut-être à tous ces ingrédients que l'on reconnaît en Patrick Ness un grand auteur...

Si vous souhaitez découvrir à votre tour ce roman, vous pouvez l'acheter par ici en quelques clics !