lundi 15 octobre 2018

Gary Cook tome 2 : La voix des étoiles, Romain Quirot et Antoine Jaunin

En débutant cet article, je réalise que je ne vous avais même pas parlé du tome 1 de Gary Cook ! Pourtant c'était un de mes coups de coeur de la fin d'année 2017, il figurait même dans ma sélection de Noël à la librairie ! Mais bon, le manque de temps à cette période, c'est toujours un peu difficile pour le blog... Je vais me rattraper en essayant d'être brève...


Gary Cook vit avec ses amis, Max et Elliott, sous le pont des Oubliés. La terre semble condamnée à disparaître sous les eaux, mais eux ne peuvent rien y faire, et prennent leur mal en patience en profitant tant bien que mal de leur adolescence. Grâce à la petite embarcation qui leur permet de pêcher, ils ont une liberté qui leur est chère. Mais dans cet univers post-apocalyptique, les hommes ne sont pas sans rien tenter pour leur survie. Deucalion III, une navette spatiale, permettrait de s'échapper à la recherche d'une nouvelle planète où recommencer sa vie. Mais seuls les Invisibles, des personnes privilégiées qui n'ont que faire des misérables Oubliés, seraient admis à bord. Pourtant, lorsqu'une course de bateaux permet à un équipage de gagner sa place à bord de la navette, Gary et ses amis tenteront le tout pour le tout. En y accédant, Gary croit également pouvoir retrouver sa mère, disparue alors qu'il était enfant.

J'avais eu un réel coup de cœur pour ce roman, certainement lié au personnage de Gary, un adolescent qui veut en découdre, mais très sensible et donc touchant. J'avais également été bluffée par le procédé d'écriture assez particulier : c'est la première fois que je lisais un roman écrit à quatre mains, et l'exercice est parfaitement maîtrisé ! J'étais donc impatiente de découvrir la suite des aventures de Gary !

C'est désormais chose faite avec La voix des étoiles. J'étais vraiment contente de retrouver Gary, et j'ai dévoré ce roman en deux jours ! Le jeune homme a réussi à monter à bord de Deucalion III, et pourtant rien n'est gagné. Il est toujours du côté des Oubliés, bien plus nombreux qu'il ne pensait, qui ont organisé une ville au sein de la navette. Mais comme toujours, impossible d'entrer en contact avec les Invisibles, et toujours aucune trace de la mère de Gary. Pire encore, il ne sait même pas ce que sont devenus ses amis, alors le voyage s'annonce difficile.


Si j'ai suivi ces aventures avec entrain, comme dans le premier tome, j'ai été moins emballée par ce second tome. Les choses se passent avec un peu plus de lenteur, et il faut attendre la fin pour avoir de réelles informations qui apportent à l'intrigue générale. C'est dommage, mais pour autant je guetterai l'arrivée du tome 3 avec impatience !

 En attendant, vous pouvez vous procurer les deux premiers tomes par ici !

dimanche 14 octobre 2018

L'heure de nous réveiller ensemble, Kirmen Uribe

J'ai reçu ce titre grâce à Masse critique, de Babelio. C'est une découverte intéressante, je n'y serais pas forcément allée de moi-même si je n'avais pas eu cette occasion, mais c'est loin d'être un coup de coeur. 

A travers ce récit, Kirmen Uribe, l'auteur, a à coeur de nous raconter l'histoire du Pays-Basque espagnol, d'où il est originaire, au cours du vingtième siècle. Pour cela, il va se baser sur la vie d'une famille que sa mère a bien connue : la famille Letamendi Urresti. On est donc bien dans un récit de vie, pas tout à fait un roman, puisque tout cela est basé sur des faits réels, des personnages réels, et nourri de nombreuses recherches de la part de l'auteur. 



Txomin Letamendi rencontre sa future femme, Karmele Urresti, alors que le gouvernement basque est exilé en France, pendant la guerre civile espagnole. Cependant, loin de mener une vie de famille tranquille, ce couple sera sans cesse au coeur de la vie politique basque. A cause du régime franquiste, cela signifiera une partie de leur vie en exil, une implication sur la scène politique mondiale, des activités de résistance... bref, tout sauf un long fleuve tranquille. Pourtant, ils continueront de s'aimer, et de profiter des instants de bonheurs que la vie leur offrira. Sur ce point, le livre est sans conteste une réussite. Grâce à un jeu avec la chronologie, on s'attache immédiatement à cette famille, dont on est impatients de connaître le destin. 

Malgré cela, le récit contient des longueurs, et parfois même, des lourdeurs. Kirmen Uribe établit clairement que nous sommes dans un récit de vie et non dans un roman. A de nombreuses reprises, il met de côté la trame de vie de la famille Letamendi pour expliquer sa démarche de recherches, ou faire un point sur la situation historique. Il est vrai que nous sommes au coeur d'une période marquée par de nombreux événements historiques : si le récit débute au coeur de la guerre civile espagnole, il se termine quelques années après la mort de Franco, en 1975. Mais finalement, ces explications historiques rendent la lecture fastidieuse. L'auteur a tendance à s'égarer trop loin de la trame principale, puisque l'on suit également les agissements de Manu Sota et José Antonio Aguirre, qui ont joué un rôle capital dans la promotion de la culture basque lors de ces années troublées. Certes, cela permet de mieux comprendre les événements, mais on s'attarde souvent trop à les suivre, du moins dans la première partie. De la même manière, on se perd parfois dans les explications historiques, et on se noie au milieu des noms de personnalités basques qui ne nous parlent pas. 

Je trouve réellement dommage tous ces égarements sur les recherches de l'auteur et les événements historiques. En effet, on aurait pu avoir là un récit vraiment passionnant, permettant de promouvoir l'histoire et la culture basque. Mais finalement, à cause des défauts cités plus haut, le récit manque sa cible. Si vous voulez vous faire votre idée sur la question, n'hésitez pas à aller vous procurer le livre par ici !

J'ai lu ce livre dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire


jeudi 4 octobre 2018

Lectures en bref - Septembre 2018

Je profite de ce début de mois pour vous faire un petit bilan de mes lectures de septembre... exclusivement centré sur des albums jeunesse ! Oui, car il y a aussi des sorties bien intéressantes de ce côté, dont je vous donne un aperçu rapide !

Girafe blues, Jory John, Lane Smith

On commence par cet album chez Gallimard Jeunesse, dont les créateurs avaient publié l'an dernier Banquise blues. On les retrouve ici sur un thème un peu similaire. Il s'agit de l'histoire d'une girafe, complexée par son long cou. Vraiment, ça n'est pas très pratique, et joli, encore moins ! Mais les problèmes de cette girafe seront remis en question lorsqu'elle fera la rencontre d'une tortue, qui elle est complexée... parce que son cou est décidément trop petit ! 


L'histoire fonctionne bien, on aime cette façon d'appréhender les complexes physiques avec humour, et de les dédramatiser. Cela permet aux enfants de reprendre confiance en eux, et de prendre du recul sur leurs problèmes. En revanche, je n'ai pas été convaincue par le graphisme... Pourtant, la couverture est magnifique, avec son motif en girafe ! Mais on déchante un peu en ouvrant l'album. 

Le fossile, Max Ducos

On continue avec un auteur que j'affectionne particulièrement, Max Ducos. Même si je ne vous ai parlé ici que d'un seul de ses albums, je les aime tous ! On craque pour son univers qui fait appel à beaucoup de nos fantasmes d'enfants : rester seul la nuit dans une école, se perdre dans le labyrinthe d'un château à la recherche d'un trésor... Il sait jouer avec tout cela, et ici, encore une fois, il nous fait rêver en nous plongeant au coeur d'un chantier archéologique. On suit un jeune garçon qui, en trouvant un fossile, va être à l'origine d'une fouille. 


L'histoire est très simple, mais finalement, c'est par sa forme que cet album surprend. On est sur un livre en volumes et découpes : chaque page révèle à son tour une partie supplémentaire du chantier de fouilles... jusqu'à ce qu'on tombe, à la fin, sur le squelette du dinosaure en pop-up, qui fait son effet garanti. Si on s'en tient là, l'album correspond parfaitement aux petits curieux : une histoire interactive avec des pages cartonnées, on sait que ça fonctionne assez bien. Les plus grands y trouveront également leur compte, puisque l'album se clôture par des explications plus poussées sur l'archéologie, les fossiles, etc. Un livre qui peut donc se lire en famille, et où chacun s'y retrouve ! 

Moi j'ai peur du loup, Emilie Vast

Je crois bien que c'est la première fois que je vous parle d'un album de chez Memo. D'habitude, je suis attirée par leurs albums, toujours imprimés sur du papier de qualité, et aux graphismes attrayants, mais avec toujours une pointe de déception par rapport aux attentes que j'avais. Pourtant, avec ce nouvel album d'Emilie Vast, c'est tout l'inverse ! J'y suis allée sans m'attendre à grand chose, et finalement, je ressors de cette lecture avec un petit coup de coeur ! 


L'histoire est toute simple : c'est celle d'un lapin qui confie sa peur du loup à son copain. Au fil de la discussion, il va énumérer tout ce qui peut expliquer sa peur : les grandes oreilles, les yeux jaunes, etc. L'autre lapin associe chacun de ces éléments à un autre animal, ce qui donne, à la fin, une bête complètement loufoque, comme issue d'un cabinet de curiosités. Le fond noir fonctionne à mon sens très bien, puisqu'il met en valeur les éléments que l'on retrouve d'une page à l'autre. Le système de répétitions fait que l'histoire, avec des petits, devient de plus en plus drôle, et ils parviennent ainsi sans mal à désacraliser leur peur. 

En réalité, il manquerait un titre pour venir compléter ce bilan : Capitaine Rosalie, de Timothée de Fombelle... Seulement voilà, celui-ci je l'ai tellement aimé que j'ai voulu lui consacrer un article entier ! Affaire à suivre, donc ! 

Comme d'habitude, vous pouvez vous procurer ces livres en quelques titres sur le site leslibraires.fr

mercredi 3 octobre 2018

Caribou baby, Meg Rosoff

La rentrée littéraire, c'est bien beau, mais à force j'avais envie de lire un peu de jeunesse aussi... C'est chose faite, même si ce fut bref, avec le petit roman Caribou baby, de Meg Rosoff, traduit par la brillante Clémentine Beauvais. Une lecture rapide, donc, avec beaucoup de légèreté et en même temps une profondeur inattendue. 


C'est l'histoire de Jess qui, à 17 ans, vient tout juste d'avoir un bébé avec son petit ami Nick. Bon, déjà on peut se dire qu'il ne sera pas facile, pour ces deux adolescents, d'élever un enfant. Malgré tout, c'est loin d'être le plus gros problème qu'ils devront affronter... Oui, car leur bébé, certes très mignon, n'est autre qu'un bébé caribou ! Pourtant eux sont bien humains, aucun doute là-dessus. Seulement voilà, il arrive parfois qu'il y ait des naissances pas tout à fait humaines, selon les médecins qui n'ont pas d'autre explication à donner. Une nouvelle vie s'ouvre alors pour les jeunes parents, qui vont devoir se plier aux exigences particulières de leur enfant. Si leurs propres parents ne savent pas vraiment comment il convient de réagir, ils vont se rendre compte qu'ils ne sont pas seuls, qu'il existe d'autres parents qui, comme eux, ont des bébés "pas tout à fait humains". 

Ce roman est plein de malice et d'humour, ce qui en fait un texte vraiment intéressant. C'est avant tout une belle lecture divertissante. En second lieu, seulement, cette histoire peut faire réfléchir à tout un tas de sujets : parents adolescents, enfants différents, etc. Mais toutes ces grandes questions ne constituent pas le sujet principal du livre. Il s'agit, tout simplement, de l'histoire d'une jeune fille qui accouche d'un bébé caribou. Ce roman ne se veut rien de plus que ce qu'il est, et il permettra à chacun et chacune d'y projeter des visions différentes avec peut-être des interrogations qui seront soulevées. Et c'est cette simplicité, finalement, qui fait toute la richesse de ce livre, que l'on pourra assurément mettre entre toutes les mains. 

Vous pouvez vous procurer ce livre en quelques clics par ici ! Ce roman a été lu dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.


jeudi 27 septembre 2018

L'hiver du mécontentement, Thomas B. Reverdy

L'hiver du mécontentement, avant d'être le titre du dernier roman de Thomas B. Reverdy, c'était le nom donné par les journalistes à l'hiver 1978-1979 à Londres. Un hiver rude à tous les points : climatique, puisque la neige a envahi les rues de la ville. Mais surtout, plus que cela, la ville a été secouée sur le plan politique et économique. Année d'inflation très forte, 1978 a vu Londres être paralysée par d'incessantes grèves, car les ouvriers ne pouvaient plus payer leurs loyers. Dans le même temps, le chômage a connu des sommets insoupçonnés, loin d'aider la population à garder la tête hors de l'eau. 

Dans son nouveau roman, Thomas B. Reverdy revient sur cette période mouvementée de l'histoire de l'Angleterre, au travers de Candice, une jeune femme qui illustre assez bien l'état d'esprit de cette époque. A 20 ans, elle mène de front des études théâtrales, la répétition d'une pièce, et un job de coursier à vélo. Si elle semble plutôt satisfaite de sa vie personnelle, on sent en elle comme une secrète envie d'en découdre avec les injustices de ce monde, mais surtout et avant tout, de profiter de la vie malgré les difficultés. Sa niaque, on l'observe notamment dans le personnage qu'elle doit incarner au théâtre Warehouse : elle sera Richard III, celui de Shakespeare, dans une mise en scène exclusivement féminine. 


Le parallèle que fait ici Thomas B. Reverdy avec la pièce de Richard III est bien pensé même s'il peut sembler facile. Car en effet, la pièce ne s'ouvre-t-elle pas sur cette même phrase : "Voici venir l'hiver de notre mécontentement" ? Malgré tout, ce filon est plutôt bien exploité, laissant cette fois les femmes sur le devant de la scène. En effet, ce fameux hiver, en Angleterre, est également celui de l'accession au pouvoir de celle qui sera appelée la Dame de Fer : Margaret Thatcher. Le chemin de Candice va d'ailleurs croiser celui de cette femme de pouvoir alors qu'elle n'est encore que très peu connue. Elle trouve audacieux de voir des jeunes filles revisiter la pièce de Shakespeare, et une réflexion se crée d'ailleurs autour de cela, avec une nouvelle vision du personnage de Richard III. 

L'écriture de ce roman est assez délicate, et parvient à traiter tout cela sans aucune lourdeur. On aimerait quelques développements supplémentaires autour de Candice et ses amis. On est face à des jeunes issus de milieux populaires, ceux qui n'ont pas fait des tas d'études, et qui professionnellement, aspirent à faire quelque chose qui leur plaît même si cela rapporte peu, plutôt qu'un travail bien payé mais purement alimentaire. Mais ce choix, en période de chômage, relève presque du luxe (ou alors, à l'inverse, il contraint à une vie de pauvreté). Ce discours fait toujours écho quarante ans après, alors que ce dilemme entre aisance financière et passion est d'actualité dans le monde des auto-entrepreneurs. 

Même si j'ai ressenti beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman, à la fois plein de douceur, mais soulevant des réflexions intéressantes, je suis un peu restée sur ma fin. S'il est bien vu de la part de l'auteur de ne pas trop s'enfoncer dans l'analyse politique des années Thatcher, on aurait souhaité de quoi imaginer un futur pour Candice et les autres jeunes qui l'entourent. Cependant, tout le reste du roman est intelligemment réalisé, oscillant entre le regard de la jeune femme qui tente de comprendre son époque, et la voix discrète de l'auteur qui analyse les choses avec davantage de recul. Un roman que je vous conseille donc : il nous fait plonger dans une époque, et c'est un beau moment de découverte. Vous pouvez vous le procurer par ici

Dans le roman, l'auteur nous propose une bande originale à écouter pendant la lecture. Pour ma part, je ne sais pas lire et écouter de la musique en même temps, alors je l'écoute maintenant, alors que j'écris cette chronique. Une playlist a été mise en place, que je vous invite à aller écouter ! 

J'ai lu ce roman dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.




mardi 18 septembre 2018

49 poèmes carrés dont un triangulaire, Emmanuel Venet

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de poésie, et quand j'ai vu le titre de ce recueil, ça m'a tout de suite fait sourire, alors je m'y suis lancée !

Dans ces poèmes, Emmanuel Venet évoque l'air de rien, comme une histoire, sa vie de couple. Si cela paraît très beau, il va vite en venir à ce qui noircit le tableau, selon lui du moins : les tâches domestiques empiètent trop sur le temps qu'il peut consacrer à ses poèmes. Vient alors une réflexion sur sa création, et ce que cela peut apporter d'écrire des poèmes. Tout cela est traité avec une fausse naïveté, ce qui apporte beaucoup de malice.



On trouve quelque chose de rafraîchissant dans ces poèmes bien rythmés. Assurément, ces poèmes carrés rappellent Apollinaire, mais comme Venet le souligne, ils contiennent une rythmique plus mathématique, géométrique, scientifique. Cette rime interne, d'ailleurs, revient souvent, ainsi que d'autres, qui apportent du relief à cette belle plume.

Cependant, même si cette forme du poème écrit en strict carré est très certainement novatrice, on retrouve finalement une même dynamique au sein de chaque poème. Le début est tout en douceur, comme un rêve. Puis suit une longue période, comme une envolée lyrique. Et enfin, une chute, souvent caustique. Certes, cela fonctionne plutôt bien, mais il n'en faudrait pas plus.

Finalement, ce recueil est bien dosé : sa lecture consiste en un bon moment assuré, et cela s'arrête juste quand on pourrait commencer à se lasser. Je vous invite donc à découvrir ces quelques pages de toute urgence ! Comme d'habitude, voici le lien pour vous le procurer en ligne : par ici !

samedi 15 septembre 2018

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry

En cette rentrée littéraire, je retrouve avec plaisir une de mes auteures favorites, Sophie Divry. Je dis qu'elle fait partie de mes chouchous, alors qu'en réalité, je n'avais jusque là lu qu'un seul livre d'elle : Quand le diable sortit de la salle de bains, dont je vous avais parlé ici. Et pourtant, son style m'avait plu d'emblée, et je surveillais ses nouvelles sorties avec impatience. Alors j'ai été ravie de la retrouver avec Trois fois la fin du monde, que j'ai lu grâce à NetGalley

Dans ce nouveau roman, on suit Joseph Kamal, qui doit purger une peine de prison après avoir participé à un braquage avec son frère. En même temps que la découverte de l'univers carcéral sans pitié, il doit surmonter la mort de son frère, survenue lors du braquage. C'est une nouvelle vie douloureuse qui semble l'attendre, d'autant que sa peine est longue. Seulement, par une sorte de miracle, il va pouvoir s'échapper lors d'une catastrophe. La Catastrophe, mot qui reviendra tout au long du roman, est en réalité une explosion nucléaire qui a décimé toute la moitié sud de la France. Seuls quelques immunisés restent en vie, mais ils sont très peu, et sont incités à regagner la zone nord. Joseph en fait partie, mais il est trop heureux de sa liberté retrouvée et ne songe qu'à rester vivre dans ces parages, profitant de sa solitude et de cette nature qui lui avait tant manqué. 

S'ouvre alors la troisième partie du roman, cette longue robinsonnade tant annoncée au sujet de ce roman. Joseph va tenter de s'organiser pour survivre alors même que l'électricité et l'eau courante ont été coupées. Il en profite pour se réapproprier cette nature dont il se languissait pendant ses années d'incarcération, et dont il ne prenait pas la pleine mesure lors de sa vie d'avant.



Sophie Divry signe ici un très beau livre. L'écriture est bien travaillée, alternant narration à la première personne en adoptant le point de vue de Joseph, et narration à la troisième personne qui embrasse un point de vue plus large. Cela apporte réellement du relief à la lecture, la voix de Joseph, celle d'un homme de niveau social assez bas amené à devenir délinquant, étant brute et parfois acérée. Le narrateur externe apporte un recul bienvenue, et une vision des choses plus posée et réfléchie. Si on est clairement dans le registre post-apocalyptique, on est loin des scènes de violence assez répandues dans ce genre. L'histoire alterne de façon très sage les moments d'adversité et ceux plus doux, qui permettent une réflexion plus poussée, donnant une tournure touchante.

Cette histoire dépaysante alliée à une écriture presque poétique font de Trois fois la fin du monde un grand roman. C'est pour moi un coup de coeur, que je vous encourage à découvrir. Si vous voulez l'acheter c'est par là ! De mon côté, je me dis qu'il va vraiment falloir que je retourne vers l'oeuvre de cet auteure, notamment vers La condition pavillonnaire, qui m'attire déjà depuis un moment... Si vous en avez lu plus que moi, n'hésitez pas à me laisser un commentaire ! 

J'ai lu ce livre dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.