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mardi 26 octobre 2021

Les contraceptés, Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain, Caroline Lee

 Le jour de la sortie de cette BD, ma collègue est arrivée dans la salle de pause, a posé le livre sur la table devant moi, et est repartie. Pour elle, c'était une évidence que cette BD m'intéresserait. Et je dois dire qu'elle n'avait pas tort ! En étudiant la couverture de plus près ("Les contraceptés - Enquête sur le dernier tabou", "préface de Camille Froidevaux-Metterie"), j'en ai été convaincue à mon tour. 

Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain sont deux journalistes plutôt avancés dans leur parcours de déconstruction des schémas sociétaux traditionnels, et notamment dans leurs rapports à leurs compagnes, et à la charge mentale. Une discussion sur ces sujets en amenant une autre, ils se sont lancés dans un travail d'investigation autour d'un sujet qui représente encore un grand tabou : la contraception masculine. De temps à autre, le sujet surgit dans les médias, promettant une étude sur une pilule masculine, puis démentant cette promesse suite à des effets secondaires indésirables trop importants... ce qui fait bien rire (jaune) les femmes ! Passé ce premier constat, les deux auteurs se sont dit qu'il devait bien exister d'autres méthodes, que certains hommes pratiquaient une forme de contraception masculine ! Les voilà donc partis à la recherche de ces quelques contraceptés. 

L'enquête commence par un retour en arrière, et les premières études autour du sujet, qui laissaient entrevoir de belles avancées, au moment où l'avortement devenait légal en France. Puis le Sida a fait irruption, et les études de santé sexuelle ont priorisé ce sujet, mettant de côté d'autres chantiers en cours. Le sujet de la contraception masculine en a fait les frais, et n'a pas été repris depuis. Pourtant, des hommes prennent bel et bien une contraception, mais alors laquelle ? La méthode souvent privilégiée est le slip chauffant. Si vous êtes comme moi, novice sur le sujet, vous imaginiez certainement un slip doté d'une chaufferette, chose qui, on l'imagine, ne doit pas être très confortable. En réalité, cette méthode thermique utilise uniquement la température corporelle. Naturellement, la température des testicules est inférieure à 37° (la température corporelle), c'est ce qui permet la fabrication des spermatozoïdes en grand nombre. Si on rapproche les testicules du corps, en les remontant, la spermatogénèse diminue drastiquement, et l'homme est contracepté. Il faut donc un slip doté d'un anneau par lequel on passera la verge et les testicules (la taille s'adapte), porté 15h par jour, et sous trois mois, l'effet peut être fiable. Une autre méthode se limite à un anneau fabriqué... dans le garage d'un homme. Car évidemment, aucune de ces techniques n'est reconnue par les autorités de santé publique, et donc tout cela est fabriqué de façon totalement artisanale. La BD nous montre des réunions d'hommes apprenant à utiliser une machine à coudre pour confectionner eux-mêmes leurs slips... 

La méthode thermique est la plus longuement évoquée ici, au point de bouleverser la vie et les idées des deux journalistes. Mais ils se penchent aussi sur les rares études autour de la pilule masculine, nous éclairent sur le principe de la vasectomie, très pratiquée aux Etats-Unis, et quelques méthodes d'injection hormonales qui n'ont, pour le moment, pas donné de résultats très concluants. Ce qui est le plus frappant, dans cette enquête, ce sont les chiffres. Les chiffres ridiculement bas des hommes ayant eu le courage d'utiliser la méthode thermique avec tout ce qu'elle a d'artisanal, pour le moment. 25 hommes en France à la fin des années 80. 50 hommes en simultané, en France, à l'âge d'or de cette méthode. Les chiffres exorbitants, aussi, du financement des études nécessaires à faire connaître cette méthode. Tout cela est assez décourageant de la part des services publics. L'espoir, finalement, repose sur les épaules de quelques hommes qui, dans leur individualité, s'interrogent sur ces questions et décident, un jour, de prendre leur part de charge contraceptive dans leur couple. Ces hommes qui décident de faire le nécessaire pour éviter à leurs compagnes tous les maux induits par la prise de la pilule, maux qui les touchent bien plus qu'on ne le croit. 

On ne peut que remercier ces auteurs pour le gros travail de font effectué, et pour la démocratisation de ces idées, grâce à une BD, support documentaire léger qui permet de rendre les choses très accessibles. La meilleure façon de les remercier ? Parler de cette BD, la lire, l'offrir, faire réfléchir pour faire avancer. Encore un beau travail documentaire réalisé par les éditions Steinkis. Alors messieurs, prêts à entamer cette réflexion ? Pour vous procurer cette BD, vous pouvez le faire en quelques clics à partir de l'image ci-dessous. 



jeudi 11 juin 2020

Simone Veil ou la force d'une femme, Annick Cojean, Xavier Bétaucourt et Etienne Oburie

Avant de lire cette bande-dessinée, je ne m'étais jamais vraiment penchée sur le personnage pourtant incontournable de Simone Veil. Bien sûr, je connaissais son parcours dans les grandes lignes, comme tout le monde je pense, mais je n'étais jamais allée plus loin. C'est donc une belle opportunité que m'ont offert Babelio et les éditions Steinkis de découvrir ce livre grâce à une opération Masse Critique privilégiée. Et je les remercie vivement, car je serais sans cela passée à côté de quelque chose. 



Annick Cojean, grand reporter au Monde, a eu l'occasion de connaître Simone Veil d'assez près à travers son métier. Du vivant de la ministre, elle avait réalisé plusieurs interviews et portraits d'elle, et une forme d'amitié teintée d'un grand respect semble s'être créée entre les deux femmes. C'est donc tout naturellement que, à la mort de Simone Veil, le quotidien Le Monde s'est tourné vers cette journaliste afin de lui rendre hommage. C'est ainsi que commence la bande-dessinée : Annick Cojean apprenant le décès de Simone Veil, et recevant la commande d'un article. On la suit donc, alors qu'elle se remémore ses rencontres avec cette grande femme, pour rédiger un texte au plus près de son vécu. Trois temporalités se chevauchent alors dans cette bande-dessinée : le moment présent, où la journaliste cherche les mots justes, puis un retour en arrière sur les rencontres entre les deux femmes, et enfin, des bribes du passé de Simone Veil. Une grande et belle place est ainsi laissée aux propos de cette dernière. 

Ce livre n'est donc pas une biographie dessinée de cette personnalité marquante, mais plutôt le récit d'une belle rencontre entre deux femmes habitées des mêmes convictions. Et tant mieux, car découvrir Simone Veil à travers les yeux d'Annick Cojean, qui l'estimait énormément, ne rend que plus touchant encore ce récit. Une biographie en bonne et due forme aurait certainement eu un côté trop scolaire, trop sérieux peut-être même. Grâce au procédé adopté ici, on découvre une femme derrière la personnalité, et c'est cette femme elle-même qui sait nous faire vibrer. Dès leur première rencontre, la ministre paraît se sentir assez proche de la jeune journaliste qui l'interroge, et on devine déjà que ce qui va les unir dépassera le cadre strictement professionnel. Simone Veil apparaît ainsi comme une personnalité très humaine, et semble très accessible, proche des femmes qui partagent ses combats. On découvre la femme, parfois fragile, derrière ses prises de position fortes, et les grandes lignes de sa politique ne sont là que pour rappeler son engagement infaillible. Et cette femme, celle que l'on voit transparaître sous le masque impassible, est terriblement touchante. 



Graphiquement, cette bande-dessinée en monochrome est également très réussie. Trois couleurs, une pour chacune des trois temporalités, permettant ainsi de bien comprendre comment tout cela est agencé. Ce choix me semble très judicieux, puisqu'une trop grande profusion de couleurs aurait desservi le sentiment d'intimité qui s'instaure assez vite. Toujours pour permettre de rentrer ainsi dans l'intime, l'illustration se cantonne beaucoup à des portraits, et se concentre en tous cas beaucoup sur les personnes, en simplifiant volontairement le décor d'arrière-plan. Ce qui importait ici, c'était vraiment de faire ressortir l'humanité des personnages, et le dessin s'y attache parfaitement. Annick Cojean rappelle la douceur du regard vert de Simone Veil, et le choix des teintes restitue parfaitement cette impression. 

Cette bande-dessinée m'a profondément émue, et m'a fait me sentir proche de cette grande femme que je connaissais alors si peu. Féministe ou pas, on ressort de cette lecture avec l'impression rassurante de faire partie d'une sororité. Une lecture qui éveillera très certainement des consciences, et qui raffermira les prises de position d'autres femmes. N'hésitez pas un seul instant, foncez découvrir cette bande-dessinée, que vous pouvez acheter en cliquant sur l'image ci-dessous.