lundi 29 juin 2015

Calvino réédité !

Aujourd'hui, belle surprise en feuilletant le Magazine Littéraire de cet été. Un titre attire mon attention dans le sommaire : « Si en 2015 Calvino est réédité » (avec, mentionné au-dessus, le titre du roman dont il est question : Si (par) une nuit d’hiver un voyageur). Quelques explications s’imposent pour expliquer ma joie.

Le roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, a initialement été publié en 1979 pour l’édition originale, et en 1981 pour la traduction française, au Seuil. Seulement, entre 1981 et 2015, le roman n’avait jamais été réédité (après avoir mené ma petite enquête, il s’agirait à priori d’une question de droits, d’héritage…). Donc ces dernières années, pour se le procurer, il fallait être prêt à payer un minimum de 50€ pour une édition abîmée, et même pas forcément belle (en tous cas, qui n’avait rien d’exceptionnel par rapport aux autres éditions du Seuil). Un peu cher, surtout pour une étudiante… J’avais déjà entendu parler de ce livre en prépa, et j’avais très envie de le lire ! Mais impossible de mettre la main dessus pour pas cher, même en médiathèque. Puis, en octobre de cette année, une de mes profs, à la fac, annonce la possibilité de faire un exposé sur ce roman : elle avait elle-même un exemplaire du livre et pouvait le prêter… Inutile de dire que j’ai sauté sur cette occasion en or pour dévorer un roman magique !

Oui, car il y a un peu quelque chose de l’ordre du magique dans le livre de Calvino. L’auteur, proche des auteurs de l’Oulipo, s’est essayé à un exercice de style particulièrement intéressant. Il a imaginé l’histoire d’un livre mal relié, mal référencé par l’éditeur, et après lequel un lecteur frustré court désespérément. Le livre s’ouvre sur des conseils pour bien lire.

Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo
Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi.
Concentre-toi. Ecarte de toi toute autre pensée. Laisse le
monde qui t’entoure s’estomper dans le vague. (…)
Prends la position la plus confortable : assis,
étendu, pelotonné, couché. Couché sur le dos, sur un côté,
sur le ventre. Dans un fauteuil, un sofa, un fauteuil à
bascule, une chaise longue, un pouf. Ou dans un hamac, si
tu en as un. Sur ton lit naturellement, ou dedans. Tu peux
aussi te mettre la tête en bas, en position de yoga. En
tenant le livre à l’envers, évidemment.

Grâce à ces lignes pleines de malice, on rentre avec délectation dans ce roman à l’allure  plutôt inattendue. On suit un lecteur, celui-là même auquel s’adresse le narrateur, qui a acheté (comme vous bientôt !) le roman d’Italo Calvino, et qui en commence assez vite la lecture (que l’on peut suivre en même temps que lui). Mais très vite, le Lecteur s’aperçoit que son roman présente une erreur de reliure : le même carnet a été broché tout le long du roman, il ne peut donc que relire encore et encore le début de son roman, sans en connaître la fin ! C’est pourquoi il se lance dans la quête d’un roman fini, mais il rencontrera bien des obstacles. En effet, au cours du livre et des pérégrinations du Lecteur, on croise dix débuts de roman, mais dont aucun n'a de suite. C’est en cela que consiste l’exercice de style d’Italo Calvino : il a écrit dix débuts de roman, tous de genres bien différents (du roman noir au roman sentimental, en passant par le roman psychologique, le roman policier, etc…).

En plus de cette panoplie de débuts de roman, l’auteur nous livre, au travers des personnages, une véritable réflexion sur la lecture et l’écriture, un questionnement sur le livre parfait, tant du point de vue du lecteur que de l’auteur, et finalement, on aboutit à une conclusion un peu borgésienne : il y a en fait autant de livres qu’il y a de lecteurs et de façons de lire.


Ma surprise donc, pour en revenir à ce que je disais, c’est que le livre a été récemment réédité : Gallimard a réussi à se dépatouiller cette histoire de succession de droits, et a entrepris de rééditer tout l’œuvre d’Italo Calvino. Pour ce roman-ci, le titre a été légèrement modifié : il est devenu Si une nuit d’hiver un voyageur. Cette actualité (plus tout à fait très récente, car elle date d’avril mais je ne l’apprends que maintenant) me rend un immense service. Il y a quelques mois, au moment où je commençais ce blog, je voulais écrire un article sur ce livre, mais je ne l’avais pas fait, faute de temps / de courage / d’inspiration. Maintenant, c’est chose faite ! Alors, comme c’est l’été, les vacances, et que ça rime souvent avec « plus de temps pour lire », courez acheter ce petit livre de poche (8€) qui vous régalera de malice et de poésie ! 


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