vendredi 12 novembre 2021

Broadway Limited, Malika Ferdjoukh

Bon, soyons honnête, Broadway Limited est une série dont vous avez, très probablement, déjà entendu parler avant de lire cet article. Cette trilogie a eu un énorme succès, l'autrice est loin d'être une inconnue, puisque, je crois, nous sommes beaucoup à avoir dévoré la série Quatre soeurs à l'adolescence... Bref, je ne vous ferai peut-être pas découvrir quelque chose aujourd'hui. Mais pour ceux qui ont juste vaguement entendu parler de Broadway Limited sans encore avoir plongé dans ces trois romans, j'espère que mon article du jour vous donnera immensément envie de passer le pas. Pour ma part, je gardais cette série dans un coin de ma tête depuis un moment, à ajouter à ma PAL un jour ou l'autre. Cet été, j'ai trouvé le premier tome d'occasion sur un marché, et je l'ai lu à la fin du mois dernier pour un challenge... Eh bien impossible de résister à l'attente, je me suis acheté les deux tomes suivants dans la foulée, et j'ai tout dévoré en moins d'une semaine ! Gros gros coup de cœur, donc. 

 Dans cette trilogie, nous suivons les pensionnaires d'une pension new-yorkaises pour jeunes filles, à la fin des années 1940. Les Trente Glorieuses battent leur plein, la jeunesse est décidée à profiter de la vie après ces années de guerre, et New-York et Broadway offrent de belles opportunités à ceux qui veulent devenir chanteurs, acteurs ou danseurs. C'est dans ce contexte que nous suivons les jeunes filles logées à la pension Giboulée. Page travaille dur pour devenir actrice ;  Manhattan et Hadley rêvent de danser dans de grandes revues, même si elles chamboulent elles-mêmes ce rêve pour suivre d'autres motifs cachés ; Chic enchaîne les castings pour jouer dans des pubs télévisées ; Ursula voudrait chanter ; et Jocelyn est déjà un musicien talentueux. Attendez, quoi ? Un musicien ? Dans une pension de jeunes filles ? Ok, on reprend depuis le début. Le roman s'ouvre sur un délicieux quiproquo avec l'arrivée de Jocelyn, jeune étudiant français recommandé par un ami américain. Pour les américaines qui tiennent cette pension, Jocelyn (prononcer "ine") était forcément une femme. Sauf que voilà un jeune homme, Jocelyn (prononcer "ain"), qui après d'âpres négociations, est admis à la pension Giboulée. Et nous suivons, au fil des trois tomes, une année de la vie de ces jeunes gens, vie haute en couleurs, riches en émotions. 

Dans cette série, on ne peut qu'admirer le talent de Malika Ferdjoukh. Dès les premières pages, elle plante une ambiance délicieuse, au gré de dialogues virevoltants qui nous emportent dans un rythme endiablé. Son écriture est malicieuse, elle se joue des mots, des quiproquos, des attentes du lecteur aussi... J'avoue connaître assez peu la culture de cette fin de décennie, mais plus je lisais, et plus j'avais en tête des airs de mambo et autres danses pleines de bonne humeur. On passe d'un personnage à l'autre, et tous leurs destins sont aussi passionnants les uns que les autres ; d'un couple à l'autre et ils sont tous aussi attachants ; d'une scène artistique à l'autre et elles sont toutes aussi entraînantes. C'est Broadway, le rêve américain, et on rêve nous aussi de paillettes et de gloire. Je n'ai eu aucun mal à m'attacher aux personnages, et j'ai très vite vibré d'émotion avec eux. Eventuellement, on peut faire le reproche qu'il y a peut-être trop de personnages secondaires. En effet, au début j'ai pu être perdue, mélangeant quelques jeunes filles et leurs professions, et puis j'aurais aimé voir certaines intrigues mieux développées, et notamment celle de Silas, jeune noir, et Ursula, qui forment un couple secret. Mais cette grande galerie de personnages concourt à l'effervescence qui règne dans ce roman, à l'image même de celle que l'on retrouve dans les rues de New-York. 

Ce roman fait donc la peinture d'une époque et d'un milieu artistique avec brio. Tout n'est pas dit, on ne détient pas forcément toutes les références culturelles, mais cela importe peu : on ressent, et c'est le plus important, la plus grande forme de réussite d'un roman. On aura plaisir à côtoyer des célébrités qui ne le sont pas encore : on croise ainsi Grace Kelly, Marlon Brando, Woody Allen, et d'autres encore. Cela ne fait qu'ajouter un peu plus de piquant à cette série de romans, qui déclenche un formidable plaisir de lecture. Elle est à lire absolument, alors si vous voulez craquer et vous l'acheter, c'est en quelques clics à partir de l'image ci-dessous, ou chez votre libraire préféré ! 



mardi 26 octobre 2021

Les contraceptés, Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain, Caroline Lee

 Le jour de la sortie de cette BD, ma collègue est arrivée dans la salle de pause, a posé le livre sur la table devant moi, et est repartie. Pour elle, c'était une évidence que cette BD m'intéresserait. Et je dois dire qu'elle n'avait pas tort ! En étudiant la couverture de plus près ("Les contraceptés - Enquête sur le dernier tabou", "préface de Camille Froidevaux-Metterie"), j'en ai été convaincue à mon tour. 

Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain sont deux journalistes plutôt avancés dans leur parcours de déconstruction des schémas sociétaux traditionnels, et notamment dans leurs rapports à leurs compagnes, et à la charge mentale. Une discussion sur ces sujets en amenant une autre, ils se sont lancés dans un travail d'investigation autour d'un sujet qui représente encore un grand tabou : la contraception masculine. De temps à autre, le sujet surgit dans les médias, promettant une étude sur une pilule masculine, puis démentant cette promesse suite à des effets secondaires indésirables trop importants... ce qui fait bien rire (jaune) les femmes ! Passé ce premier constat, les deux auteurs se sont dit qu'il devait bien exister d'autres méthodes, que certains hommes pratiquaient une forme de contraception masculine ! Les voilà donc partis à la recherche de ces quelques contraceptés. 

L'enquête commence par un retour en arrière, et les premières études autour du sujet, qui laissaient entrevoir de belles avancées, au moment où l'avortement devenait légal en France. Puis le Sida a fait irruption, et les études de santé sexuelle ont priorisé ce sujet, mettant de côté d'autres chantiers en cours. Le sujet de la contraception masculine en a fait les frais, et n'a pas été repris depuis. Pourtant, des hommes prennent bel et bien une contraception, mais alors laquelle ? La méthode souvent privilégiée est le slip chauffant. Si vous êtes comme moi, novice sur le sujet, vous imaginiez certainement un slip doté d'une chaufferette, chose qui, on l'imagine, ne doit pas être très confortable. En réalité, cette méthode thermique utilise uniquement la température corporelle. Naturellement, la température des testicules est inférieure à 37° (la température corporelle), c'est ce qui permet la fabrication des spermatozoïdes en grand nombre. Si on rapproche les testicules du corps, en les remontant, la spermatogénèse diminue drastiquement, et l'homme est contracepté. Il faut donc un slip doté d'un anneau par lequel on passera la verge et les testicules (la taille s'adapte), porté 15h par jour, et sous trois mois, l'effet peut être fiable. Une autre méthode se limite à un anneau fabriqué... dans le garage d'un homme. Car évidemment, aucune de ces techniques n'est reconnue par les autorités de santé publique, et donc tout cela est fabriqué de façon totalement artisanale. La BD nous montre des réunions d'hommes apprenant à utiliser une machine à coudre pour confectionner eux-mêmes leurs slips... 

La méthode thermique est la plus longuement évoquée ici, au point de bouleverser la vie et les idées des deux journalistes. Mais ils se penchent aussi sur les rares études autour de la pilule masculine, nous éclairent sur le principe de la vasectomie, très pratiquée aux Etats-Unis, et quelques méthodes d'injection hormonales qui n'ont, pour le moment, pas donné de résultats très concluants. Ce qui est le plus frappant, dans cette enquête, ce sont les chiffres. Les chiffres ridiculement bas des hommes ayant eu le courage d'utiliser la méthode thermique avec tout ce qu'elle a d'artisanal, pour le moment. 25 hommes en France à la fin des années 80. 50 hommes en simultané, en France, à l'âge d'or de cette méthode. Les chiffres exorbitants, aussi, du financement des études nécessaires à faire connaître cette méthode. Tout cela est assez décourageant de la part des services publics. L'espoir, finalement, repose sur les épaules de quelques hommes qui, dans leur individualité, s'interrogent sur ces questions et décident, un jour, de prendre leur part de charge contraceptive dans leur couple. Ces hommes qui décident de faire le nécessaire pour éviter à leurs compagnes tous les maux induits par la prise de la pilule, maux qui les touchent bien plus qu'on ne le croit. 

On ne peut que remercier ces auteurs pour le gros travail de font effectué, et pour la démocratisation de ces idées, grâce à une BD, support documentaire léger qui permet de rendre les choses très accessibles. La meilleure façon de les remercier ? Parler de cette BD, la lire, l'offrir, faire réfléchir pour faire avancer. Encore un beau travail documentaire réalisé par les éditions Steinkis. Alors messieurs, prêts à entamer cette réflexion ? Pour vous procurer cette BD, vous pouvez le faire en quelques clics à partir de l'image ci-dessous. 



mardi 19 octobre 2021

Royal Special School, Yaël Hassan et Nancy Guilbert

 Après ma lecture du tome 2 de cette petite duologie, je m'aperçois que je ne vous avais parlé du premier tome par ici, seulement sur Instagram... Mais c'est tout aussi bien, puisque cet article va donc vous permettre de découvrir de toutes pièces cette série fantastique pour la jeunesse ! 

Une île écossaise, des fantômes, deux jeunes filles prêtes à tout pour mener l'enquête... Ce roman avait tout pour me plaire ! C'est donc avec un très grand plaisir que j'en ai découvert le premier tome paru en ce début d'année, grâce aux éditions Gulfstream, que je remercie à cette occasion pour leur confiance. J'attendais beaucoup du premier tome, et il était un poil en dessous de mes attentes, mais après avoir lu le deuxième et dernier tome, je garde un souvenir plein d'affection de cette duologie, qui saura séduire les plus jeunes lecteurs. 

Rose fait son entrée à la Royal Special School, située dans les Foggy Islands, en Ecosse. Son grand frère Marcus y a étudié quelques années auparavant, et y a forgé une amitié solide avec Niven, un garçon qui a malheureusement perdu la vie au sein de l'institution. En arrivant au pensionnat, Rose découvre bien vite qu'un mystère plus épais qu'on ne veut bien l'avouer plane autour de ce décès. De son côté, Virginia fait également ses premiers pas au sein de cette institution, en tant qu'apprentie cuisinière. La jeune fille n'a jamais appris à lire et à écrire, mais n'en a aucunement le loisir, originaire d'une famille pauvre. Les deux jeunes filles vont nouer une solide amitié, bien que leur différence sociale n'en laissait rien présager. Mais leur séjour à la Royal sera vite bouleversé par l'apparition de... fantômes ! Elles s'aperçoivent vite qu'elles sont les seules à les voir et les entendre, et bien vite, l'identité des trois fantômes est dévoilée : Niven, l'ami de Marcus décédé, Cornelia, l'ancienne cuisinière qui a perdu la vie peu après le jeune homme, et Augustus, le bibliothécaire atteint de la grippe espagnole, tué par la maladie. Ces trois fantômes comprennent que s'ils errent encore parmi les vivants, c'est pour résoudre le mystère qui plane autour de leur mort. Ce que Rose et Virginia tenteront de les aider à entreprendre. 

Comme je le disais, le premier tome ne m'avait pas entièrement conquise. J'en attendais peut-être beaucoup, mais j'avais perdu de vue qu'il s'agit là d'un roman pour les jeunes lecteurs, autour de 10 ans, et que donc, forcément, des éléments me paraitraient faciles. Une erreur de la lectrice chevronnée que je suis. En effet, certains points de l'intrigue se résolvent avec une facilité déconcertante, et certaines péripéties sont trop grosses pour qu'un lecteur aguerri s'y laisse prendre. De plus, je n'ai pas franchement apprécié les tirades théâtrales de Virginia, âme poétique bien qu'illettrée : cela n'ajoutait pour moi rien au texte, et ces quelques passages étaient même parfois un peu lourds. Mais pour la lecture du deuxième tome, paru en pleine rentrée littéraire, j'ai su mettre de côté mes réserves, pour mieux savourer l'ambiance délicieuse de ce roman. 

En effet, Yaël Hassan et Nancy Guilbert ont su retranscrire à merveille l'ambiance attendue d'une île écossaise pleine de brouillard et de mystère. A la faveur d'un début d'année scolaire, rythmé notamment par Halloween, l'arrivée de la neige, puis Noël, elles plantent un décor digne d'un conte gothique. Un pensionnat mal chauffé, à la grande porte qui grince, un lac marécageux peuplé de kelpies (cheval fantôme écossais)... Tout est réuni pour donner une aura de mystère à cette intrigue. Les amoureux de l'Ecosse y retrouveront quelques scènes gastronomiques qui mettent l'eau à la bouche, dont on se régale. Les deux autrices nous font ainsi plaisir avec ce décor qui, sans nul doute, plaira au plus grand nombre. Fantômes, enquête et coups de théâtre, ces deux petits romans sauront séduire les jeunes lecteurs ! 

Pour acheter les deux tomes de cette série, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous, ou vous rendre chez votre libraire ! 



mardi 12 octobre 2021

L'arpenteuse de rêves, Estelle Faye

 Cette semaine, paraît un roman d'Estelle Faye, une autrice de SFFF dont j'ai déjà repéré le travail, mais dont je n'avais encore rien lu. C'est donc en jeunesse que je la découvre, avec son roman L'arpenteuse de rêves

Une arpenteuse de rêves, c'est une personne qui a le pouvoir de pénétrer les rêves des autres. Myri en est une, même si elle a renoncé à cette faculté suite à la mort de sa petite sœur. Depuis, elle survit tant bien que mal dans la ville basse, quartier mal famé, et s'est trouvé une nouvelle famille, faite de jeunes gens tout aussi démunis qu'elle. Ensemble, ils font face à une nouvelle malédiction tombée sur leur quartier : l'arrivée de fantômes qui peuplent le sommeil des habitants d'atroces cauchemars, et qui amènent avec eux une pollution qui, si elle était déjà bien présente, prend désormais des proportions invivables. Lorsque le plus jeune membre de cette famille est à son tour atteint du mal des fantômes, Myri revient sur la promesse qu'elle s'était faite de ne plus utiliser son don. Ce qu'elle découvrira alors, dans les rêves du jeune garçon, et dans les siens propres, pourrait bien changer son existence, et celle de tous ses concitoyens. 

L'univers que nous découvrons ici est semblable à bien d'autres dans les dystopies jeunesse. Si les règles de celui-ci manquent quelque peu d'originalité, le lecteur s'embarque sans mal dans les rouages de cette société. L'originalité de cette intrigue tient ici à l'impact des rêves sur la vie réelle. Pour Myri, les rêves iront même jusqu'à devenir une réalité parallèle, qui agira d'une façon inattendue sur son propre destin. Pour la jeune fille, cette quête est autant collective que personnelle, elle qui ne s'est toujours pas reconstruite suite au décès de sa sœur. De ses rêves, elle rapportera ce qui pourrait bien sauver sa cité, et la possibilité de son propre salut, si elle parvient à saisir les chances qui s'offrent à elle. Au schéma somme toute assez classique de ce roman initiatique s'ajoute une dimension écologique forte, qui fait écho dans nos sociétés, à la lueur des récents événements. Estelle Faye ne se contente pas de nous offrir une lecture divertissante, elle est aussi porteuse d'un message fort, et c'est tout l'intérêt de ce roman. 

Enfin, la dernière qualité de ce texte, et non des moindres, en est une que l'on souhaite voir toujours plus, plus souvent, dans la littérature jeunesse. Avec cette lecture, enchaînée après celle de Villa Anima dont je vous ai déjà parlé, j'ai pu lire à la suite deux romans jeunesse avec une héroïne qui sort du schéma traditionnel de l'héroïne hétérosexuelle dont l'histoire d'amour occupe une place centrale dans l'intrigue. Et c'est quelque chose que j'aime de plus en plus : pas de romance systématique dans la littérature ado, et stop à ce schéma de l'héroïne forte qui succombe tout de même au jeune homme venu l'aider ! Merci Estelle Faye pour ça ! 

Si vous voulez, vous aussi, augmenter votre ratio de romans jeunesse sans romance centrale, n'hésitez plus, précommandez ce livre pour le dévorer dès cette semaine ! C'est possible en quelques clics, depuis l'image ci-dessous. 



jeudi 30 septembre 2021

Parlons peu, parlons vins...

 C'est la saison des vendanges, des foires aux vins dans les grandes surfaces... et sur les tables de vos librairies fleurissent aussi les ouvrages sur le sujet ! Je vous parle de mes favoris du moment, pour vous aider à y repérer. Certes, il y a les classiques guide Hachette des vins et autres Larousse... Mais des ouvrages plus originaux existent, qui feront de belles idées cadeaux, pour un anniversaire, ou déjà pour préparer Noël ! 

La carte des vins, s'il vous plaît

J'aime beaucoup cette collection autour du vin, et des autres alcools, très graphique et visuellement très claire et didactique. Chaque double-page présente un vin, ou un alcool dans le second opus, Le tour du monde en 80 verres. Les deux autres, La carte des vins et La route des vins se concentrent uniquement sur les vins. Le premier nous propose des vins du monde entier, mais le second, qui est aussi le dernier paru, reste centré sur la France. Dans chaque région viticole, les différents cépages nous sont présentés, avec des détails sur la formation des sols et ce qu'ils impliquent pour les vins qui en viennent, l'histoire des plus grands crus, et bien sûr, des infographies colorées pour visualiser toutes ces informations. Quant au dernier livre, Le tour du monde en 80 verres, comme son nom l'indique, s'attache à nous présenter différents alcools issus des cinq continents. Là encore, nous sommes informés de leur histoire, les coutumes qui y sont associées, mais aussi des idées de cocktails, des conseils de dégustation. Ces trois ouvrages forment une belle collection, et offrent de belles idées cadeaux. Seul reproche à faire, notamment au dernier titre évoqué : une sélection très européanocentrée... Sur 80 verres, la moitié sont européens... les 40 autres se répartissent donc entre américains (Nord et Sud sont distingués), africains, asiatiques et océaniens. On imagine donc le peu de breuvages pour certains continents défavorisés. 



Manifeste pour un vin inclusif

C'est là qu'on en vient au propos d'une autrice vigneronne : Sandrine Goeyvaerts. Rendre le monde du vin plus inclusif : pourquoi, comment ? Le pourquoi, c'est assez facile d'y répondre, lorsqu'on est soi-même une femme qui boit du vin. Les discussions en salon du vin où on est ignorées, le restaurant où le vin commandé par Madame est proposé à Monsieur pour goûter... A cause d'un effet de tradition, on accorde moins de crédit aux femmes pour comprendre les termes techniques, et celles-ci, de leur propre aveu, se sentent exclues dans ce domaine si masculin. Si cela vaut pour les femmes, on peut aisément le transposer aux personnes racisées, aux LGBT, et autres minorités, visibles ou invisibles. Selon l'autrice, changer cet état de fait passerait en premier lieu par le langage. Il est vrai que les critiques gastronomiques et autres cavistes et négociants utilisent bien volontiers des termes très imagés et peu représentatifs. Entre les précisions sur la robe du vin, les jambes ou la cuisse, ces critiques qui parlent de vins "bien en chair"... Vous admettrez que cela véhicule une image plutôt sexiste de cet univers. On y pense moins, mais il est bon aussi de se méfier, lorsque l'on cherche à qualifier le goût du breuvage, de termes évoquant l'exotisme : car ce qui est exotique à nos yeux, l'est-il réellement aux yeux de personnes issues d'un autre continent ? Pourtant, ces personnes ne sont-elles pas tout autant capables que nous, français blancs, de savourer un bon vin ? 


Tout l'enjeu, selon l'autrice, est donc de réfléchir à un langage plus inclusif, moins fourni d'images qui ne parlent qu'à certains. Décrire les goûts que l'on ressent ne devrait pas nécessiter un vocabulaire sexiste ou raciste. Se baser sur des observations concrètes (odeur de fruits, goût d'épices, etc) ne peut-il pas suffire ? Sandrine Goeyvaerts invite également les femmes ou les personnes racisées souhaitant déguster des vins à se réunir en non-mixité, ou du moins en mixité choisie. En effet, on constate assez aisément que, lors de réunions de dégustation, des femmes, des personnes racisées ou encore handicapées, ont parfois du mal à s'exprimer face à certains messieurs qui semblent se parler entre initiés... alors qu'ils le sont parfois bien moins que ceux qu'ils excluent. Apprendre à déguster du vin sans s'entourer d'hommes cis blancs peut permettre de gagner en aisance dans ce domaine, et de se sentir ensuite davantage à sa place, fort.e.s des connaissances acquises. 

Un beau programme que nous propose ce court essai, une réflexion à mener pour que le vin se démocratise. Coup de cœur pour ce texte sur le vin qui ne consiste pas en une énième glorification d'un univers très fermé sur lui-même. Vous pouvez, et je ne peux que vous y encourager, comme d'habitude, vous procurer ce petit ouvrage en cliquant sur l'image ci-dessous. 



vendredi 24 septembre 2021

Villa Anima, Mathilde Maras

 Aujourd'hui, je vous parle d'un des premiers romans jeunesse de cette rentrée 2021 que j'avais repéré, avant même l'été : Villa Anima

La société dans laquelle vit Magda est répartie en différentes castes sociales, symbolisées par les écharpes de pouvoir. Beaucoup sont ceux qui n'en détiennent aucune, à l'instar de la famille de la jeune fille, ceux-là sont alors limités en droits, c'est la catégorie sociale la plus basse, la plus pauvre. L'écharpe verte permet d'accéder à quelques droits, même minimes. Les bourgeois ont des écharpes oranges, mais ceux qui détiennent réellement le pouvoir sont ceints de bleu. Enfin, la couleur rouge échoit aux rares élus qui ont alors la possibilité de prétendre au trône de l'Empereur. Toutes ces écharpes s'obtiennent de façon héréditaire pour les hommes (les filles de dignitaires n'ont droit à rien...), ou en présentant les épreuves de la Villa Anima, lieu empreint d'une aura de mystère, réputé impitoyable envers ses candidats. Magda tombe enceinte à 16 ans, certes d'un jeune homme qui l'aime et est prêt à assumer cette charge, mais à un moment de leur vie qui n'y est pas propice. En tentant d'obtenir l'écharpe verte, elle gagnerait le droit d'avorter, alors elle prend son courage à deux mains, et se prépare à affronter la Villa Anima. 

Nous assistons ici à une réelle prise de conscience politique, dans une société empreinte d'une grande misogynie. En pénétrant dans la Villa, Magda laisse derrière, sans le savoir, elle tout ce qui constituait son passé. Elle se tourne alors résolument vers la première épreuve, et toutes les possibilités qu'une victoire lui ouvrirait. Et très vite, elle réalise plusieurs choses. D'abord, la facilité de l'épreuve la déconcerte, alors que les décisionnaires font toute une montagne autour de la possession ou non de l'Esprit, nécessaire pour devenir un citoyen à part entière. Et si les plus pauvres étaient ainsi, volontairement, tenus à l'écart du pouvoir ? Mais surtout, Magda prend conscience dès les premiers instants qu'elle devra se méfier du maître de cérémonie qui, sous ses airs affables, cache difficilement un grand mépris de sa condition féminine. 

Ce roman présente toutes les qualités d'un bon huis-clos, d'une bonne dystopie. Une sensation d'étouffement nous accompagne jusque dans les toutes dernières pages, l'impression que tout se joue entre ces murs alors même que ces derniers jouent bien des tours à notre héroïne. Mais la sensation d'enfermement est aussi à prendre au sens littéral : comment croire qu'une simple jeune fille arriverait à changer, non seulement sa condition, mais aussi la société, dans un monde où une si petite place lui est laissée ? L'autrice nous donne parfaitement bien à voir le rôle si restreint alloué aux femmes, le mépris et la détestation des hommes envers ce sexe prétendument faible, et les cordes qu'ils tirent pour asseoir leur domination. Cette dystopie féministe est riche d'enseignements. Je regrette simplement de ne pas avoir pu m'attacher davantage à l'héroïne. Magda nous est présentée dans sa détermination face aux épreuves, à travers les stratagèmes mentaux qu'elle met en place, mais une fois poussées les portes de la Villa, nous ne suivons plus grand chose de son attachement à ses proches, qui font simplement figuration. J'aurais aimé connaître mieux cette jeune femme pour elle-même, et non à travers son ambition, quoique tout à fait légitime. 

Un très bon roman qui vient de paraître, et qui mérite une attention toute particulière. Filles, femmes, lisez-le, bien des vérités en sortiront ! Pour vous le procurer, quelques clics suffisent à partir de l'image ci-dessous, ou bien chez votre libraire préféré ! 



mardi 7 septembre 2021

Plasmas, Céline Minard

 Alors que cette autrice me tente depuis longtemps, j'ai lu cette année mon premier Céline Minard ! Et je comprends mieux pourquoi son travail m'attirait. 

Plasmas, on ne sait pas bien si c'est un recueil de nouvelles, ou plutôt le roman du monde d'après, celui qui nous attend après les catastrophes écologiques vers lesquelles nous nous dirigeons. Chaque chapitre se suffit à lui seul, tout autant qu'il vient apporter sa pierre à l'édifice d'un univers futuriste dont nous découvrons peu à peu les lois, un univers post-apocalyptique. Dans ce monde, il y a des bots qui enregistrent les données humaines, de nombreuses créatures à l'intelligence bien supérieure à la nôtre, une Terre qui n'est plus habitable, une nature recréée de toute pièce, dans des bulles, puisque la nature telle que nous la connaissons a cessé d'exister. Vous l'aurez compris, dans ce livre il n'y a pas réellement d'intrigue linéaire, mais il y a, bien d'avantage, un message fort, celui de l'urgence écologique. Ce qui est dit, entre les lignes, mais avec suffisamment de puissance, c'est que si nous continuons ainsi, la tête dans le guidon, sans réfléchir, le monde tel que nous le connaissons court à sa perte. Alors certes, il y aura peut-être un autre monde, différent, qui viendra ensuite. Mais la nature à l'état libre n'y aura plus sa place, et les humains y seront détrônés. 

Dès les premières lignes, on sent que ce livre va demeurer plutôt obscur. On peut toujours tenter de relier tous ces éléments entre eux, afin de chercher la ligne directrice de l'intrigue, mais c'est une entreprise vaine. En réalité, tout l'intérêt de cet ouvrage réside dans l'écriture. Une écriture d'une précision impeccable, fine et ciselée. Chaque mot est à sa juste place, qui nous entraîne dans un tourbillon de sensations, qui nous donne à voir chaque scène, chaque biotope comme s'ils étaient devant nos yeux. Céline Minard ne pose aucun mot au hasard, elle fait montre d'un vocabulaire technique adapté à chaque situation. Qu'elle nous parle de l'agilité des acrobates, de la robe des chevaux nains, de l'activité aérienne autour d'un arbre dans la jungle, d'expérimentations botaniques, ses mots sont toujours maîtrisés et choisis. Il y a des livres où la langue présente plus d'intérêt que l'intrigue elle-même. Celui-ci en fait partie. Pour le lire, il ne faut pas chercher à comprendre. Il suffit de se laisser porter par cette plume, de se laisser emporter dans le tourbillon, et d'assister, en tant que témoin émerveillé, aux scènes qui se déroulent sous nos yeux. 

J'ai beaucoup aimé cette parenthèse de poésie dans laquelle cette lecture m'a entraînée. Céline Minard a en outre cette malice de faire de la science-fiction sans trop le dire, et j'aime ça ! Je suis convaincue que ce livre touchera plus d'un lecteur, alors pourquoi pas vous ? Si malgré tout mes arguments ne parviennent pas à vous convaincre, sachez que ce livre révèle bien des surprises, et qu'en allant au bout, vous assisterez à une scène de cosplay d'anthologie. Pour la découvrir, il ne reste plus qu'à cliquer sur l'image ci-dessous pour vous procurer ce livre ! 

 


jeudi 2 septembre 2021

Vaisseau d'Arcane tome 1, Adrien Tomas

Adrien Tomas, c'est un jeune auteur dont j'ai déjà parlé plusieurs fois par ici, et dont j'entends de plus en plus souvent parler sur Instagram (notamment grâce à Benjamin @lesmotsmagiques !). En fait, vu le nombre de livres de cet auteur dans ma bibliothèque, et le nombre d'articles sur ce blog qui en parlent, je pense même pouvoir dire que c'est un de mes auteurs préférés ! Tendance qui se confirme avec ce roman SFFF pour adulte (jusque là je n'avais lu que ses romans jeunesse) : Vaisseau d'Arcane, tome 1, paru en 2020 mais lu seulement cet été. 

On m'avait beaucoup parlé de ce roman à l'univers steampunk, et je crois que c'était ce qui m'avait poussée à le lire. J'ai également appris en débutant ma lecture que ce roman se situait d'ailleurs dans le même univers que Engrenages et sortilèges ainsi que Dragons et mécanismes, que j'avais tous deux adorés, simplement, nous changeons ici de zone géographique (comme c'est d'ailleurs entre les deux précédents romans). J'aime beaucoup cette façon qu'a l'auteur de créer des ponts entre ces différents livres, et l'intelligence qui en découle pour la construction de son monde. En effet, pour construire un monde fictif cohérent et solide, quoi de plus judicieux que d'y situer plusieurs de ses ouvrages ? Ainsi, les règles se peaufinent au fil des romans, et à force de tisser des liens, le lecteur lui-même y voit plus clair dans chacun de ces univers. Cette intelligence au service de la création du monde, je l'avais soulignée pour Dragons et mécanismes, et le travail est aussi brillamment effectué ici. Cet univers qui, d'abord semble assez banal, se complexifie peu à peu par les événements et manigances politiques, ainsi que par la riche diversité des peuples rencontrés. Ainsi, dans ce roman, vous croiserez des poissons abysséens, civilisation bien plus intelligente que les humains, qui a mis en place un système de scaphandre imposant afin d'évoluer à la surface, parmi les hommes. Ces créatures m'ont fait sourire plus qu'autre chose, sourire devant l'ingéniosité de leur présence : les placer dans les sphères politiques d'un roman steampunk, il fallait y penser ! même si on verra à la lecture du roman qu'elles méritent bien plus de crédit qu'un simple sourire... Mais ce qui m'a fascinée ici, ce sont les Orcs. Ces créatures, on a l'habitude de les voir grimées en monstres sanguinaires, brutes bêtes et méchantes. Ici, nous les côtoyons de près, et découvrons un peuple d'origine végétale, avec une grande intelligence de la nature et de ses forces, qui a beaucoup à apprendre aux humains. En fait, dans ce roman, c'est peut-être finalement l'humain, la créature la plus stupide et instinctive... 

Les humains de cette histoire, venons-y justement. Dès le début, nous suivons le périple de Sof, jeune infirmière, et son frère Solal, en fuite. Le jeune homme a été victime de l'Arcane, cette force magique qui perturbe la vie des hommes, et qui parfois, sous la forme d'un éclair qui réduit un être à la simplicité d'esprit, tombe sur eux. Sof est pourtant persuadée que l'esprit de son frère est toujours là, présent, atteignable. Elle s'enfuit donc avec lui, afin qu'il échappe aux autorités qui transforment les "vaisseaux de l'Arcane" en ouvriers obéissant aveuglément aux ordres simples. Leur parcours sera, on s'en doute, semé d'embûches, mais aussi de rencontres, qui changent leurs perspectives du tout au tout. Nous croisons aussi Nym, jeune assassin de haut niveau, et tout un cénacle d'êtres à la violence tout aussi efficace que la sienne, qui agissent dans l'ombre, avec l'aval des personnalités de pouvoir. Et Gabba Do, ambassadeur abysséen, qui, de se son scaphandre, a beaucoup à découvrir sur les règles qui régissent le monde de la surface. Cette galerie de personnages est très riche, trop peut-être ? Je me suis beaucoup attachée, d'emblée, à Sof, Solal et Nym, mais je regrette presque de les avoir trop peu vus. Notamment Sof et Solal qui, à la lecture du résumé et des premières pages semblent être les deux personnages principaux, et qui pourtant, dans la deuxième moitié du roman, se laissent porter sans but précis annoncé. Cette trop grande variété de personnages est, pour moi, le seul point noir de ce roman, qui n'empêche en aucun cas de le rendre fascinant ! 

C'est donc un coup de coeur pour cette lecture, et j'attends impatiemment le second tome qui, je l'espère, répondra à certaines de mes attentes, et aux nombreuses interrogations soulevées à la fin de cet opus ! Si vous souhaitez à votre tour vous plonger dans ce riche univers, vous pouvez vous procurer le tome 1 en cliquant sur l'image ci-dessous ! 



mardi 31 août 2021

Sainte Marguerite-Marie et moi, Clémentine Beauvais

 Avant l'été, Clémentine Beauvais prenait quelque peu des pincettes pour annoncer la sortie prochaine d'un livre chez un petit éditeur religieux, et cherchait donc des chroniqueurs qui ne soient pas complètement fermés au milieu catholique. J'ai sauté sur l'occasion, d'abord parce que je suis catholique, donc évidemment, ça ne me dérange pas de parler religion ! Et puis, pour des raisons plus personnelles, le titre de ce roman me parlait beaucoup, et le roman a encore davantage résonné en moi que ce que je pensais. 

Sainte Marguerite-Marie et moi n'est en réalité pas vraiment un roman. On est entre l'hagiographie (la biographie de saint) (je sens que j'en ai perdu quelques uns là, mais restez, vous allez voir, ça vaut le détour !) et l'autofiction. Clémentine Beauvais sait depuis toujours qu'elle a une sainte dans ses ancêtres : Sainte Marguerite-Marie, qui a vécu au dix-septième siècle. C'est une information familiale qui amuse, mais qui dérange aussi, un peu, dans un milieu plutôt de gauche agnostique. Parce que dans ce milieu, côtoyer des cathos, c'est assez mal vu... Pourtant, au moment où Clémentine se lance dans ce projet d'écriture, elle est bien forcée de flouter la frontière entre "agnostique, féministe, de gauche" et "très catho". En effet, elle est enceinte, et son compagnon est "très catho", donc il faut arrêter de s'enfermer dans des cases, non ? C'est à peu près dans cette période de sa vie qu'une amie, qui est aussi éditrice dans la "très catho" maison des éditions de l'Emmanuel, lui lance le défi, en plaisantant (ou pas ?) d'écrire un livre sur son ancêtre, cette sainte qui dérange, même chez les cathos. Marguerite-Marie, j'ai découvert sa vie en lisant le livre. Enfant, Jésus se manifeste à elle très tôt, et lui fait jurer fidélité et chasteté. Mais ça ne s'arrête pas là, puisqu'au nom de ces vision, la jeune fille, bientôt religieuse, s'inflige des souffrances étrangement cruelles. Est-ce réellement Jésus qui lui impose cela, ou bien le diable ? Si elle souffre ainsi, cela signifie-t-il qu'il faut avoir tant souffert pour devenir saint ou sainte ? alors que pourtant, de nos jours, on dirait plutôt qu'elle se mutile, et qu'elle souffre donc de troubles psychiatriques... Tout cela dérange pas mal, même pour la "un peu" catho que je suis. Et Clémentine Beauvais détricote toutes ces interrogations avec brio, et armée de son humour ravageur et touchant. 

J'ai été touchée par ce roman à plusieurs égards. Tout d'abord, il fallait, un jour, que je me penche sur la vie de cette sainte. En effet, si ce titre me parlait tant, c'est parce que ma marraine de confirmation a tout récemment prononcé ses vœux, devenant donc "sœur Marguerite-Marie". Il fallait que je comprenne mieux ce choix. Ensuite, je me reconnais assez dans les doutes de l'autrice, mais à l'inverse d'elle. Je viens d'un milieu plutôt "très catho", et même si je m'en suis un peu détachée, je reste croyante et pratiquante, et ma foi fait partie intégrante de ma vie. Oui mais voilà, c'est pas toujours facile d'assumer ça quand on évolue dans la sphère littéraire. Dans mes études de lettres, dans mon métier de libraire, sur les réseaux sociaux, j'ai fini par évoluer dans un milieu plutôt proche de "agnostique, féministe, de gauche". Et pendant un temps (en fait, encore maintenant), je me suis demandée : est-ce qu'on peut appartenir au milieu littéraire, ET être catho ? est-ce qu'on peut avoir des opinions plutôt très féministes, ET croire en Dieu ? Bref, cette histoire de cases hermétiques, de clans ennemis dont parle Clémentine Beauvais, ça me parle beaucoup, aussi. J'ai décidé de faire ce cheminement, d'orienter ma vie de lectrice et de libraire à la lumière de mes idéaux chrétiens (oui, je préfère me dire chrétienne que catho en vrai, ainsi ça inclut mes amis protestants, mais bref, autre débat). Eh bien quel plaisir c'est de voir une autrice dont je me sens proche pour ses idées féministes, son humour caustique, faire un pas vers le monde des chrétiens ! Bien sûr, ce livre ne fait pour Clémentine acte de conversion, mais elle montre que ces deux mondes peuvent coexister, sans mal, avec bienveillance, et amour même ! 

Alors voilà ce que je vous propose : à votre tour, armez-vous de bienveillance et d'amour pour aller ouvrir ce livre, certainement un des plus surprenants de la rentrée littéraire. Vous qui êtes chrétiens et curieux, voilà une merveilleuse occasion de découvrir cette autrice talentueuse. Vous, aussi, qui adorez Clémentine Beauvais mais regardez d'un œil soupçonneux cette parution, soyez rassurés : le pire qui vous arrivera dans ce livre, sera de découvrir que les chrétiens ne sont pas toujours des êtres barbants et ronflants, comme certaines messes auxquelles on peut assister (bon, soyons honnête, vous risquez aussi quelques grimaces de dégoût... mais aussi beaucoup de rire !). Bref, ce livre est une sorte de passerelle entre deux mondes, alors il ne peut que toucher un public large ! C'est donc le moment de courir l'acheter, ou de cliquer sur l'image ci-dessous pour vous le procurer ! 



mardi 24 août 2021

Le Choeur des femmes, Martin Winckler et Aude Mermilliod

 Il y a quelques années, j'ai acheté sur un vide grenier le roman de Martin Winckler, Le Chœur des femmes, en ayant vaguement à l'esprit que, pour aiguiser ma conscience de féministe, c'était une lecture incontournable. Puis, comme de nombreux autres livres, je l'ai posé dans un coin de ma bibliothèque et j'ai oublié de le lire. Et cette année, une adaptation BD est sortie, qui a remis le roman au cœur des conversations littéraires, et donc je ne pouvais pas passer à côté une deuxième fois. 


Jean Atwood poursuit son rêve, faire de la chirurgie gynécologique. Alors que sa formation touche à sa fin, elle doit faire un stage en consultations gynécologiques. Elle qui a l'habitude de voir les femmes endormies, et de ne travailler que sur leurs organes génitaux, la voilà qui doit se farcir des heures et des heures à écouter les bonnes femmes raconter tous leurs petits soucis à leur gynéco. Vraiment, ces six mois de stage vont lui paraître longs, d'autant plus que le docteur Karma, auprès de qui elle se forme, passe selon elle beaucoup trop de temps à écouter, plutôt qu'à pratiquer des actes de soin. C'est en fait une toute nouvelle conception de la gynécologie, et même du soin, qu'elle va découvrir au cours de ce stage, pour une pratique bien plus humaine et respectueuse des patientes. 

Cette BD est instructive, elle révèle beaucoup du monde médical, et pas seulement en positif. Les femmes ont l'habitude d'être infantilisées par les soignants, on leur fait comprendre qu'elles ne sont pas capables de prendre les décisions qui les concernent. Heureusement, de plus en plus de soignants rencontrent leur "patiente Alpha", celle qui leur permet de comprendre que mettre l'humain au coeur de la relation de soin est non seulement possible, et même nécessaire. Avec Jean, notre propre conception de notre rapport à nos corps, et au corps médical, vont changer. Nous pouvons être exigeantes avec nos gynécologues, car après tout, c'est de notre intimité qu'il s'agit. Lorsque l'on cultive déjà cette exigence, et qu'elle se trouve écoutée, on peut, de façon légitime, s'indigner devant les traitements réservées à certaines femmes, qui pourtant connaissent leurs corps, à défaut de connaître la science. 

En plus de cette épiphanie médicale, cet ouvrage nous présente un personnage très touchant. Jean a et a eu une vie intime complexe, bouleversée par une anatomie féminine atypique. Malgré sa différence, elle a réussi à se construire en tant que femme forte, et sait ce qu'elle veut dans la vie. Peu à peu, nous apprenons à connaître cette jeune femme qui, au premier abord, lors des premières consultations narrées, nous semble hautaine et peu respectueuse des autres. Finalement, on découvre un personnage qui a ses fêlures, mais dont l'existence a été grandement facilitée par un père aimant et un interne en gynécologie audacieux. Derrière sa façade de professionnalisme se cache un être extrêmement sensible, dont l'histoire a de quoi émouvoir. 

Une très belle bande-dessinée, instructive et touchante. Le dessin s'adapte parfaitement au propos : réaliste, qui nous emmène dans l'intimité du cabinet de gynécologie, mais sans aucun voyeurisme. L'équilibre parfait a été trouvée entre la proximité chaleureuse et un recul critique. J'ai vraiment été marquée par cette lecture, et je ne manquerai pas, à l'occasion, de me plonger dans le roman, pour voir d'un autre œil cette histoire nécessaire. Je ne peux que vous inviter à la découvrir à votre tour, quel que soit le format choisi, BD, ou roman, poche ou grand format, en cliquant sur l'image ci-dessous ! 



mardi 3 août 2021

Focus sur... Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est une autrice dont je suis le travail depuis plusieurs années, surtout pour ses publications en jeunesse. Je l'avais découverte avec un album plein de malice, La vache dans la brique de lait, et depuis, je recommande régulièrement ses romans à la librairie. Et puis ces derniers mois, c'est son travail en littérature générale que j'ai découvert, et dont je voulais vous parler aujourd'hui. 


En mai, paraissait la bande dessinée La remplaçante, illustrée par Mathou. Cette collaboration a fait parler sur les réseaux sociaux, son illustratrice y étant très connue. Une BD avec un dessin aussi frais et moderne, donc accessible, portant sur la dépression post-partum, il fallait que je m'y penche. Marketa est devenue maman avec Clovis, l'homme qu'elle aime. Seulement, alors que jusque là le bonheur qui les liait était immense et sans failles, la jeune femme se sent désormais complètement détachée de ce qui lui arrive. Elle est devenue maman, Clovis est papa, et cela semble si simple et naturel pour lui, alors pourquoi ça ne l'est pas pour elle ? Elle se sent complètement étrangère à ce petit être, pourtant sorti de son propre corps, et qui dépend entièrement d'elle. Le chemin est long pour se sentir à l'aise dans ce nouveau rôle qu'est la maternité, et elle a besoin d'attentions pour y arriver. Cette BD ne m'a pas réellement touchée, je ne suis pas certaine que c'était le but recherché. On sent, derrière ce texte et ces illustrations, le vécu de ces deux jeunes femmes, deux mères aussi. Les choses sont relatées avec beaucoup de douceur, de l'humour aussi. Et le but recherché est accompli : on gagne un livre qu'on peut facilement mettre dans les mains des jeunes ou futures mères, qui va leur parler sans tabou d'un sujet peu évoqué lors d'une grossesse, et qui les aidera certainement à apprivoiser leurs émotions, leur ressenti, à se sentir moins seules. Bravo, donc, aux autrices, pour ce travail nécessaire de vulgarisation autour du post-partum ! 



En réalité, cette bande dessinée n'est pas le seul ouvrage de Sophie Adriansen à ce sujet. Avec la parution de son dernier roman, Hystériques, j'ai découvert un autre roman, sorti il y a quelques années chez Fleuve et paru en poche cette année chez Charleston : Linea nigra. Ce roman évoque, par certains aspects, La remplaçante. Le sujet est le même : la dépression post-partum. Stéphanie est amoureuse de Luc, déjà papa de deux enfants, et ils prévoient d'avoir un enfant tous les deux. Si le bonheur semble d'abord sans limites, les choses changent du tout au tout après la naissance de l'enfant, et Stéphanie, privée de l'accouchement physiologique dont elle rêvait, déchante vite. Devenir maman, ce n'est en fait pas le rêve qu'elle s'imaginait. Oui, elle aime cet enfant, mais qu'a-t-il fait de son corps ? Qu'a-t-on fait de son corps lors de la césarienne ? Est-on sûr que ce ventre est désormais vide, alors que tout s'est passé si vite ? Peut-elle réellement se dire jeune accouchée, alors que ce n'est pas vraiment elle qui a accouché, mais plutôt les médecins qui l'ont accouchée ? Là encore, ce n'est pas un début de maternité idyllique que vit cette femme, et beaucoup de questions sans réponses se bousculent dans son esprit. Ce roman est très bien documenté, presque trop, car il devient documentaire. En effet, plusieurs chapitres nous renseignent avec précision sur la pratique gynécologique, l'accouchement physiologique, l'histoire de l'accouchement, etc. Tous ces propos sont très intéressants, mais m'ont empêchée de m'attacher à ce couple, à cette héroïne (j'emploie le terme exprès) qui devient jeune maman mais qui ne sait pas quoi faire de ça. Les flashbacks, les changements de point de vue, tout ça m'a tenue comme éloignée de ce qui se passait dans ce couple et cette nouvelle famille. Encore une fois, c'est un roman utile, mais pas un coup de cœur. 


Le coup de cœur, en revanche, je l'ai eu pour Hystériques. Il m'a paru mieux construit, mais surtout, les personnages sont mieux incarnés, et donc on s'attache à leurs destins, on comprend leurs choix, ou au contraire on s'énerve contre leur tempérament... Bref, ils prennent vie, véritablement. Dans ce roman, on suit trois sœurs, devenues adultes, dont les utérus viennent bousculer la vie, alors même que c'est un sujet tabou dans leur famille. En effet, leur mère n'a jamais voulu parler de cet organe pourtant si important dans la vie d'une femme. "Ce qui se passe en soi, on n'embête pas les autres avec" : voilà le mantra qui a guidé la vie de Sylviane, et l'éducation de Diane, Clémentine et Noémie. En suivant les trois femmes dans leur vie de couple, on se rend compte des ravages que peut faire une telle éducation. Diane a deux enfants, mais envisager la naissance du second n'a pas été chose facile. En effet, lorsqu'elle a accouché de son aînée, elle a été victime de violences obstétricales, et lorsqu'elle a voulu poser des questions, on lui a répondu que cela ne la concernait pas, on l'a infantilisée. Des années de thérapie, et la rencontre d'une gynécologue bienveillante lui seront nécessaires pour réapprivoiser son intimité. Clémentine a elle aussi deux enfants, deux belles petites filles. Seulement, alors qu'elle attend la deuxième, une séance d'hypnothérapie fait revenir à sa mémoire quelque chose que son esprit avait totalement occulté. En réalité, elle n'est pas la mère de deux enfants, mais de trois. L'année de son bac, elle a été enceinte, une grossesse que son corps s'est appliqué à cacher, à elle comme aux autres, un enfant né sous X, et complètement oublié depuis. Le souvenir de cet enfant qui remonte pourrait changer à jamais son équilibre familial. Quant à Noémie, la dernière, on se demande quand elle aura des enfants, elle-même se le demande. Et puis, au hasard d'un rendez-vous gynécologique, une terrible nouvelle tombe : elle est atteinte d'un cancer du col de l'utérus. Ces trois femmes m'ont émue, leur histoire familiale m'a parlé, tout cela m'a assurée dans mes convictions féministes. "Hystérique" n'est pas une insulte, simplement un constat : cela signifie qu'une personne est équipée d'un utérus. Et cet utérus, il peut influencer nos vies, notre histoire. Ce roman a achevé de me convaincre de plusieurs choses : le sang menstruel ne doit pas être un tabou, les douleurs de l'accouchement ne doivent pas être des tabous, et quand nous, femmes, en parlons ensemble, cela nous rend plus fortes. C'est donc réellement un roman que je recommande à toutes, un roman engagé qui touchera de nombreuses femmes. 

Sophie Adriansen est une autrice qu'il me tient à cœur de défendre, aussi, en cliquant sur l'image ci-dessous, vous pourrez accéder à toutes ses publications disponibles en librairie, et choisir celle qui vous intéresse ! 


 

mardi 27 juillet 2021

Rêver des îles, Gavin Francis

 Cette année encore, les vacances sont compliquées, alors quoi de mieux que de s'évader par la lecture ? Avec ce récit de voyage, nous embarquons pour les îles, de l'Arctique à l'Antarctique, dont certaines parmi les plus reculées du monde. 

Gavin Francis est un écrivain-voyageur dont la passion est de voyager dans les îles. Il explique cette passion grâce à la racine étymologique du mot île, mêlée à la racine du mot "isoler". Si on aime tant aller sur ces îles lointaines, c'est pour la perspective d'isolement qu'elles promettent. On peut s'y perdre, ou plutôt s'y retrouver, seul au milieu d'une nature aussi sauvage que ressourçante. C'est d'ailleurs pour cela, bien souvent, que l'on s'y rend : pour faire une pause dans un quotidien trop harassant. L'auteur, médecin, confesse avoir besoin de ces pauses bienvenues, dans sa vie si chargée en lien social, pour trouver un équilibre dans sa vie. Ainsi, il a exploré bon nombre d'îles écossaises (étant lui-même écossais), mais aussi des îles aux quatre coins du monde, des îles grecques connues jusqu'aux confins de l'Antarctique, inconnus de nous. Dans ce livre, il ne s'applique pas à nous faire découvrir tous ces paysages, mais plutôt à dresser une typologie des îles. Elles peuvent être îles au trésor, réelles ou fantasmées, ou au contraire îles prison, telle que Saint Hélène pour Napoléon, ou même l'île de Robinson Crusoé. Et même, les trésors qu'on y trouve ne sont pas forcément matériels, mais bien plus souvent, spirituels. 

J'ai pu être frustrée par le manque de découverte de paysages lointains, mais ce vide est vite comblé par la présence de cartes marines anciennes qui agrémentent l'ouvrage, imprimées en couleurs. Ce sont finalement ces reproductions qui nous invitent réellement au voyage. Du côté des réflexions avancées par l'auteur, j'avais peur, au premier abord, de me lancer dans une lecture complexe et quelque peu fastidieuse. Et finalement c'est tout l'inverse qui se produit : la plume est fluide, les réflexions sont suffisamment légères pour nous permettre de parcourir vite ce livre, et de faire ce que le titre propose : rêver des îles. 

Si vous ne pouvez pas partir, vous dépayser cet été, je ne peux que vous conseiller de vous rattraper en vous lançant dans cette lecture, qui vous emmènera bien plus loin que vous ne l'imagineriez ! Je suis même passée à la radio pour évoquer ce livre, sur RMC ! Alors si vous voulez découvrir ma voix, c'est en cliquant ici, à la minute 31 ! Et pour acheter le livre, c'est comme d'habitude, à partir de l'image ci-dessous ! 



mardi 20 juillet 2021

Londres et Liverpool avec les Beatles, Philippe Brossat

 J'avais repéré ce titre il y a quelques mois, et, ayant toujours adoré les Beatles, j'ai succombé ! Le résumé promet un guide de voyage à travers Londres et Liverpool, sur les traces des Fab Four, et la promesse est tenue ! 

Philippe Brossat nous emmène en effet les lieux qui ont vu grandir la légende de ces quatre garçons. Les différents studios où ils ont enregistré leurs albums, les salles où ils se sont produits, le fameux passage piéton d'Abbey Road, mais aussi les boutiques de créateurs où ils s'habillaient, les clubs qu'ils fréquentaient pour leurs soirées privées... Et bien sûr, à Liverpool, les lieux de leur enfance, et le mythique Cavern Club, où ils ont joué leurs premiers concerts. Cette façon de découvrir les Beatles est très originale et agréable. Les lieux visités se prêtent à beaucoup d'anecdotes, qui permettent de mieux connaître le tempérament de chacun des garçons. Les paragraphes sont courts, on se sent proches du groupe, on côtoie leur entourage de près, on se sent vraiment inclus dans leur histoire, ce qui a quelque chose de formidable. Parfait aussi pour ressentir pleinement l'ambiance du Swinging London et des années 60, qui me fascinent ! Le seul bémol que je vois à cette présentation, est le manque de chronologie. Bien sûr, c'est le parti pris géographique qui veut ça, mais cela amène à des répétitions, des anecdotes qui reviennent à plusieurs reprises, de façon plus ou moins approfondie. Ces redondances ont rendu la lecture assez longue, même si c'était vraiment divertissant ! 

En fait, je crois que c'est une lecture qu'il faut, volontairement, laisser traîner. En lire un passage, puis passer à autre chose, y revenir un peu, puis l'oublier sur la table de nuit... Bref, le lire par morceaux est certainement la meilleure façon de faire. Et en musique bien sûr ! Car une chose est sûre : si vous n'écoutez pas les Beatles en même temps que cette lecture, vous chantonnerez les airs à longueur de lecture ! 

Si vous souhaitez acheter ce livre, parfait pour un été musical, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous ! 



mardi 13 juillet 2021

Ne vous fiez pas aux apparences, Tess Sharpe

 Je ne lis presque pas de romans policiers ou de thrillers, car je suis une lectrice assez impressionnable, et adolescente, il m'est arrivé de cauchemarder des nuits entières suite à des lectures difficiles... Pourtant, je me suis laissée tenter par le nouveau roman de Tess Sharpe, autrice de thrillers, qui a fait une incursion en littérature young-adult avec Ne vous fiez pas aux apparences, publié ce mois-ci chez Nathan

Alors qu'elle allait déposer de l'argent à la banque avec sa petite amie et son ex, Nora est prise dans un braquage à main armée, et déjà, le compte à rebours commence. La tension est palpable dès les premières pages. Une personne, dans cette banque, représente un véritable danger pour les autres, peut-être même pour elle-même. Et on pourrait bien être surpris par sa véritable identité... En effet, on l'apprend vite, Nora n'est pas tout à fait celle qu'elle laisse paraître. Elle a grandi aux côtés d'une mère arnaqueuse en série, qui l'a entraînée, toute jeune, dans ses combines, au risque de lui faire perdre pied psychologiquement. Nora a été bien d'autres filles avant celle qu'elle est aujourd'hui. Toutes ont contribué à faire d'elle une jeune femme affirmée, avec un talent incomparable pour la manipulation. Elle essaie de vivre une vie normale, mais est prête, pour protéger ceux qu'elle aime, à bien des sacrifices. 


Eh bien c'était une excellente découverte que ce thriller haletant. L'autrice en maîtrise parfaitement les codes, et elle prend directement ses lecteurs aux tripes, ne relâchant la pression que dans les toutes dernières pages. La mise en scène et les motivations du braquage semblent plus vraies que nature. Les deux comparses ne semblent pas être là uniquement pour l'argent, mais le mystère plane longtemps sur leur but réel. Leur énervement n'est pas feint, et on sent tout de suite qu'ils sont prêts à tuer leurs otages si nécessaire. Au milieu de tout cela, le profil psychologique complexe de Nora se met en place petit à petit, à l'aide de flashbacks placés aux moment cruciaux du récit, afin de faire durer le suspense. C'est efficace et brillant, une intrigue réellement saisissante. 

Ce n'est pas la seule qualité de ce roman young adult. En effet, dans ce genre littéraire, on demande souvent à voir représentées les différentes minorités, et en tous cas une diversité représentative du monde réel. On sent que l'autrice a eu à cœur de s'atteler à cela. En effet, les personnages principaux présentent déjà des minorités sexuelles. Nora et Iris forment un couple lesbien, et Nora est claire sur le fait qu'elle est bisexuelle, puisque son ex petit-ami Wes accompagne les deux jeunes femmes. Par ailleurs, Iris est atteinte d'endométriose, et cette maladie prend une place importante dans l'intrigue, comme dans sa propre vie. J'ai trouvé vraiment intéressante cette façon de rendre banal quelque chose qui impressionne généralement quand on en parle. Tous les lecteurs peuvent ainsi se retrouver dans un tel roman, et une prise de conscience peut même se faire, sur la question des règles notamment. 

Je suis donc ravie d'avoir pu lire ce roman, qui m'a procuré des émotions fortes, et qui fait partie de ces œuvres nécessaires à mettre entre les mains des jeunes. Si vous avez un adolescent fan de thrillers dans votre entourage, ou bien si ce roman vous tente vous-mêmes, n'hésitez pas, et allez l'acheter en quelques clics à partir de l'image ci-dessous ! 



mardi 6 juillet 2021

Livres Kimane Lire avec bébé

 Je prends enfin le temps de vous faire cet article, préparé depuis un petit moment déjà, et que j'avais promis à certains il y a quelques semaines... En réalité, cet article est autant l'occasion de vous présenter une sélection de livres pour les bébés, que celle de parler d'une maison d'édition jeunesse découverte il y a peu, et qui propose de belles choses. 

Kimane, c'est une maison d'édition spécialisée en albums jeunesse, que je connaissais peu, et dont peu à peu j'ai pris connaissance grâce à Instagram. Je voyais passer leurs publications avec de plus en plus d'intérêt, alors quand ils ont sorti ces trois livres pour bébé, dont je savais qu'il pourraient plaire à ma fille, je les ai pris pour les découvrir avec elle. Des livres cartonnés de petit format, idéaux pour les mains des bébés.


Jane Foster, qui a conçu ces livres, a tout compris. Les bébés voient d'abord les contrastes, Noir et blanc sera donc idéal pour les laisser admirer ces premières images. Cependant, faire du noir et blanc n'empêche pas de s'amuser avec de beaux motifs pour embellir les images proposées... ce qu'oublient parfois les illustrateurs qui font des propositions pour les tout-petits. Le contraste, ce n'est pas seulement le noir et le blanc. Les couleurs de l'album Premiers mots sont ainsi suffisamment vives et marquées pour que le tout-petit repère aisément les dessins proposés. Il n'est jamais trop tôt pour offrir à un bébé un imagier de mots. Certes, il faudra attendre encore un moment avant qu'il soit capable de les dire lui-même, mais nommer les choses est très important pour les enfants qui découvrent le monde qui les entoure. Enfin, c'est en montrant des éléments à dénombrer qu'un bambin apprendra le mieux à compter, pas simplement en écoutant des suites de chiffres qui ne font pas sens pour lui. 

Ces trois albums sont donc idéaux pour accompagner les enfants dans les différents âges de leur vie. Ce sont parmi les plus récents de la créatrice Jane Foster, mais il en existe presque une vingtaine, qui suivront l'enfant dans les différentes étapes de son éveil. Pour tous les découvrir, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessus, et acheter ceux qui vous intéressent ! 





mardi 29 juin 2021

L'antindote mortel tome , Cassandre Lambert

 Cela faisait un moment que je n'avais pas lu de roman de chez Didier Jeunesse, et pourtant j'aime toujours autant cette maison d'édition. Je me suis rattrapée avec ce roman dont on a pas mal parlé sur les réseaux sociaux, et ça valait le détour, même si j'en ressors un peu déçue... 

Whisper est la princesse héritière dans un royaume dont on découvre peu à peu l'autoritarisme. Elle n'en soupçonne rien, même si le comportement de son père, le roi, à son égard, l'agace par le peu de libertés qu'il lui octroie. Quant à sa mère, la reine, elle est mourante, affaiblie par une maladie inconnue depuis des années, vraisemblablement depuis qu'elle lui a donné naissance. Le jour où son père la promet en mariage à un sombre inconnu contre son gré, elle décide de s'enfuir, à l'assaut du monde extérieur, qu'elle n'a pas vu depuis des années. Cachée sous une fausse identité, elle y fera des rencontres qui vont changer son destin à tout jamais, mais qui risquent aussi de la mettre en danger. Ainsi, sa nouvelle amie Eden, orpheline à cause de la famille royale, s'est donné comme mission de tuer la princesse, alors qu'elle ignore tout de l'identité réelle de sa compagne de route. Ensemble, elles font la rencontre de Jadis, un jeune homme qui manque de confiance en lui, élevé par son oncle et sa tante. Il est sur les routes lui aussi, en direction de la capitale, car sa tante lui a remis un antidote capable de sauver la reine, et alors que le roi a lancé un appel à la population pour guérir son épouse, il est envoyé tenter sa chance, avec comme autre consigne de découvrir qui il est. 

Sous couvert de dystopie et de magie, c'est donc surtout un roman initiatique auquel nous avons affaire ici. Amitié impossible, sentiments naissants, découverte de soi, des ses forces insoupçonnées comme de ses faiblesses, voilà ce qui attend nos trois héros. C'est donc la promesse de beaux moments de lecture, enrichissants pour les adolescents. Pourtant, j'en ressors avec une opinion très partagée. L'intrigue est de qualité, riche en rebondissements, et j'attends avec impatience le second tome, qui arrive en septembre, pour connaître la suite de ces aventures. Mais ce premier roman souffre de défauts qui gâchent le plaisir de lecture. 

Le premier de ces défauts est la gestion de la temporalité. Les événements semblent se dérouler sur une durée assez restreinte, en quelques jours, une ou deux semaines tout au plus. Et pourtant, le comportement des personnages ne colle pas avec cette temporalité. Le meilleur exemple dont je peux vous parler est la rencontre entre Eden et Whisper. La première sauve la seconde, elles s'enfuient ensemble d'une ville où elles sont recherchées. Et dès le lendemain, alors qu'on ne les a pas vues échanger beaucoup de paroles, Whisper considère Eden comme sa meilleure amie, et cette dernière semble pouvoir deviner les pensées de sa camarade, comme si elle la connaissait de longue date. Un autre exemple, tout aussi invraisemblable, intervient à la fin du roman, mais je ne peux vous en dire plus sans dévoiler l'intrigue. De la même façon, quelques éléments de la construction de cet univers de fantasy sont mal gérés. On est dans un univers qui s'approche de la fantasy médiévale, et pourtant, la reine est maintenue en vie grâce à des appareils électroniques... Certes, l'autrice insère dans son récit des remarques sur cette technologie tombée en désuétude pour le mal qu'elle apporte, mais il m'a semblé que cela ressemblait davantage à une facilité d'écriture... Il aurait été plus logique, je crois, de dire qu'elle était maintenue en vie grâce à des enchantements, ou des potions, etc. 

Ces points sembleront pour beaucoup relever du détail, et n'ont pas gêné beaucoup de lecteurs je crois. J'espère donc qu'ils ne vous gêneront pas si vous tentez de lire cette duologie ! En tant que grande lectrice, je suis déçue, car cette série prometteuse passe donc au second rang à cause de ces défauts... 
N'hésitez pas, cependant, à lire ce qui semble être le roman jeunesse fantasy du moment, il plaira à beaucoup ! Sur le lien de l'image ci-dessous, vous pouvez vous procurer le tome 1, et d'ores et déjà précommander le tome 2 !


Un roman lu grâce à Netgalley, que je remercie.




 

mardi 22 juin 2021

L'Ordre du Cygne tome 2, Virginie Salobir

 En fin d'année, j'avais découvert le premier tome de cette trilogie dont je vous avais parlé ici, que j'avais beaucoup aimé et pas mal défendu. J'attendais donc avec impatience la suite de cette trilogie, et je n'ai eu que quelques mois à attendre, car elle est parue en avril. Avant même de m'attarder davantage sur l'intrigue de ce nouveau volet chevaleresque, je tiens une nouvelle fois à souligner le très beau travail de l'illustrateur, Patrick Connan. En effet, ces deux couvertures sont juste magnifiques, elles mettent formidablement en valeur cette trilogie. C'est une série de livres que je serai vraiment fière de garder dans les étagères de ma bibliothèque, ne serait-ce que pour leur aspect visuel ! 

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. L'Ordre du Cygne, c'est un ordre de chevaliers, accompagnés de leurs fidèles écuyers, dans une contrée moyenâgeuse imaginaire. Après les affrontements contre le royaume voisin dans le premier tome, il s'agit désormais pour ces chevaliers d'asseoir la paix, et de renforcer les alliances des Lacs d'Argent. Les chevaliers sont donc envoyés à plusieurs reprises en campagnes, pour défendre des traités de paix au nom la reine Myriel. S'ils sont d'abord salués avec les honneurs suite à leurs récents exploits, il leur arrive d'être mal reçus, et de devoir faire taire leurs sentiments pour le bien du royaume. La rigueur de leur ordre le dispute souvent à leur caractère tempétueux, et ils sont confrontés à bien des dilemmes. 

J'ai pris plaisir à retrouver ces personnages, ainsi que ce monde en proie à des forces contraires. De ce point de vue, l'intrigue est vraiment bien menée : les mystères qui planaient à la fin du premier tome trouvent ici leur éclaircissement, et de nombreux éléments laissent présager pour la suite un final riche en affrontements, qui fera trembler les lecteurs ! On retrouve le talent de Virginie Salobir pour dépeindre les émotions de ses personnages. Les nombreuses piques qu'échangent les chevaliers et les écuyers nous en disent long sur leur belle amitié, ou plus pour certains. Leurs tourments sont très bien dépeints, de façon si réaliste qu'on se prend à les éprouver nous-mêmes. L'autrice nous tire même les larmes lors d'un passage inattendu, et tenu par une plume magnifique et très juste. J'ai hâte de découvrir quel sort elle réserve à nos personnages, et notamment à la jeune Alix, à qui on s'attache sans mal. Je devine en tous cas que le final qu'elle nous prépare sera sans concession, à la fois dur et juste.

J'apprécie énormément cette saga, et pourtant, ce second tome m'a moins séduite que le premier. Ici, les événements de ces quelques 400 pages se déroulent sur un temps bien plus long que le premier, plus de deux ans si je ne me trompe pas. Forcément, cela entraîne des choix de narration difficiles, et notamment des ellipses temporelles et des péripéties qui s'enchaînent très vite. J'ai parfois eu la sensation que ces enchaînements manquaient de lien, et cela m'a empêchée de savourer autant l'intrigue. Et en même temps, je suis presque embêtée de devoir faire ce reproche, car je comprends tout à fait les raisons de tels choix. Il n'aurait pas été crédible de resserrer l'intrigue de ce tome sur un temps plus court, et il y a de nombreux détails à évoquer pour la préparation de ce que je crois être l'affrontement final. Mais voilà, même si j'ai dévoré ce roman, ce n'est pas ici le coup de cœur du premier. 

Je n'ai cependant aucun doute sur le fait que je risque d'adorer le tome final, et je ne peux que vous enjoindre à découvrir l'univers de cette trilogie chevaleresque qui n'a pas eu, je crois, l'accueil qu'elle mérite. Pour vous procurer le tome 1 ou le tome 2, ou les deux, c'est en quelques clics à partir de l'image ci-dessous ! 



mardi 15 juin 2021

Trois fois l'été, Elizabeth Barféty

 Avec cet article, je termine mon "cycle" des romans de l'été, commencé il y a trois semaines avec Tempête d'une nuit d'été. Il y a aussi eu L'été de tous les possibles, que j'avais moins aimé, mais aujourd'hui on termine sur une note positive, avec un roman très original ! 

Les vacances d'été sont là, mais les perspectives ne sont pas très réjouissantes pour Maëlle, restée en ville avec sa mère, alors qu'elles prennent possession d'un nouvel appartement après un divorce douloureux. La jeune fille qui se sent à l'étroit va vite prendre les choses en main, et partir à la recherche d'un job d'été pour occuper ces longues semaines qui s'offrent à elle. Elle trouve alors un emploi au cinéma, où elle rencontre Matt, avec qui le courant passe immédiatement. Sur son temps libre, Maëlle décide de se lancer dans une chaîne de courts-métrages, dans lesquels elle rejoue des scènes cultes de cinéma avec ses figurines et peluches. A cette occasion, elle est remarquée par Noah, une des stars de ce réseau social. Troisième rencontre, des plus insolites : alors qu'elle regarde par la fenêtre de sa chambre, elle croise le regard du voisin d'en face, Léo, qui semble avoir le même âge qu'elle, et qui a l'idée de lancer une conversation par pancartes interposées... Cet été prend décidément une tournure bien plus intéressante que prévue. Mais tout se complique, lorsque Matt, Noah et Léo invitent Maëlle à sortir, tous les trois le même soir ! On en est là lorsqu'une page vient nous déboussoler complètement, en nous offrant de choisir la soirée de Maëlle ! 


Par ce revirement de situation, le lecteur sera forcément surpris. Ce qui était jusque là une lecture agréable mais sans grande surprise prend une saveur tout autre, et la lecture devient un jeu ! En fait, c'est le même principe que les "livres dont vous êtes le héros", on choisit à quelle page se rendre pour la suite de l'intrigue. L'autrice a parfaitement su gérer ce jeu d'écriture, nous offrant donc trois fins différentes, dont chacune nous fait oublier les autres possibilités. En effet, si elles suivent une trame similaire, chacune de ses fins se suffit à elle-même, et saura, à sa manière, contenter le lecteur. Et pourtant, on peut aussi décider de revenir en arrière, et de faire un autre choix ! C'est un beau pari qui nous offre une expérience de lecture assez attrayante. 

En plus de ce format original, ce roman a d'autres qualités. D'abord, bien sûr, la réussite de ce pari, puisque, même en lisant les trois scénarios, on ne se lasse pas, et la construction est donc très bien réalisée. Mais ce roman offre aussi de belles pistes de réflexion. Forcément, entre la chaîne que Maëlle s'est créée, et le personnage de Léo qui est anti-technologie, la place du smartphone et des réseaux sociaux dans la vie des adolescents est largement questionnée. Cependant, à aucun moment le roman ne porte une charge virulente contre ces technologies. C'est plutôt une mise en garde contre les dérives, et aussi l'éveil à d'autres possibilités de divertissement qui sont proposés ici. Par ailleurs, si ce roman saura faire frissonner les cœurs avides de romantisme, on peut être rassuré par le fait que Maëlle est un personnage à part entière, et non simplement vue comme la moitié d'un couple. C'est donc sa réussite à elle qui prime davantage, avant même ses relations avec les trois garçons qui l'entourent. 

Ce roman constitue vraiment une belle surprise, et à cet égard, je ne peux que vous inviter à le lire, ou à le proposer aux adolescents de votre entourage !