jeudi 2 septembre 2021

Vaisseau d'Arcane tome 1, Adrien Tomas

Adrien Tomas, c'est un jeune auteur dont j'ai déjà parlé plusieurs fois par ici, et dont j'entends de plus en plus souvent parler sur Instagram (notamment grâce à Benjamin @lesmotsmagiques !). En fait, vu le nombre de livres de cet auteur dans ma bibliothèque, et le nombre d'articles sur ce blog qui en parlent, je pense même pouvoir dire que c'est un de mes auteurs préférés ! Tendance qui se confirme avec ce roman SFFF pour adulte (jusque là je n'avais lu que ses romans jeunesse) : Vaisseau d'Arcane, tome 1, paru en 2020 mais lu seulement cet été. 

On m'avait beaucoup parlé de ce roman à l'univers steampunk, et je crois que c'était ce qui m'avait poussée à le lire. J'ai également appris en débutant ma lecture que ce roman se situait d'ailleurs dans le même univers que Engrenages et sortilèges ainsi que Dragons et mécanismes, que j'avais tous deux adorés, simplement, nous changeons ici de zone géographique (comme c'est d'ailleurs entre les deux précédents romans). J'aime beaucoup cette façon qu'a l'auteur de créer des ponts entre ces différents livres, et l'intelligence qui en découle pour la construction de son monde. En effet, pour construire un monde fictif cohérent et solide, quoi de plus judicieux que d'y situer plusieurs de ses ouvrages ? Ainsi, les règles se peaufinent au fil des romans, et à force de tisser des liens, le lecteur lui-même y voit plus clair dans chacun de ces univers. Cette intelligence au service de la création du monde, je l'avais soulignée pour Dragons et mécanismes, et le travail est aussi brillamment effectué ici. Cet univers qui, d'abord semble assez banal, se complexifie peu à peu par les événements et manigances politiques, ainsi que par la riche diversité des peuples rencontrés. Ainsi, dans ce roman, vous croiserez des poissons abysséens, civilisation bien plus intelligente que les humains, qui a mis en place un système de scaphandre imposant afin d'évoluer à la surface, parmi les hommes. Ces créatures m'ont fait sourire plus qu'autre chose, sourire devant l'ingéniosité de leur présence : les placer dans les sphères politiques d'un roman steampunk, il fallait y penser ! même si on verra à la lecture du roman qu'elles méritent bien plus de crédit qu'un simple sourire... Mais ce qui m'a fascinée ici, ce sont les Orcs. Ces créatures, on a l'habitude de les voir grimées en monstres sanguinaires, brutes bêtes et méchantes. Ici, nous les côtoyons de près, et découvrons un peuple d'origine végétale, avec une grande intelligence de la nature et de ses forces, qui a beaucoup à apprendre aux humains. En fait, dans ce roman, c'est peut-être finalement l'humain, la créature la plus stupide et instinctive... 

Les humains de cette histoire, venons-y justement. Dès le début, nous suivons le périple de Sof, jeune infirmière, et son frère Solal, en fuite. Le jeune homme a été victime de l'Arcane, cette force magique qui perturbe la vie des hommes, et qui parfois, sous la forme d'un éclair qui réduit un être à la simplicité d'esprit, tombe sur eux. Sof est pourtant persuadée que l'esprit de son frère est toujours là, présent, atteignable. Elle s'enfuit donc avec lui, afin qu'il échappe aux autorités qui transforment les "vaisseaux de l'Arcane" en ouvriers obéissant aveuglément aux ordres simples. Leur parcours sera, on s'en doute, semé d'embûches, mais aussi de rencontres, qui changent leurs perspectives du tout au tout. Nous croisons aussi Nym, jeune assassin de haut niveau, et tout un cénacle d'êtres à la violence tout aussi efficace que la sienne, qui agissent dans l'ombre, avec l'aval des personnalités de pouvoir. Et Gabba Do, ambassadeur abysséen, qui, de se son scaphandre, a beaucoup à découvrir sur les règles qui régissent le monde de la surface. Cette galerie de personnages est très riche, trop peut-être ? Je me suis beaucoup attachée, d'emblée, à Sof, Solal et Nym, mais je regrette presque de les avoir trop peu vus. Notamment Sof et Solal qui, à la lecture du résumé et des premières pages semblent être les deux personnages principaux, et qui pourtant, dans la deuxième moitié du roman, se laissent porter sans but précis annoncé. Cette trop grande variété de personnages est, pour moi, le seul point noir de ce roman, qui n'empêche en aucun cas de le rendre fascinant ! 

C'est donc un coup de coeur pour cette lecture, et j'attends impatiemment le second tome qui, je l'espère, répondra à certaines de mes attentes, et aux nombreuses interrogations soulevées à la fin de cet opus ! Si vous souhaitez à votre tour vous plonger dans ce riche univers, vous pouvez vous procurer le tome 1 en cliquant sur l'image ci-dessous ! 



mardi 31 août 2021

Sainte Marguerite-Marie et moi, Clémentine Beauvais

 Avant l'été, Clémentine Beauvais prenait quelque peu des pincettes pour annoncer la sortie prochaine d'un livre chez un petit éditeur religieux, et cherchait donc des chroniqueurs qui ne soient pas complètement fermés au milieu catholique. J'ai sauté sur l'occasion, d'abord parce que je suis catholique, donc évidemment, ça ne me dérange pas de parler religion ! Et puis, pour des raisons plus personnelles, le titre de ce roman me parlait beaucoup, et le roman a encore davantage résonné en moi que ce que je pensais. 

Sainte Marguerite-Marie et moi n'est en réalité pas vraiment un roman. On est entre l'hagiographie (la biographie de saint) (je sens que j'en ai perdu quelques uns là, mais restez, vous allez voir, ça vaut le détour !) et l'autofiction. Clémentine Beauvais sait depuis toujours qu'elle a une sainte dans ses ancêtres : Sainte Marguerite-Marie, qui a vécu au dix-septième siècle. C'est une information familiale qui amuse, mais qui dérange aussi, un peu, dans un milieu plutôt de gauche agnostique. Parce que dans ce milieu, côtoyer des cathos, c'est assez mal vu... Pourtant, au moment où Clémentine se lance dans ce projet d'écriture, elle est bien forcée de flouter la frontière entre "agnostique, féministe, de gauche" et "très catho". En effet, elle est enceinte, et son compagnon est "très catho", donc il faut arrêter de s'enfermer dans des cases, non ? C'est à peu près dans cette période de sa vie qu'une amie, qui est aussi éditrice dans la "très catho" maison des éditions de l'Emmanuel, lui lance le défi, en plaisantant (ou pas ?) d'écrire un livre sur son ancêtre, cette sainte qui dérange, même chez les cathos. Marguerite-Marie, j'ai découvert sa vie en lisant le livre. Enfant, Jésus se manifeste à elle très tôt, et lui fait jurer fidélité et chasteté. Mais ça ne s'arrête pas là, puisqu'au nom de ces vision, la jeune fille, bientôt religieuse, s'inflige des souffrances étrangement cruelles. Est-ce réellement Jésus qui lui impose cela, ou bien le diable ? Si elle souffre ainsi, cela signifie-t-il qu'il faut avoir tant souffert pour devenir saint ou sainte ? alors que pourtant, de nos jours, on dirait plutôt qu'elle se mutile, et qu'elle souffre donc de troubles psychiatriques... Tout cela dérange pas mal, même pour la "un peu" catho que je suis. Et Clémentine Beauvais détricote toutes ces interrogations avec brio, et armée de son humour ravageur et touchant. 

J'ai été touchée par ce roman à plusieurs égards. Tout d'abord, il fallait, un jour, que je me penche sur la vie de cette sainte. En effet, si ce titre me parlait tant, c'est parce que ma marraine de confirmation a tout récemment prononcé ses vœux, devenant donc "sœur Marguerite-Marie". Il fallait que je comprenne mieux ce choix. Ensuite, je me reconnais assez dans les doutes de l'autrice, mais à l'inverse d'elle. Je viens d'un milieu plutôt "très catho", et même si je m'en suis un peu détachée, je reste croyante et pratiquante, et ma foi fait partie intégrante de ma vie. Oui mais voilà, c'est pas toujours facile d'assumer ça quand on évolue dans la sphère littéraire. Dans mes études de lettres, dans mon métier de libraire, sur les réseaux sociaux, j'ai fini par évoluer dans un milieu plutôt proche de "agnostique, féministe, de gauche". Et pendant un temps (en fait, encore maintenant), je me suis demandée : est-ce qu'on peut appartenir au milieu littéraire, ET être catho ? est-ce qu'on peut avoir des opinions plutôt très féministes, ET croire en Dieu ? Bref, cette histoire de cases hermétiques, de clans ennemis dont parle Clémentine Beauvais, ça me parle beaucoup, aussi. J'ai décidé de faire ce cheminement, d'orienter ma vie de lectrice et de libraire à la lumière de mes idéaux chrétiens (oui, je préfère me dire chrétienne que catho en vrai, ainsi ça inclut mes amis protestants, mais bref, autre débat). Eh bien quel plaisir c'est de voir une autrice dont je me sens proche pour ses idées féministes, son humour caustique, faire un pas vers le monde des chrétiens ! Bien sûr, ce livre ne fait pour Clémentine acte de conversion, mais elle montre que ces deux mondes peuvent coexister, sans mal, avec bienveillance, et amour même ! 

Alors voilà ce que je vous propose : à votre tour, armez-vous de bienveillance et d'amour pour aller ouvrir ce livre, certainement un des plus surprenants de la rentrée littéraire. Vous qui êtes chrétiens et curieux, voilà une merveilleuse occasion de découvrir cette autrice talentueuse. Vous, aussi, qui adorez Clémentine Beauvais mais regardez d'un œil soupçonneux cette parution, soyez rassurés : le pire qui vous arrivera dans ce livre, sera de découvrir que les chrétiens ne sont pas toujours des êtres barbants et ronflants, comme certaines messes auxquelles on peut assister (bon, soyons honnête, vous risquez aussi quelques grimaces de dégoût... mais aussi beaucoup de rire !). Bref, ce livre est une sorte de passerelle entre deux mondes, alors il ne peut que toucher un public large ! C'est donc le moment de courir l'acheter, ou de cliquer sur l'image ci-dessous pour vous le procurer ! 



mardi 24 août 2021

Le Choeur des femmes, Martin Winckler et Aude Mermilliod

 Il y a quelques années, j'ai acheté sur un vide grenier le roman de Martin Winckler, Le Chœur des femmes, en ayant vaguement à l'esprit que, pour aiguiser ma conscience de féministe, c'était une lecture incontournable. Puis, comme de nombreux autres livres, je l'ai posé dans un coin de ma bibliothèque et j'ai oublié de le lire. Et cette année, une adaptation BD est sortie, qui a remis le roman au cœur des conversations littéraires, et donc je ne pouvais pas passer à côté une deuxième fois. 


Jean Atwood poursuit son rêve, faire de la chirurgie gynécologique. Alors que sa formation touche à sa fin, elle doit faire un stage en consultations gynécologiques. Elle qui a l'habitude de voir les femmes endormies, et de ne travailler que sur leurs organes génitaux, la voilà qui doit se farcir des heures et des heures à écouter les bonnes femmes raconter tous leurs petits soucis à leur gynéco. Vraiment, ces six mois de stage vont lui paraître longs, d'autant plus que le docteur Karma, auprès de qui elle se forme, passe selon elle beaucoup trop de temps à écouter, plutôt qu'à pratiquer des actes de soin. C'est en fait une toute nouvelle conception de la gynécologie, et même du soin, qu'elle va découvrir au cours de ce stage, pour une pratique bien plus humaine et respectueuse des patientes. 

Cette BD est instructive, elle révèle beaucoup du monde médical, et pas seulement en positif. Les femmes ont l'habitude d'être infantilisées par les soignants, on leur fait comprendre qu'elles ne sont pas capables de prendre les décisions qui les concernent. Heureusement, de plus en plus de soignants rencontrent leur "patiente Alpha", celle qui leur permet de comprendre que mettre l'humain au coeur de la relation de soin est non seulement possible, et même nécessaire. Avec Jean, notre propre conception de notre rapport à nos corps, et au corps médical, vont changer. Nous pouvons être exigeantes avec nos gynécologues, car après tout, c'est de notre intimité qu'il s'agit. Lorsque l'on cultive déjà cette exigence, et qu'elle se trouve écoutée, on peut, de façon légitime, s'indigner devant les traitements réservées à certaines femmes, qui pourtant connaissent leurs corps, à défaut de connaître la science. 

En plus de cette épiphanie médicale, cet ouvrage nous présente un personnage très touchant. Jean a et a eu une vie intime complexe, bouleversée par une anatomie féminine atypique. Malgré sa différence, elle a réussi à se construire en tant que femme forte, et sait ce qu'elle veut dans la vie. Peu à peu, nous apprenons à connaître cette jeune femme qui, au premier abord, lors des premières consultations narrées, nous semble hautaine et peu respectueuse des autres. Finalement, on découvre un personnage qui a ses fêlures, mais dont l'existence a été grandement facilitée par un père aimant et un interne en gynécologie audacieux. Derrière sa façade de professionnalisme se cache un être extrêmement sensible, dont l'histoire a de quoi émouvoir. 

Une très belle bande-dessinée, instructive et touchante. Le dessin s'adapte parfaitement au propos : réaliste, qui nous emmène dans l'intimité du cabinet de gynécologie, mais sans aucun voyeurisme. L'équilibre parfait a été trouvée entre la proximité chaleureuse et un recul critique. J'ai vraiment été marquée par cette lecture, et je ne manquerai pas, à l'occasion, de me plonger dans le roman, pour voir d'un autre œil cette histoire nécessaire. Je ne peux que vous inviter à la découvrir à votre tour, quel que soit le format choisi, BD, ou roman, poche ou grand format, en cliquant sur l'image ci-dessous ! 



mardi 3 août 2021

Focus sur... Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est une autrice dont je suis le travail depuis plusieurs années, surtout pour ses publications en jeunesse. Je l'avais découverte avec un album plein de malice, La vache dans la brique de lait, et depuis, je recommande régulièrement ses romans à la librairie. Et puis ces derniers mois, c'est son travail en littérature générale que j'ai découvert, et dont je voulais vous parler aujourd'hui. 


En mai, paraissait la bande dessinée La remplaçante, illustrée par Mathou. Cette collaboration a fait parler sur les réseaux sociaux, son illustratrice y étant très connue. Une BD avec un dessin aussi frais et moderne, donc accessible, portant sur la dépression post-partum, il fallait que je m'y penche. Marketa est devenue maman avec Clovis, l'homme qu'elle aime. Seulement, alors que jusque là le bonheur qui les liait était immense et sans failles, la jeune femme se sent désormais complètement détachée de ce qui lui arrive. Elle est devenue maman, Clovis est papa, et cela semble si simple et naturel pour lui, alors pourquoi ça ne l'est pas pour elle ? Elle se sent complètement étrangère à ce petit être, pourtant sorti de son propre corps, et qui dépend entièrement d'elle. Le chemin est long pour se sentir à l'aise dans ce nouveau rôle qu'est la maternité, et elle a besoin d'attentions pour y arriver. Cette BD ne m'a pas réellement touchée, je ne suis pas certaine que c'était le but recherché. On sent, derrière ce texte et ces illustrations, le vécu de ces deux jeunes femmes, deux mères aussi. Les choses sont relatées avec beaucoup de douceur, de l'humour aussi. Et le but recherché est accompli : on gagne un livre qu'on peut facilement mettre dans les mains des jeunes ou futures mères, qui va leur parler sans tabou d'un sujet peu évoqué lors d'une grossesse, et qui les aidera certainement à apprivoiser leurs émotions, leur ressenti, à se sentir moins seules. Bravo, donc, aux autrices, pour ce travail nécessaire de vulgarisation autour du post-partum ! 



En réalité, cette bande dessinée n'est pas le seul ouvrage de Sophie Adriansen à ce sujet. Avec la parution de son dernier roman, Hystériques, j'ai découvert un autre roman, sorti il y a quelques années chez Fleuve et paru en poche cette année chez Charleston : Linea nigra. Ce roman évoque, par certains aspects, La remplaçante. Le sujet est le même : la dépression post-partum. Stéphanie est amoureuse de Luc, déjà papa de deux enfants, et ils prévoient d'avoir un enfant tous les deux. Si le bonheur semble d'abord sans limites, les choses changent du tout au tout après la naissance de l'enfant, et Stéphanie, privée de l'accouchement physiologique dont elle rêvait, déchante vite. Devenir maman, ce n'est en fait pas le rêve qu'elle s'imaginait. Oui, elle aime cet enfant, mais qu'a-t-il fait de son corps ? Qu'a-t-on fait de son corps lors de la césarienne ? Est-on sûr que ce ventre est désormais vide, alors que tout s'est passé si vite ? Peut-elle réellement se dire jeune accouchée, alors que ce n'est pas vraiment elle qui a accouché, mais plutôt les médecins qui l'ont accouchée ? Là encore, ce n'est pas un début de maternité idyllique que vit cette femme, et beaucoup de questions sans réponses se bousculent dans son esprit. Ce roman est très bien documenté, presque trop, car il devient documentaire. En effet, plusieurs chapitres nous renseignent avec précision sur la pratique gynécologique, l'accouchement physiologique, l'histoire de l'accouchement, etc. Tous ces propos sont très intéressants, mais m'ont empêchée de m'attacher à ce couple, à cette héroïne (j'emploie le terme exprès) qui devient jeune maman mais qui ne sait pas quoi faire de ça. Les flashbacks, les changements de point de vue, tout ça m'a tenue comme éloignée de ce qui se passait dans ce couple et cette nouvelle famille. Encore une fois, c'est un roman utile, mais pas un coup de cœur. 


Le coup de cœur, en revanche, je l'ai eu pour Hystériques. Il m'a paru mieux construit, mais surtout, les personnages sont mieux incarnés, et donc on s'attache à leurs destins, on comprend leurs choix, ou au contraire on s'énerve contre leur tempérament... Bref, ils prennent vie, véritablement. Dans ce roman, on suit trois sœurs, devenues adultes, dont les utérus viennent bousculer la vie, alors même que c'est un sujet tabou dans leur famille. En effet, leur mère n'a jamais voulu parler de cet organe pourtant si important dans la vie d'une femme. "Ce qui se passe en soi, on n'embête pas les autres avec" : voilà le mantra qui a guidé la vie de Sylviane, et l'éducation de Diane, Clémentine et Noémie. En suivant les trois femmes dans leur vie de couple, on se rend compte des ravages que peut faire une telle éducation. Diane a deux enfants, mais envisager la naissance du second n'a pas été chose facile. En effet, lorsqu'elle a accouché de son aînée, elle a été victime de violences obstétricales, et lorsqu'elle a voulu poser des questions, on lui a répondu que cela ne la concernait pas, on l'a infantilisée. Des années de thérapie, et la rencontre d'une gynécologue bienveillante lui seront nécessaires pour réapprivoiser son intimité. Clémentine a elle aussi deux enfants, deux belles petites filles. Seulement, alors qu'elle attend la deuxième, une séance d'hypnothérapie fait revenir à sa mémoire quelque chose que son esprit avait totalement occulté. En réalité, elle n'est pas la mère de deux enfants, mais de trois. L'année de son bac, elle a été enceinte, une grossesse que son corps s'est appliqué à cacher, à elle comme aux autres, un enfant né sous X, et complètement oublié depuis. Le souvenir de cet enfant qui remonte pourrait changer à jamais son équilibre familial. Quant à Noémie, la dernière, on se demande quand elle aura des enfants, elle-même se le demande. Et puis, au hasard d'un rendez-vous gynécologique, une terrible nouvelle tombe : elle est atteinte d'un cancer du col de l'utérus. Ces trois femmes m'ont émue, leur histoire familiale m'a parlé, tout cela m'a assurée dans mes convictions féministes. "Hystérique" n'est pas une insulte, simplement un constat : cela signifie qu'une personne est équipée d'un utérus. Et cet utérus, il peut influencer nos vies, notre histoire. Ce roman a achevé de me convaincre de plusieurs choses : le sang menstruel ne doit pas être un tabou, les douleurs de l'accouchement ne doivent pas être des tabous, et quand nous, femmes, en parlons ensemble, cela nous rend plus fortes. C'est donc réellement un roman que je recommande à toutes, un roman engagé qui touchera de nombreuses femmes. 

Sophie Adriansen est une autrice qu'il me tient à cœur de défendre, aussi, en cliquant sur l'image ci-dessous, vous pourrez accéder à toutes ses publications disponibles en librairie, et choisir celle qui vous intéresse ! 


 

mardi 27 juillet 2021

Rêver des îles, Gavin Francis

 Cette année encore, les vacances sont compliquées, alors quoi de mieux que de s'évader par la lecture ? Avec ce récit de voyage, nous embarquons pour les îles, de l'Arctique à l'Antarctique, dont certaines parmi les plus reculées du monde. 

Gavin Francis est un écrivain-voyageur dont la passion est de voyager dans les îles. Il explique cette passion grâce à la racine étymologique du mot île, mêlée à la racine du mot "isoler". Si on aime tant aller sur ces îles lointaines, c'est pour la perspective d'isolement qu'elles promettent. On peut s'y perdre, ou plutôt s'y retrouver, seul au milieu d'une nature aussi sauvage que ressourçante. C'est d'ailleurs pour cela, bien souvent, que l'on s'y rend : pour faire une pause dans un quotidien trop harassant. L'auteur, médecin, confesse avoir besoin de ces pauses bienvenues, dans sa vie si chargée en lien social, pour trouver un équilibre dans sa vie. Ainsi, il a exploré bon nombre d'îles écossaises (étant lui-même écossais), mais aussi des îles aux quatre coins du monde, des îles grecques connues jusqu'aux confins de l'Antarctique, inconnus de nous. Dans ce livre, il ne s'applique pas à nous faire découvrir tous ces paysages, mais plutôt à dresser une typologie des îles. Elles peuvent être îles au trésor, réelles ou fantasmées, ou au contraire îles prison, telle que Saint Hélène pour Napoléon, ou même l'île de Robinson Crusoé. Et même, les trésors qu'on y trouve ne sont pas forcément matériels, mais bien plus souvent, spirituels. 

J'ai pu être frustrée par le manque de découverte de paysages lointains, mais ce vide est vite comblé par la présence de cartes marines anciennes qui agrémentent l'ouvrage, imprimées en couleurs. Ce sont finalement ces reproductions qui nous invitent réellement au voyage. Du côté des réflexions avancées par l'auteur, j'avais peur, au premier abord, de me lancer dans une lecture complexe et quelque peu fastidieuse. Et finalement c'est tout l'inverse qui se produit : la plume est fluide, les réflexions sont suffisamment légères pour nous permettre de parcourir vite ce livre, et de faire ce que le titre propose : rêver des îles. 

Si vous ne pouvez pas partir, vous dépayser cet été, je ne peux que vous conseiller de vous rattraper en vous lançant dans cette lecture, qui vous emmènera bien plus loin que vous ne l'imagineriez ! Je suis même passée à la radio pour évoquer ce livre, sur RMC ! Alors si vous voulez découvrir ma voix, c'est en cliquant ici, à la minute 31 ! Et pour acheter le livre, c'est comme d'habitude, à partir de l'image ci-dessous ! 



mardi 20 juillet 2021

Londres et Liverpool avec les Beatles, Philippe Brossat

 J'avais repéré ce titre il y a quelques mois, et, ayant toujours adoré les Beatles, j'ai succombé ! Le résumé promet un guide de voyage à travers Londres et Liverpool, sur les traces des Fab Four, et la promesse est tenue ! 

Philippe Brossat nous emmène en effet les lieux qui ont vu grandir la légende de ces quatre garçons. Les différents studios où ils ont enregistré leurs albums, les salles où ils se sont produits, le fameux passage piéton d'Abbey Road, mais aussi les boutiques de créateurs où ils s'habillaient, les clubs qu'ils fréquentaient pour leurs soirées privées... Et bien sûr, à Liverpool, les lieux de leur enfance, et le mythique Cavern Club, où ils ont joué leurs premiers concerts. Cette façon de découvrir les Beatles est très originale et agréable. Les lieux visités se prêtent à beaucoup d'anecdotes, qui permettent de mieux connaître le tempérament de chacun des garçons. Les paragraphes sont courts, on se sent proches du groupe, on côtoie leur entourage de près, on se sent vraiment inclus dans leur histoire, ce qui a quelque chose de formidable. Parfait aussi pour ressentir pleinement l'ambiance du Swinging London et des années 60, qui me fascinent ! Le seul bémol que je vois à cette présentation, est le manque de chronologie. Bien sûr, c'est le parti pris géographique qui veut ça, mais cela amène à des répétitions, des anecdotes qui reviennent à plusieurs reprises, de façon plus ou moins approfondie. Ces redondances ont rendu la lecture assez longue, même si c'était vraiment divertissant ! 

En fait, je crois que c'est une lecture qu'il faut, volontairement, laisser traîner. En lire un passage, puis passer à autre chose, y revenir un peu, puis l'oublier sur la table de nuit... Bref, le lire par morceaux est certainement la meilleure façon de faire. Et en musique bien sûr ! Car une chose est sûre : si vous n'écoutez pas les Beatles en même temps que cette lecture, vous chantonnerez les airs à longueur de lecture ! 

Si vous souhaitez acheter ce livre, parfait pour un été musical, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous ! 



mardi 13 juillet 2021

Ne vous fiez pas aux apparences, Tess Sharpe

 Je ne lis presque pas de romans policiers ou de thrillers, car je suis une lectrice assez impressionnable, et adolescente, il m'est arrivé de cauchemarder des nuits entières suite à des lectures difficiles... Pourtant, je me suis laissée tenter par le nouveau roman de Tess Sharpe, autrice de thrillers, qui a fait une incursion en littérature young-adult avec Ne vous fiez pas aux apparences, publié ce mois-ci chez Nathan

Alors qu'elle allait déposer de l'argent à la banque avec sa petite amie et son ex, Nora est prise dans un braquage à main armée, et déjà, le compte à rebours commence. La tension est palpable dès les premières pages. Une personne, dans cette banque, représente un véritable danger pour les autres, peut-être même pour elle-même. Et on pourrait bien être surpris par sa véritable identité... En effet, on l'apprend vite, Nora n'est pas tout à fait celle qu'elle laisse paraître. Elle a grandi aux côtés d'une mère arnaqueuse en série, qui l'a entraînée, toute jeune, dans ses combines, au risque de lui faire perdre pied psychologiquement. Nora a été bien d'autres filles avant celle qu'elle est aujourd'hui. Toutes ont contribué à faire d'elle une jeune femme affirmée, avec un talent incomparable pour la manipulation. Elle essaie de vivre une vie normale, mais est prête, pour protéger ceux qu'elle aime, à bien des sacrifices. 


Eh bien c'était une excellente découverte que ce thriller haletant. L'autrice en maîtrise parfaitement les codes, et elle prend directement ses lecteurs aux tripes, ne relâchant la pression que dans les toutes dernières pages. La mise en scène et les motivations du braquage semblent plus vraies que nature. Les deux comparses ne semblent pas être là uniquement pour l'argent, mais le mystère plane longtemps sur leur but réel. Leur énervement n'est pas feint, et on sent tout de suite qu'ils sont prêts à tuer leurs otages si nécessaire. Au milieu de tout cela, le profil psychologique complexe de Nora se met en place petit à petit, à l'aide de flashbacks placés aux moment cruciaux du récit, afin de faire durer le suspense. C'est efficace et brillant, une intrigue réellement saisissante. 

Ce n'est pas la seule qualité de ce roman young adult. En effet, dans ce genre littéraire, on demande souvent à voir représentées les différentes minorités, et en tous cas une diversité représentative du monde réel. On sent que l'autrice a eu à cœur de s'atteler à cela. En effet, les personnages principaux présentent déjà des minorités sexuelles. Nora et Iris forment un couple lesbien, et Nora est claire sur le fait qu'elle est bisexuelle, puisque son ex petit-ami Wes accompagne les deux jeunes femmes. Par ailleurs, Iris est atteinte d'endométriose, et cette maladie prend une place importante dans l'intrigue, comme dans sa propre vie. J'ai trouvé vraiment intéressante cette façon de rendre banal quelque chose qui impressionne généralement quand on en parle. Tous les lecteurs peuvent ainsi se retrouver dans un tel roman, et une prise de conscience peut même se faire, sur la question des règles notamment. 

Je suis donc ravie d'avoir pu lire ce roman, qui m'a procuré des émotions fortes, et qui fait partie de ces œuvres nécessaires à mettre entre les mains des jeunes. Si vous avez un adolescent fan de thrillers dans votre entourage, ou bien si ce roman vous tente vous-mêmes, n'hésitez pas, et allez l'acheter en quelques clics à partir de l'image ci-dessous !