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mardi 10 novembre 2020

Betty, Tiffany McDaniel

 Betty, de Tiffany McDaniel : ce roman de la rentrée littéraire a été tellement chroniqué, sur tant de blogs, dans tant d'articles, que ça n'a presque pas de sens de me mettre à en parler à mon tour, ma chronique ne sera que noyée dans la masse... Et pourtant, après une lecture qui marque autant, impossible de ne pas prendre à mon tour la parole, pour partager ce que j'ai pu ressentir. 

Betty, sixième enfant d'une fratrie de huit, prend la parole pour nous conter l'histoire des siens. Fille de Landon Carpenter, d'origine Cherokee, son enfance sera peuplée des histoires racontées par son père, indéfectiblement liée à la terre, et chamboulée par des fantômes bien sombres pour une petite fille... Au fur et à mesure qu'elle grandit, se dévoilent en effet des pans de l'histoire de sa famille difficiles à encaisser, et qui pourtant participent à sa construction en tant qu'adulte. Ce roman, c'est l'histoire d'une famille, mais c'est aussi une chronique d'une petite ville américaine dans les années 1960, dans l'Ohio, où il était bien difficile d'être une jeune fille à la peau sombre. Car en effet, Betty est la seule de sa famille à avoir hérité des caractéristiques physiques de ses ancêtres Cherokees, elle est "la Petite Indienne" de son père, ainsi qu'il aime à l'appeler. Parmi les nombreuses histoires que ce dernier raconte à ses enfants, parfois juste en poète, parfois pour leur expliquer certaines noirceurs du monde, celle-ci m'habite encore, et correspond tellement bien à ce roman : 

Dans différentes tribus indiennes, les Trois sœurs représentent les trois cultures les plus importantes. Le maïs, les haricots et les courges. Les cultures poussent ensemble comme des sœurs. L'aînée est le maïs. Elle est la plus grande et c'est à elle que s'accrochent les tiges de ses sœurs plus jeunes. La seconde, c'est le haricot. Elle apporte azote et nourriture au sol, ce qui permet à ses sœurs de devenir fortes et résistantes. La plus jeune, c'est la courge. Elle étend ses larges feuilles pour faire de l'ombre à la terre et empêche les mauvaises herbes de s'installer. Ce sont les tiges des courges qui unissent les Trois Sœurs par le lien le plus fort qui soit.

Si l'on en croit ce conte, Betty serait donc la courge, celle qui protège les deux autres en leur donnant l'ombre nécessaire à leur croissance. Et c'est bien ce qui semble se mettre en place au cœur de ce roman. Bien malgré elle, l'enfant va découvrir des secrets de famille dont elle aurait préféré qu'ils restent enfouis. Et pour surmonter la douleur qui la submerge face à ces révélations, c'est d'ailleurs ce qu'elle va faire : les enfouir. Les écrire, pour libérer son esprit, les enfermer dans des bocaux, et les enfouir sous terre. On ne peut qu'être impressionnés par la force morale de Betty. Face à une mère bipolaire, un  grand frère brutal, un petit frère visiblement autiste, et un père qui ferme les yeux sur bien des choses, la jeune fille parvient malgré tout à se construire en adulte fière et droite. Envers et contre tout, elle qui détient la vérité saura rétablir la justice, tirer le meilleur des enseignements de son père. Malgré des scènes difficilement supportables, on sent que Betty garde des souvenirs heureux de son enfance et de sa fratrie. Ce roman laisse des sentiments mêlés. Si l'on tremble souvent devant les injustices, il s'en dégage finalement une certaine lumière, grâce à la force de Betty et à l'amour de son père. Ces deux personnages sont, chacun à leur manière, émouvants. 

Sans aucun doute, certains lecteurs seront heurtés à la lecture de ce roman. Si vous êtes sensibles aux scènes de violence, passez votre chemin. Cependant, si cela ne vous fait pas peur, plongez-vous y. C'est une de ces lectures qui vous marque, profondément, dont on ressort changé. Et c'est cela, certainement, qui en fait un grand roman. 

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lundi 28 octobre 2019

Les nouveaux héritiers, Kent Wascom

C'est toujours un plaisir que de recevoir dans sa boîte aux lettres un livre estampillé Gallmeister, tant leurs couvertures sont belles. Je tiens donc à remercier les éditions Gallmeister et Babelio pour m'avoir permis de lire ce livre dans le cadre d'une édition Masse Critique


Il est des livres que l'on savoure davantage pour leur plume que pour l'intrigue : Les nouveaux héritiers est de ceux-là. Dès les premières pages, on est happés par l'écriture très travaillée de Kent Wascom, qui trace ici pour nous une saga familiale et historique, au cœur du vingtième siècle, nous peignant le portrait du sud des États-Unis. On ressent au travers de cette écriture un amour de la nature qui a quelque chose d'émouvant. Cette nature si riche et luxuriante (à l'image de la plume de l'auteur) que l'on retrouve dans la peinture du personnage principal, Isaac, qui lui porte un regard pleinement attentif et empathique.


Dans ce roman, on suit les héritiers de deux familles de la Nouvelle-Orléans, chacun porteurs d'une histoire familiale très dense. Isaac, à l'enfance très mouvementée, a finalement été adopté par une famille aimante. A l'inverse, Kemper est née dans un foyer où l'amour est peu présent, rongé par des désaccords quant au passé peu reluisant des ancêtres. Pourtant, ces deux jeunes gens qui semblent n'avoir rien en commun vont tomber amoureux et vivre une belle histoire d'amour, quoique loin d'être tranquille. Entre leurs tempéraments capricieux, et l'Histoire qui, en ce début de vingtième siècle, vient les secouer, leur couple fait face à bien des épreuves.

Au final, c'est une petite déception malgré tout pour moi : l'intrigue est parfois tortueuse, tout en n'étant pas suffisamment dense à mon goût pour faire de ce roman une lecture dont on n'arrive pas à décrocher. A force, je ne voyais plus arriver la fin du roman, et j'avoue m'être quelque peu ennuyée. C'est finalement la belle écriture qui sauve ce roman, montrant ainsi la force des éditions Gallmeister pour dénicher des plumes de talent, qui offrent une belle peinture des États-Unis, et nous les retransmettre dans des traductions d'une grande qualité. Ce roman a d'ailleurs parfaitement sa place dans cette maison d'édition spécialisée notamment en "nature writing", puisque Kent Wascom signe ici une fable écologique qui, déjà à l'orée de la première moitié du vingtième siècle, dresse un tableau quelque peu pessimiste.


Comme d'habitude, vous pouvez vous procurer ce livre en cliquant sur l'image ci-dessous !