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mardi 25 mai 2021

Tempête d'une nuit d'été, Meg Rosoff

 J'ai lu ce roman il y a un mois et quelques, en avance pour Page des libraires, ça a été un véritable coup de cœur, alors je vous laisse un peu imaginer à quel point j'avais hâte de vous en parler... Ce que je peux désormais faire, puisqu'il sera dès demain sur les tables de vos librairies ! Alors lisez cet article, puis courez l'acheter ! 

A peine l'année scolaire terminée, une famille anglaise saute en voiture pour rejoindre la maison de vacances, au bord de la mer, comme chaque été. Là-bas, les quatre frères et sœurs retrouvent les cousins, et pour cette année, deux nouveaux venus, les frères Godden, venus profiter de cette belle atmosphère familiale. Sauf que très vite, autour du frère aîné, les têtes vont tourner... Kit Godden est solaire : beau, séducteur, il attire les autres et gère son petit monde bien à sa façon. Il jette son dévolu sur Mattie, la sœur de notre narrateur - ou notre narratrice ? 

Car oui, c'est là que réside toute la force de ce roman, dans l'identité de ce membre de la fratrie qui nous narre les événements de cet été si marquant. Au début, tout commence de façon assez classique, jusqu'à ce qu'on se rende compte que finalement, on ne sait pas grand chose de ce personnage, même si nous entrons dans son intimité, dans la tour qui lui sert de poste d'observation. Tout est très visuel dans ce roman, on imagine sans mal la maison de style victorien qui donne sur la plage, la terrasse cosy sur laquelle tous se retrouvent pour dîner, le charme fou que dégagent Mattie et Kit, et la plage, rivage soumis au climat britannique plutôt humide, même au cœur de l'été... Mais quand il est question de savoir qui est ce membre de la famille, nous ne parvenons pas finalement à déterminer s'il s'agit d'une fille et d'un garçon. Si cela est d'abord plutôt perturbant, on se rend compte, en réalité, que cela importe peu, et l'intrigue en reste inchangée. 

Ce roman, c'est un véritable coup de cœur. J'y retrouve la malice de Meg Rosoff qui nous force à sortir de notre zone de confort, ce qu'elle avait déjà admirablement fait avec Caribou baby. Comme le titre le laisse présager, les références à Shakespeare sont légion dans ce roman. Ce qui est très habile, vu la force du dramaturge pour jouer avec le travestissement, mélanger les genres dans une fluidité très contemporaine. En dehors même des références textuelles, on retrouve d'ailleurs beaucoup de théâtralité dans ce roman : chaque acteur de ce drame a un rôle bien défini, sauf le personnage central, qui gravite de l'un à l'autre selon ses humeurs, ce qui se joue hors champs se laisse habilement deviner sans être totalement dévoilé... Tempête d'une nuit d'été est, à mes yeux, LE roman à lire cet été. Il joue d'ailleurs avec les codes du roman d'été, de la romance, mais en apportant une profondeur qui en fait un roman incontournable. 

J'espère que vous serez nombreux à vous laisser porter par la plume surprenante de Meg Rosoff, traduite avec brio par Clémentine Beauvais. Et pour commencer, je ne peux que vous inviter à cliquer sur l'image ci-dessus pour vous procurer ce roman, le dévorer, l'offrir, le faire circuler... Bref, le rendre nécessaire à tous ! 


mardi 2 février 2021

La fabuleuse histoire des orphelins inadoptables, Hana Tooke

 J'ai commencé l'année 2021 avec ce petit roman jeunesse, dont à vrai dire j'attendais assez peu. Et finalement, j'ai tout simplement adoré ! C'est donc de mon premier coup de cœur de 2021 que je viens vous parler aujourd'hui... 

Milou, Fenna, Egg, Sem et Lotta sont cinq orphelins qui jusque là, n'ont connu que 12 années pas franchement heureuses à l'orphelinat de La Petite Tulipe, à Amsterdam. Leurs profils sont très atypiques, à commencer par le fait que leurs arrivées à l'orphelinat ont contrevenu aux règles très strictes édictées par Elinora Gassbeek, la directrice. Cette femme revêche mène d'ailleurs la vie dure à ces cinq orphelins désormais jugés trop vieux pour une adoption, mais dont elle aimerait tout de même se débarrasser à bon prix. Le jour vient où un mystérieux homme se présente et demande à les adopter eux, tous les cinq. Si, de prime abord, cela semble l'occasion rêvée pour être libérés et rester tous ensemble, Milou pressent vite que quelque chose cloche derrière cette histoire. Elle qui possède un sixième sens capable de détecter tout danger, et qui reste intimement convaincue que ses véritables parents ne tarderont pas à venir la récupérer, elle fera tout pour protéger ses amis, à commencer par orchestrer leur évasion ! Commence alors une suite d'aventures hautes en couleurs pour ces cinq enfants livrés à eux-mêmes. 

J'ai beaucoup aimé le ton de ce roman, renforcé par des illustrations qui mettent parfaitement dans l'ambiance, réalisées par Ayesha L. Rubio. A la fois délicates et habitées par un quelque chose d'assez sombre, les dessins de la couverture et des débuts de chapitre sont touchants, juste ce qu'il faut pour coller au texte. Le texte, justement, est tour à tour ironique, mystérieux, et sensible. On a, dans les aventures improbables de ces orphelins, une touche qui peut rappeler Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Mais c'est ici marié à une touche de légèreté qu'on ne trouvait pas dans cette précédente saga. En effet, les jeunes gens que l'on suit ici auront la chance de vivre des moments de véritable bonheur, et ont la volonté farouche de mener la vie qu'ils souhaitent, là où ils l'entendent. 

Bien sûr, tout n'est pas vraisemblable dans cette histoire, loin de là. Mais les différents ingrédients sont parfaitement dosés pour nous faire adhérer pleinement à l'intrigue. Du mystère et quelques scènes qui font battre nos cœurs de peur, du rire, des moments de joie partagée... Un véritable petit bijou, adapté aux jeunes lecteurs dès 10 ans, qui pas un seul instant ne les prend pour des enfants trop fragiles. J'adore ce genre de roman "junior", qui ne tombe pas dans le piège de la facilité. Alors si vous avez un jeune lecteur à occuper à la maison, pensez-y, et achetez ce roman en quelques clics à partir de l'image ci-dessous ! 



dimanche 20 décembre 2020

L'année de Grâce, Kim Liggett

 Ce roman, vous avez dû beaucoup le voir sur les réseaux sociaux en novembre, notamment pour ceux qui sont sur Instagram. Et j'avoue avoir un peu suivi le mouvement : ce que j'en avais lu me tentait, un nouveau confinement s'annonçait, alors je l'ai emmené à la maison pour le lire ! Bon, en fin de compte je n'ai pas vraiment été confinée, mais qu'importe, je l'ai quand même dévoré ! 

L'année de leurs 16 ans, les jeunes femmes entrent en possession d'une magie qui les rend dangereuses auprès des hommes. En effet, les effluves de cette magie les rendraient trop désirables pour ces derniers, aussi sont-elles envoyées en forêt une année durant, afin qu'elles se débarrassent de ce pouvoir maléfique. Aucune ne revient indemne de cette année. Les jeunes femmes reviennent transformées, parfois mutilées, certaines ne reviennent pas. A leur retour, elles doivent épouser un homme qui les a choisies sans qu'elles n'aient eu leur mot à dire. Tierney se doute qu'aucun homme ne la choisira, elle s'écarte trop volontiers du droit chemin pour cela. Mais cela lui convient, elle a déjà tout prévu, en guise d'exil elle choisira le travail des champs, qui lui permettrait une relative liberté. Seulement, rien ne se passera comme prévu, ni pour elle, ni pour son entourage. Quels mystères, quels dangers attendent les jeunes filles durant cette année en forêt ? Ce sera à elles seules de le découvrir, et de s'en départir. 

Sur la quatrième de couverture, ce roman est présenté comme un mélange de Divergente et de La Servante écarlate. De telles comparaisons me laissent généralement sceptiques, ce ne sont pas pour moi les meilleurs arguments pour me faire lire tel ou tel livre. Pourtant ici, eh bien c'est tout à fait cela. L'année de Grâce, c'est une dystopie avec une héroïne comparable à Tris de Divergente pour son insouciance et son ingéniosité face aux dangers. Et c'est aussi un roman féministe comme La Servante écarlate, avec des hommes qui ont tellement peur des femmes qu'ils leur ont imposé des règles absurdes et réductrices. 

Ce roman, je l'ai dévoré, tout simplement. Dès les premières pages, une véritable tension s'installe, qui nous happe et nous oblige à tourner les pages sans plus s'arrêter, jusqu'à connaître le dénouement. Les personnages sont tous bien travaillés, ce qui permet de s'intéresser véritablement à chaque personnage principal, même les antagonistes. Bien sûr, il y a des choses que l'on devine, et assez vite, j'avais une idée du final dont je rêvais. Mais cela ne gâche absolument pas le plaisir de lecture. Au contraire, j'avais même hâte de vérifier mes hypothèses ! Et pour le côté féministe, c'est un roman qui, comme je l'ai entendu dire, "fait mal à sa sororité", mais c'est aussi ça qui apporte une tension délicieuse. On déteste la façon dont les choses se déroulent, mais on espère très fort y voir du mieux, alors on continue jusqu'à voir si nos attentes seront comblées ou non... Je n'en dévoile pas plus, mais sachez simplement que l'autrice a parfaitement su jongler entre les attentes de ses lecteurs et l'intérêt dramatique de son histoire. 

Un roman très réussi, que vous ne lâcherez pas, idéal à mettre au pied du sapin pour une ado qui se cherche par exemple ! Il est encore temps de l'acheter auprès de votre libraire préféré, en quelques clics depuis l'image ci-dessous ! 




jeudi 3 décembre 2020

Gorilla Girl, Anne Schmauch

 Chaque année, le roman ado de fin d'année de chez Sarbacane est un énorme coup de cœur, et cette année ça n'a pas loupé ! Pourtant je n'étais pas forcément emballée de prime abord, mais Gorilla Girl m'a fait changer d'avis. Il faut dire aussi que le Pépix' de fin d'année, il est souvent atypique. Il y a deux ans, une histoire d'opéra et d'application de romance sur fond de Brexit. L'an dernier, un grand garçon au sein d'une famille de naines en Alsace. Et cette année, une punkette dans une famille de flics... 

Léone, puisque c'est d'elle qu'il est question, donc, la vingtaine, a monté un groupe punk avec ses amies de toujours, activiste féministe, a un grand besoin d'émotions fortes. Si elle en a largement la dose en montant des coups d'éclat en hommage aux Pussy Riot, par exemple, et en jouant les gros bras face aux skinheads qui, forcément, veulent la faire taire, elle cherche aussi l'adrénaline dans les soirées dans lesquelles elle nous entraîne, où alcool et sexe sont au rendez-vous. Enfin non, pas pour elle justement. Enfin, l'alcool, oui, mais côté sexe, elle est un peu désespérée, et la voilà qui nous déroule tout un tas de coups plus ou moins réussis. Ses copines essaient bien de lui arranger un coup avec le bel Octave, mais il lui doit un oeil au beurre noir, alors entre eux, ça a commencé de façon explosive... Et puis bon, c'est Viktor qui l'intéresse, elle ! Au point d'ailleurs d'engendrer un quiproquo assez délicieux, sur lequel commence ce roman, et qui donne le ton.

Gorilla Girl, c'est punk et rock à souhait, ça distribue des punchlines aussi généreusement que Léone balance son poing dans la gueule des mecs qui la cherchent, ça nous fait vibrer, rire, trembler de peur, aussi. Avec cette joyeuse bande (Céleste et Pauline sont aussi de la partie), je me suis replongée dans les souvenirs de mes plus improbables soirées lycéennes et étudiantes, et puis j'ai vécu par procuration des aventures que je n'aurais même pas imaginées possibles à cet âge, j'ai eu de nouveau envie d'enfiler un tee-shirt de rock par-dessus une mini-jupe et des talons. Bref, ce roman insuffle un air de jeunesse et une vigueur incroyables, il donne du pep's, il fait tellement de bien !

Ce roman a sans nul doute la même force que les titres des années précédentes (Brexit Romance, de Clémentine Beauvais et Falalala d'Emilie Chazerand). C'est inattendu, mais ça vous propulse au septième ciel. Et toujours aussi, des personnages qui se croient et se montrent plus forts qu'ils ne sont, et qui révèlent des fragilités qui les rendent véritablement attachants. Sarbacane a encore une fois frappé fort, et c'est un coup de cœur absolu ! Attention toutefois : si les précédents étaient accessibles dès 14 ans, celui-ci me semble plutôt destiné à des ados presque adultes, autour de 17 ans disons. Ou encore mieux, à la cousine qui n'assume pas encore d'être adulte. Ou à vous, déjà adultes depuis un moment, mais qui rêvez encore de vos vingt ans. 

En tous cas n'hésitez pas, courrez acheter ce roman qui vous fera un bien fou ! Ou cliquez, sur l'image ci-dessous, pour l'acheter en ligne. 



mardi 13 octobre 2020

Street art Africa, Cale Waddacor

 J'avais envie de vous présenter aujourd'hui un livre qui sort de mes lectures habituelles, mais qui est sans aucun doute parmi mes coups de cœur de cette fin d'année. Street art Africa, ce livre m'a tapé dans l'œil dès que je l'ai aperçu, et j'ai été subjuguée par sa beauté en le feuilletant. 

Les livres sur le street art sont légion depuis quelques années, et j'avoue m'être jusque là très peu penchée sur la question. Mais celui-ci, sur le street art en Afrique, m'a tout de suite semblé novateur, pour le coup de projecteur qu'il apporte sur la production d'un continent entier. Un continent relativement pauvre en art urbain, qui n'y a connu son essor que depuis peu, quand pourtant c'est de là que vient ce courant artistique, si l'on se réfère aux peintures rupestres. Mais voilà, les dictatures ont perduré longtemps (et son encore nombreuses) en Afrique, les conflits et épidémies y ont été nombreux, le coût de la vie est encore exorbitant pour nombre de populations, rendant l'accès à l'art très secondaire. Pourtant, au vu des œuvres qui essaiment désormais, la population a beaucoup à exprimer grâce à ce médium de plus en plus populaire. La richesse de l'art urbain en Afrique doit beaucoup à la diversité ethnique et culturelle de ce continent, de ces pays, et à l'héritage de l'art africain. 

Ce bel ouvrage présente les choses par zones géographiques, nous expliquant en toute simplicité les spécificités de chaque pays et de chaque culture. Chaque région a son propre ancrage culturel, ses propres idées à véhiculer. Présentation géographique, géopolitique et culturelle, profils d'artistes, zooms sur des festivals : le propos est très bien synthétisé, laissant la part belle aux photos. Les couleurs sont chatoyantes, donnent des envies d'évasion, mais le texte sait toujours nous rappeler qu'il ne faut pas voir là simple poésie, et nous expose les grands enjeux de façon marquante. Que vous soyez amateur de street art ou intéressé par la culture africaine, ce livre vous enrichira de la plus belle des manières. Quelques aperçus ci-dessous, malgré la qualité médiocre de mes photos.

                   
Maroc et Angola. 
Les idées à véhiculer par le street art en Afrique sont nombreuses. La santé est un sujet central au Rwanda, la dictature et le coût de la vie au Zimbabwe. En Afrique du Nord, l'art urbain a connu un essor depuis (grâce aux) les Printemps Arabes. On y voit là une grande volonté de renforcer l'histoire collective des peuples. 









"La beauté de la calligraphie arabe a trait au spirituel, c'est ce qui m'attire. Elle a une âme, on peut en tomber amoureux sans même la comprendre". Inkman


Beaucoup d'œuvres de street art y sont porteuses d'un message sur l'urgence écologique. L'imaginaire des artistes peut nous paraître exotique, au sens artistique du terme, mais pour eux, c'est leur quotidien, ce monde resté en partie sauvage, qu'ils appellent à préserver. Ci-dessous, Afrique du Sud et Tunisie.
 
                                          








"J'aime mettre en valeur les femmes car elles sont très fortes". 

"J'essaie d'imaginer l'Afro-futurisme, où les femmes auront autant de pouvoir que les hommes".

Moh Awudu, Brésil. 



Ce livre a été pour moi une très belle découverte, et un véritable coup de coeur. Il contient des photos qui me marqueront longtemps. Si vous souhaitez le découvrir à votre tour, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous pour vous le procurer. 







mardi 19 mai 2020

Signé Poète X, Elizabeth Acevedos

Ce roman me faisait envie avant même sa parution, lorsque Clémentine Beauvais, sa traductrice, en avait partagé des extraits sur Instagram, et l'un d'entre eux, en particulier, avait attisé ma curiosité. C'était donc une évidence pour moi : je devais lire ce livre. Et effectivement, c'était une lecture formidable. 



"Poète X", c'est Xiomara (prononcer CIO-MA-RA), 15 ans. Souvent regardée, trop, pour un corps qu'elle n'a pas choisi, elle sent bien trop tôt peser sur elle le regard graveleux d'hommes bien plus âgés. Son frère jumeau, Xavier, à l'inverse, se fait discret, trop, et est souvent attaqué pour son attitude peu virile. Dans ce duo, c'est Xiomara qui doit alors jouer des poings, pour faire face à l'adversité pour deux, pour se défendre, elle, et son frère. Cette attitude n'est pas pour plaire à sa mère, qui espérait au contraire qu'elle partage sagement sa ferveur religieuse. Mais le monde de Xiomara n'est que questions et luttes, et Dieu, elle n'est pas bien sûre d'y croire. Quelle place pourra-t-elle trouver pour ce corps trop encombrant qui est le sien, pour sa voix qu'elle veut faire entendre, alors qu'elle aimerait aussi que, pour une fois, on s'occupe d'elle ? 

On pourrait presque croire que ce livre n'a rien d'exceptionnel. C'est un livre sur l'adolescence, qui questionne les valeurs transmises par la famille, l'autorité parentale. C'est un livre sur une adolescente qui chercher à affirmer haut et fort sa personnalité, à sortir du carcan familial. C'est un livre sur l'éveil à l'amour d'une jeune fille, sur un corps trop visible, mais brûlant de désir pour autant. Mais c'est peut-être justement cette simplicité des thèmes abordés qui rend ce livre si spécial. Ces questions, tous les adolescents se les posent, d'une façon ou d'une autre. Elles sont traitées ici avec beaucoup de justesse, et une force incroyable tout à la fois. Des réponses sont proposées, des solutions soufflées. Xiomara se voit offrir une chance de s'exprimer par le slam. Elle trouvera des oreilles attentives là où elle s'y attend le moins. Entre espoir et déceptions, elle fait en sorte d'avoir les meilleures cartes en main pour tirer son épingle du jeu. Clémentine Beauvais le dit très bien en répondant à des questions de lecteurs : c'est un livre qui donne de l'énergie et de la confiance en soi. On ressort de cette lecture le cœur gonflé à bloc. 



Ce roman est exceptionnel aussi, par sa forme : écrit en vers. Ces dernières années, plusieurs romans ont vu le jour sous cette forme, et Clémentine Beauvais y est pour beaucoup. Elle a traduit les romans de Sarah Crossan, écrits en vers, et s'est elle-même prêtée à cet exercice avec Songe à la douceur. Comme beaucoup, je crois, j'éprouvais une certaine réticence à me jeter à l'eau. Je ne lis que peu de poésie, c'est un exercice qui n'est pas naturel pour moi. Et finalement, la lecture de Signé Poète X me donne envie de renouveler l'expérience. On a envie de lire à voix haute, de scander le texte. Les pages s'enchaînent, nous faisant ressentir pleinement les vagues d'émotions qui déferlent sur Xiomara. C'est poignant, on vibre de rage, et on brûle avec elle. 

C'était une formidable expérience de lecture, que je recommande à chacun et chacune, une vraie claque littéraire. Je vous invite tous à lire cette pépite, que vous pouvez acheter en quelques clics en librairie, à partir de l'image ci-dessous. 


dimanche 5 avril 2020

Seins, Camille Froidevaux-Metterie

Petite, je me souviens avoir eu cette discussion avec une amie : elle m'a demandé ce que je voulais avoir comme seins ("plutôt des pommes ou des pastèques ?"). Je n'y avais alors jamais encore réfléchi, mais ma réponse avait été plutôt spontanée : "des pommes", alors que mon amie penchait plus pour les pastèques. Evidemment, à la puberté, c'est l'inverse qui s'est produit... Avoir une forte poitrine est quelque chose que j'ai très mal vécu. Cela m'a valu plusieurs années de harcèlement scolaire, j'ai eu énormément de mal à accepter ce corps que je n'avais pas choisi, à tel point que j'ai, quelques années plus tard, fait une réduction mammaire. Ce qui n'a pourtant pas suffi à me réconcilier avec ma poitrine. A vrai dire, ce n'est que maintenant que je l'accepte telle qu'elle est. En tant que mère allaitante, ça y est, enfin, je peux le dire : j'aime mes seins. 

A ce stade, vous vous demandez certainement pourquoi je vous raconte tout ça. Parce qu'en fait, ce que je raconte, c'est aussi le livre que je viens de terminer : Seins, en quête d'une libération, de Camille Froidevaux-Metterie, chez Anamosa. Quand j'ai vu l'annonce de la publication de ce livre, je me suis dit "enfin, ce sujet est abordé !", j'ai immédiatement su qu'il faudrait que je le lise. Et en effet, c'était une lecture nécessaire. Comme le dit l'autrice, si les différentes vagues de féminisme ont travaillé à se réapproprier le corps féminin, à rappeler l'existence de certains organes "oubliés" (il n'y a qu'à voir le nombre d'ouvrages parus ces dernières années sur le clitoris et le vagin), les seins sont resté les grands oubliés de ce mouvement. Alors que pourtant, ils sont ce qui se voit en premier chez une femme, ce qui, dès le début de la puberté, distingue visuellement les filles des garçons. Camille Froidevaux-Metterie a donc investi avec beaucoup de sérieux ce sujet oublié. Elle mêle ses analyses sociologiques et philosophiques à des témoignages qu'elle a recueillies auprès de quarante femmes, ayant toutes un rapport différent à leur poitrine. Il y a dans son panel des femmes jeunes, des filles, des femmes âgées, des mères, des femmes aux seins transformés, des femmes handicapées... Ces discussions, dont on ressent bien le caractère intime, lui ont permis de mettre à jour tout ce qu'il y avait à dire sur ces deux oubliés des réflexions sur le féminin.



Je lis assez rarement des essais, aussi c'est une registre littéraire qui ne m'est pas forcément facile. J'ai eu tendance, parfois, à buter sur certaines phrases qui relèvent clairement du langage philosophique. Mais globalement, cet essai se lit assez facilement, même pour des novices. Le propos est clair et va droit au but. J'ai trouvé que certains chapitres ressemblaient plus à une énumération de témoignages et de vécus qu'à une véritable analyse, et qu'ils avaient donc un peu moins d'intérêt, mais malgré tout, cela fait du bien de retrouver toutes ces réflexions recensées au même endroit.

"Car c'est la règle commune que de considérer qu'elles [les filles à forte poitrine] appartiennent dès lors à la catégorie des filles faciles, quand ce n'est pas des salopes. (...) "Quant tu as 13 ans et que tu fais du 90D, c'est l'enfer (Yaël, 29 ans)". Tout se passe comme si ces adolescentes à la poitrine pleine devaient payer du prix du harcèlement leur entrée trop brutale dans la condition sexuelle."


Ces mots m'ont fait un bien fou, parce que c'est exactement ainsi que j'ai vécu le rapport à ma poitrine. A 12 ans, parce que j'ai très vite eu une forte poitrine, j'ai été considérée comme une salope, alors même que j'avais refusé à certains garçons qu'ils puissent toucher mes seins. Cela m'a valu trois années de harcèlement. Alors lire ces mots, que j'aurais pu moi-même prononcer si j'avais été interrogée sur le sujet, ça m'a permis de me rendre compte que ce que j'ai vécu au collège n'était pas fictif. C'est réel, d'autres l'ont vécu, et ça n'est pas moi qui me suis monté le chou. Ce livre, j'ai eu l'impression qu'il était écrit pour moi, pour ce moment précis où j'en suis de ma vie de femme. Il y a des livres, comme ça, qui sont de vraies révélations, et celui-ci en est une, pour moi. 

Si vous voulez l'acheter, profitez-en : l'e-book est en promo jusqu'à demain, 6 avril ! Je vous mets le lien juste ici : https://www.interforum.fr/Affiliations/accueil.do?refLivre=9791095772880&refEditeur=140&type=V

jeudi 26 mars 2020

Steam Sailors tome 1, L'héliotrope, E. S. Green

Cette chronique est pour moi assez particulière, puisque l'autrice est un membre de ma famille, assez éloignée certes et perdue de vue depuis longtemps, mais je ne suis donc peut-être pas aussi objective que d'habitude... 

Steam Sailors, c'est la promesse d'un univers fantastique, et ce dans tous les sens du terme. Il y a le Bas-Monde, dont est originaire Prudence, l'héroïne. En la côtoyant dans son monde, on pourrait croire qu'il s'agit d'un simple roman historique. Mais c'est sans compter sur le Haut-Monde, un second univers à part entière, en plein ciel. Dans le Bas-Monde, on ne sait pas très bien s'il existe réellement, ou si c'est juste un mythe. Prudence aura pourtant la preuve de son existence, lorsqu'elle s'y retrouve parachutée (ou plutôt élevée ?) contre son gré. Alors qu'elle se trouve au mauvais endroit au mauvais moment, des pirates du ciel l'enlèvent, et elle sera désormais captive à bord de leur navire. Car c'est donc comme cela que l'on se déplace dans le Haut-Monde : il est fait de différentes îles célestes, et les bateaux "flottent" dans l'air. Prudence va devoir s'adapter dans ce nouveau monde si elle veut survivre, entourée de pirates finalement pas aussi cruels qu'ils en ont l'air, et peut-être deviendra-t-elle même un atout inespéré dans leur quête d'un trésor laissé par les Alchimistes disparus... 



Difficile de résister à un tel univers. Il est bien construit, différents peuples l'habitent, les règles en sont bien établies, on devine un aspect historique dont on imagine qu'il sera davantage développé dans la suite de la série... C'est un sans-faute donc sur la création d'un univers fantastique, avec de fortes influences steampunk. On sent que l'autrice a longuement travaillé à la création de cet univers, et on prend donc plaisir à y plonger à sa suite. Le thème de la piraterie plaira à beaucoup, et donne d'ailleurs beaucoup de rythme au roman. Les personnages sont attachants et drôles à la fois, à commencer par Prudence. La jeune femme, si elle peut d'abord paraître un peu fragile, fait en réalité preuve d'une force d'esprit à toute épreuve, elle est vive et sait voir le meilleur en chacun. Le fait qu'elle soit auréolée d'un certain mystère ne fait qu'ajouter de l'étoffe à ce personnage. Parmi les pirates, on trouve un peu de tout : le jeune fou qui amuse la galerie, le mystérieux qui se dévoile peu à peu, le bourru qui cache des une grande sensibilité, celui qui tout de suite saura se montrer sympathique, et celui qui, au contraire, restera très hostile. Cela donne donc une bonne bande de personnages qui font de ce roman un livre difficile à lâcher : on est vraiment happés par l'intrigue et on se fait du souci pour ces personnages d'emblée attachants. Par ailleurs, et c'est suffisamment rare en littérature jeunesse pour être souligné, il ne semble pas y avoir de romance à l'horizon ! Uniquement de belles amitiés qui se nouent.

On sent en revanche que ce livre est un premier roman. En effet, en dépit de toutes ses qualités, il souffre de quelques naïvetés, à la fois dans l'intrigue et dans l'écriture. Il est très bien écrit, peut-être même "trop bien", au risque de parfois manquer de naturel. Quant aux péripéties, elles sont finalement assez classiques, et se résolvent souvent un peu trop facilement. Mais en même temps, ce roman a un côté addictif, qui fait qu'il est difficile d'en vouloir à E. S. Green pour ces petits défauts. D'autant que c'est la patte du débutant : ayant lu ce roman, j'ai non seulement hâte de lire la suite, mais surtout, envie de suivre cette jeune autrice, dont on devine que la plume saura s'affirmer à l'avenir ! 

A titre personnel, j'ai trouvé amusant de capter quelques références, dues au fait que je connais la famille de l'autrice. J'y ai donc trouvé quelques clins d’œil qui m'ont beaucoup amusée. Certes, c'est un plaisir que vous n'aurez pas forcément, mais il y en aura tellement d'autres, que je ne peux que vous enjoindre à aller lire ce roman ! 

Si cette lecture ne peut attendre pour vous, je vous mets dans l'image ci-dessous le lien pour l'acheter en numérique. Sinon, lorsque la situation se débloquera, je remettrai (pour ce livre et les suivants) les liens pour l'achat papier. 


lundi 9 mars 2020

Falalalala, Emilie Chazerand

Bon, pour chroniquer ce roman, on peut dire que j'ai un train de retard, puisque je vais vous parler aujourd'hui... d'un roman de Noël ! Et pour un tel roman, quoi de mieux que de le situer dans la région la plus emblématique des fêtes de Noël : l'Alsace ! Préparez vos bottes de neige, vos bonnets, et vos plus beaux pulls de Noël, donc, nous partons pour une fête haute en couleurs !

Pour cela, il suffit d'aller s'inviter chez la famille Tannenbaum, spécialiste des fêtes de Noël, de l'ouverture du calendrier de l'avent, des pâtisseries qui réchauffent au cœur de l'hiver... Oui, mais en même temps, dans cette famille peu ordinaire, pas facile de s'y intégrer ! La maisonnée est en effet remplie de... naines ! Oui, car ce sont sept naines qui cohabitent là, sur trois générations. Et parmi cette joyeuse bande, Richard a bien du mal à trouver sa place. Il mesure 1m98, et pourtant il est bien le fils de Zella, une des naines de cette famille. Mais entre Bettina et Fritzi (les doyennes), Zella et Katinka (les deux soeurs) et les filles de Katinka : Leni, Herta et Ludovika, le grand Richard ne sait pas où se mettre. D'autant que ces femmes-là ont des caractères bien trempés, alors il faut les supporter ! Et ça n'a pas l'air de tout repos, à lire le rythme effréné auquel Emilie Chazerand nous parle de tout ce petit monde. On saute d'un personnage à l'autre, d'un fil d'intrigue au suivant, on les entremêle, et tout ça se tricote pour donner le plus fantastique des romans de Noël !


Si ces différents fils d'intrigue sont bien souvent touchants (Richard qui cherche à en savoir plus sur son père absent, une des filles de la famille qui tombe malade, le mari de Katinka parti trop tôt...), on n'est jamais dans la commisération, bien au contraire. On m'avait déjà beaucoup parlé de l'humour redoutable de cette autrice, eh bien en effet, je ne peux qu'approuver ce point dans son écriture ! Falalalala, c'est un roman qui fait mal aux zygomatiques, qui met dans une bonne humeur incroyable, qui donne envie de partager les fous rires auxquels on ne peut échapper lors de cette lecture. Bref, comme je le disais : un parfait roman de Noël ! Rien qu'au titre, on est mis dans l'ambiance : n'avez-vous pas (comme moi depuis trois mois...) déjà la musique en tête : "'tis the season to be jolly, Falalalala..." ?

Le tout est servi par une écriture formidable : c'est varié, c'est rythmé, et c'est peut-être ce qui donne tant de plaisir à lire ce livre, autant que l'intrigue. C'est un livre dans lequel on ne peut pas s'ennuyer une seule seconde. On n'y apprend des expressions inédites, les personnages ont un sens de la répartie hors du commun, et surtout, on observe une variété de verbes de parole suffisamment rare pour être soulignée. D'ailleurs, si par hasard des profs de français passaient par ici, je n'ai qu'un mot à leur dire : lisez ce livre ! (Bon, ça, je le dis à tout le monde d'ailleurs, lisez tous ce livre). Mais en ce qui concerne les profs de français : lisez-le, et faites-en étudier des passages à vos élèves ! Meilleur moyen pour varier le lexique des dialogues de leurs rédactions...

Bref, ce roman est grandiose, hilarant, jubilatoire, alors Noël ou pas, courez en librairie (ou cliquez sur l'image), achetez-le, lisez-le, offrez-le, tout ce que vous voulez !


lundi 2 mars 2020

Lire avec bébé #2

Le livre dont je voudrais vous parler aujourd'hui, Une maman c'est comme une maison, d'Aurore Petit, est une véritable pépite. Son éditeur, Les fourmis rouges, en a tellement bien fait la promotion sur Instagram, que ce livre m'a tout de suite attirée. Il faut dire aussi que, étant toute jeune maman, je suis tout à fait le public ciblé.

C'est un album magnifique de tendresse et de douceur, qui touche nos cœurs de maman de plein fouet. A l'image du titre, chaque page se décline de la sorte : "une maman c'est comme une maison", "une maman c'est comme une lune", "une maman c'est comme une fontaine"... Et des fontaines, nous sommes forcées d'en devenir, car ce texte, très simple et en même temps tellement juste, fait remonter à la surface toutes les émotions qui habitent nos vies de mamans. Nous avons vécu (ou allons vivre) toutes ces situations, nous avons été les phares dans la nuit de nos enfants, leurs médicaments, leur jeu préféré aussi... On pourrait croire que ce livre n'est finalement qu'une succession d'énumérations, si mignonnes soient-elles. Mais non, ce qui rend ce texte encore plus touchant, c'est qu'il suit une chronologie assimilable aux progrès d'un enfant en bas âge : on suit ce couple mère-enfant de la grossesse jusqu'aux premiers pas du bambin. Alors oui, on ne peut pas s'empêcher d'être émues devant ce condensé de vie. 

Condensé de vie, oui, tellement proche de la réalité. Cette maman est une maman moderne : on la voit pratiquer le portage, allaiter tant bien que mal à table, soutenue par son mari, bricoler, parfois, pendant que le papa joue avec l'enfant... Mais ce n'est pas pour autant une maman parfaite, dans laquelle on aurait alors trop de mal à se reconnaître : elle se fâche, de temps en temps, montre sa fatigue, parfois. Bref, elle fait de son mieux pour son enfant, profite au maximum des instants avec lui, mais elle a des failles, comme toutes les mamans. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle nous touche autant, parce qu'on peut se retrouver en elle.


Les illustrations sont à la fois naïves et finement travaillées. Le trait est presque grossier, mais c'est un choix volontaire qui convient parfaitement à la lecture avec un tout-petit. Cela est d'autant plus vrai que les couleurs sont vives et contrastées, s'adaptant donc à la vision des bébés. Pour l'avoir testé avec ma fille (3 mois à l'époque), ça fonctionne parfaitement. C'est certainement encore mieux avec un bébé plus grand : il y a tout de même pas mal de pages (48), et ma toute petite puce s'est lassée plus vite que moi. Ceci dit, c'est un livre à ressortir à tous les âges. Avec un bébé, pour se laisser gagner par l'émotion que ce dernier a éveillée en nous. Avec un enfant plus grand, pour lui parler de sa naissance, de ses premiers instants de vie. Avec son conjoint, même, plus tard, pour se replonger dans les souvenirs de ces moments si doux. Ou même, seule, pour savourer l'instant, se rappeler le bonheur que nous procurent nos enfants. 

Pour une fois, en vous invitant à cliquer sur le lien pour l'acheter, je ne vais pas vous dire de vous le procurer pour vous. Je vous invite bien à aller l'acheter oui, mais pour offrir. Ce livre est à mes yeux un cadeau de naissance idéal : il n'est jamais trop tôt pour constituer la bibliothèque d'un enfant, et c'est un cadeau qui chouchoutera la mère autant que l'enfant, ce qui est tout aussi important ! D'autant plus un beau cadeau, que la couverture rabat peut se déplier et faire une affiche, parfaite pour décorer la chambre de l'enfant.

Bref, en tous cas je ne peux que vous inviter à succomber !


dimanche 2 février 2020

Une joie féroce, Sorj Chalandon

Sorj Chalandon est un auteur que je souhaite découvrir depuis bien longtemps, sans jamais passer le pas, notamment par manque de temps. Cette année, ayant un peu plus de temps, j'en ai profité pour lire son dernier roman paru, lors de la rentrée littéraire, Une joie féroce. Ce fut pour moi une très belle surprise de lecture.


Ce livre, c'est l'histoire de Jeanne, une femme sans histoire, qui traverse la vie sans se faire remarquer. Elle fait toujours passer les autres avant elle, et place leur bien-être avant le sien. En tous cas, cela dure jusqu'au jour où la nouvelle tombe : "il y a quelque chose", lui dit le docteur. Un cancer, dans son sein. Elle qui a tant pris soin de ses proches, elle aimerait désormais que les rôles s'inversent, et elle a besoin qu'on prenne soin d'elle. Mais visiblement, c'est trop demander, à son mari notamment, qui prétend n'être pas assez fort pour la soutenir dans cette épreuve. Face à cette situation sans merci, une nouvelle facette de sa personnalité va se dévoiler, dont elle-même n'avait pas connaissance. On découvre une Jeanne qui a envie de s'affirmer, de crier, de se battre. Dans sa lutte contre le cancer, elle va rencontrer trois autres femmes qui, comme elle, veulent prendre la vie à bras le corps, et unir leurs forces contre cette maladie qui est venue menacer leurs vies.

Pour autant, ce n'est pas un roman sur la maladie à proprement parler, mais plutôt sur quatre femmes fortes dont les trajectoires se rejoignent. Ces femmes, qui n'auraient rien eu en commun avant la maladie, vont trouver les unes dans les autres des alliées pour garder la tête hors de l'eau. Alors qu'elles sont atteintes au cœur de leur féminité, elles puisent chacune leur réconfort dans la présence des autres, et vont s'ouvrir une à une. Elles découvrent alors qu'elles partagent autre chose : ce sont toutes des mères en souffrance, confrontées à la perte d'un enfant (deuil ou éloignement). Pour se sauver, elles vont monter de toutes pièces un projet complètement fou, dont l'audace les aidera à tenir dans les moments les plus durs.

C'est un court roman qui se lit d'une traite, qui nous tient en haleine. C'est beau, c'est fort, ça nous touche en plein cœur. L'auteur parvient à trouver les mots justes pour évoquer ce sujet difficile, il distille parfaitement l'émotion, le tout sans aucune commisération. J'ai entendu dire que ce n'était pas le meilleur Chalandon : si cela est vrai, les autres doivent être majestueux.


mercredi 2 octobre 2019

Nous sommes l'étincelle, Vincent Villeminot

Cela faisait un moment que ce nouveau roman de Vincent Villeminot, Nous sommes l'étincelle, m'attirait. Alors quand la médiathécaire de mon village m'a demandé des conseils pour des achats jeunesse, je lui ai tout de suite donné ce titre ! Et j'ai été la première à l'emprunter... 

Vincent Villeminot signe ici un roman d'anticipation, proche du post-apocalyptique, puisque, à force de révoltes, la société telle que nous la connaissons semble avoir bien pâti. L'écosystème paraît lui aussi avoir pris un coup, et certains sont d'ailleurs partis vivre au cœur de la forêt, afin d'être dans un plus grand respect de la nature qui les environne. Ainsi, dès le début du roman, nous suivons une fratrie de trois jeunes gens, Dan, Montana et Judith qui, en 2061, habitent la forêt, seuls avec leurs parents. Alors qu'ils se font enlever par des braconniers, et que leurs parents partent à leur recherche, le roman se lance dans des flash-back, et se met à jouer avec trois temporalités différentes, afin de mieux nous faire entrevoir la genèse de ce monde, et les liens entre les différents personnages que nous allons croiser. 



Ces allers-retours entre trois époques sont extrêmement bien pensés. Bien sûr, ils amènent du suspense, faisant ainsi de ce roman un livre qu'on a bien du mal à lâcher. Mais surtout, ils donnent un rythme bienvenu, tout en portant petit à petit l'éclairage sur les différents recoins de la scène qui se déroule sous nos yeux. En 2025, une partie de la jeunesse a décidé de faire sécession. Ne trouvant plus sa place dans la société offerte par ses aînés, elle a tout plaqué pour partir vivre en forêt, en quasi autarcie. Pour expliquer cette utopie, et la société complètement bouchée que ces jeunes ont quittée, l'auteur a créé tout un système de références à la construction remarquable. Ainsi, en véritable démiurge, il nous cite les lois qui régissent cette société, nous donne à lire des extraits d'un livre à la base de toute cette utopie, avec un effet de réel remarquable. Alors qu'en 2025, la révolution est bien difficile à mettre en place, nous entrevoyons ce sur quoi elle a pu déboucher, près de trente ans plus tard. 

Au-delà même de l'intrigue, bien menée et qui laisse le lecteur en haleine, c'est un très beau roman sur les espoirs d'une jeunesse optimiste malgré tout. Mais surtout, ce roman se veut une ode à la famille, comme pilier le plus solide, peut-être, d'une société. L'amour filial est au cœur de ce roman, et si l'on peut passer à côté de cet aspect lors de la lecture, tellement riche, les remerciements sont là pour nous le redire. En effet, je trouve ici que cette partie, souvent délaissée à la lecture, est indispensable, et grâce au paragraphe que je m'apprête à vous citer, elle redonne véritablement du relief à cette belle entreprise d'écriture. 

"Ma femme et mes quatre enfants sont à la fois ma raison de chercher des lumières quand les ténèbres paraissent profondes, et la raison de croire que ces lumières existent. 
Leur simple existence, leur présence dans notre maison et sur d'autres terrains du monde, leurs colères, leurs joies et leurs sécessions sont des conséquences et des questions; des motifs et des motivations; des sources d'admiration. Rien n'est plus politique (et révolutionnaire), je crois, que d'être quotidiennement amoureux et de se promettre joyeusement un "toujours", de faire des enfants, de les voir s'élever... "

Par ces mots, j'ai compris que Vincent Villeminot ne signait pas ici un roman aussi "banal" que tous les autres qu'il a écrits jusque là. Non seulement, on pressent que ce texte a dû représenter une entreprise d'écriture de très grande ampleur (entre la création de ce nouveau monde, et la maîtrise des différentes échelles de temps) ; mais surtout, je pense que par ce roman, l'homme a réellement voulu crier son amour pour sa famille, ce qui lui donne une richesse émotionnelle incroyable. 

Je ne peux que vous inciter à aller acheter ce livre (moyen de soutenir financièrement un auteur à la tête d'une famille nombreuse), qui saura ravir autant les grands adolescents que les adultes, en cliquant sur l'image ci-dessous. 


mardi 17 septembre 2019

Rouge impératrice, Leonora Miano

J'ai terminé ce roman de la rentrée littéraire 2019 il  y a peu, et c'est une très belle découverte ! Cela faisait longtemps que les ouvrages de cette autrice m'attiraient, à chaque sortie, alors j'ai profité d'avoir vu Rouge impératrice sur Netgalley pour le solliciter. 

Ce roman, qui tire légèrement sur la science-fiction, nous emmène un siècle après le nôtre, au sein du Katiopa, autrement dit, le continent africain unifié et pacifié dans sa quasi-totalité. Si le fond géopolitique a toute son importance dans ce roman, ce n'est pourtant pas cela qui est au cœur de l'intrigue, mais une histoire d'amour. Une passion qui éclot entre le chef de l'état, Ilunga, et une universitaire, Boya. Si leur histoire semble d'un naturel désarmant, elle risque vite de devenir une réelle préoccupation pour l'entourage d'Ilunga, qui entrevoit les retentissements stratégiques de cette affaire. 



J'ai eu un réel coup de cœur pour ce roman, un pavé dense mais dont on peut tirer tellement de choses. C'était seulement ma deuxième expérience de lecture en littérature de la francophonie, africaine même pour être plus précise. Lors de mes études, j'avais lu Les soleils des indépendances, d'Ahmadou Kourouma, un roman dont la langue très imagée déstabilise dès les premières pages. Ici, la prose offerte par Leonora Miano est plus proche de ce que nous connaissons dans notre littérature très occidentale. Du moins, en apparence, puisqu'en fait, résonne derrière le texte tout un réseau de références bien loin de notre culture occidentale. Quelques termes africains sont présents dans le livre et reviennent souvent. Au début, je vérifiais la signification de chacun de ces termes sur Internet, mais j'ai vite arrêté : la méconnaissance de ces mots n'entrave en rien la compréhension, et cela permet même de se laisser davantage porter par la prose. Le monde spirituel occupe une place importante dans ce roman, ce qui est également un des traits de cette littérature africaine. Si une bonne partie de cela nous échappe, on sent que cela apporte du relief à l'intrigue, ouvrant réellement sur une autre dimension, qui permet aux personnages de mieux se développer, de gagner en consistance. On voit bien, d'ailleurs, que ceux qui ont accès à la dimension spirituelle ont plus de facilité à s'élever au-delà du monde bassement politique. 

Et cependant, la politique est un des éléments centraux de cette oeuvre d'anticipation. Au fil du roman, on comprend à demi-mot comment s'est formé ce Katiopa unifié, ce qui préexistait, et les challenges qu'il doit donc affronter, en tant que pays à la construction récente. Il me manque certainement tout un tas de références culturelles et géopolitiques, mais on sent bien que ce schéma politique imaginé par Leonora Miano n'est pas dû au hasard, et a un fort ancrage dans l'histoire africaine récente. Tout ce référentiel en toile de fond apporte une réelle stimulation intellectuelle, et cela m'a captivée. 

Surtout, ce qui fait de ce roman une oeuvre maîtresse à mes yeux, c'est le traitement de l'amour. Plus même que cela, c'est une réelle passion dévorante qui s'empare de Boya et d'Ilunga, et pourtant une passion maîtrisée, qui prend tout le temps nécessaire pour s'exprimer. Et avec cette patience qu'ils lui accordent, il gagne réellement en puissance. Cet amour passionnel, irrépressible, qui les habite nous emplit d'une certaine grâce, qui nous habite tout le temps de la lecture. Un point capital à souligner, également, c'est le traitement du désir et du plaisir féminin, qui prend le dessus sur celui de l'homme, dans cette histoire d'amour, et dans ce roman. En effet, Boya a une belle connaissance d'elle-même et de ce que son corps apprécie, mais elle va pourtant en découvrir davantage et se laisser encore plus aller au plaisir entre les bras d'Ilunga, pour qui la jouissance de sa compagne passe avant sa propre envie. C'est la première fois que je lis un roman où le désir féminin est si bien exploré, caressé, et cela fait un bien fou à lire, en tant que lectrice et en tant que femme. On se laisse aisément transporter sous les effluves de ces transports amoureux où rien n'est tabou, tout n'est finalement qu'une question d'écoute de soi-même et de l'autre. Ce texte rentrera d'ailleurs, je le pense, dans mon panthéon des scènes d'amour littéraires (et rejoint donc Boussole de Mathias Enard, dont j'avais parlé par ici). 

Enfin, je dois vous parler de la fin du roman, chose que je fais rarement. Mais rassurez-vous, je ne rentre pas dans les détails de l'intrigue ! En arrivant à la dernière page, j'ai été réellement surprise de cette fin qui, disons-le, laisse les choses très ouvertes. Au début, cela m'a franchement déstabilisée, j'étais déçue. Et puis, j'ai senti que c'est une de ces fins qui demande du temps de réflexion pour être mieux appréhendée. Effectivement, avec un peu plus de recul, j'en comprends maintenant le sens. Dans la suite logique de tout le reste du roman, finalement, ce final a montré les différentes directions possibles, et à nous, lecteurs, de nous élever, de tenter d'atteindre une autre dimension de lecture, afin d'entrevoir les choses sous un œil plus avisé. Si c'est déstabilisant, je trouve en fait cela parfaitement cohérent avec l'esprit de ce roman qui demande un minimum de lâcher prise pour mieux en apprécier tous ses aspects.

C'est donc un très beau moment de lecture que m'a offert ce roman de la francophonie. En se plongeant dans cette littérature africaine, on a l'impression de pénétrer un nouveau continent littéraire sur la pointe des pieds, sans avoir forcément toutes les clés nécessaires, mais avide d'exploration. Un gros coup de coeur donc que ce roman, porté par la plume de Leonora Miano, aussi poétique, délicate et sensuelle que sa voix (entendue dans une interview récente que je vous recommande). 

Si vous souhaitez à votre tour découvrir cette prose, vous pouvez allez acheter le roman en quelques clics, à partir de l'image ci-dessous ! Je remercie NetGalley et les éditions Grasset pour cette belle lecture. 

        

vendredi 10 mai 2019

Brexit Romance, Clémentine Beauvais

Depuis que les livres de Clémentine Beauvais me faisaient de l’œil, il était grand temps que je m'y lance ! Et c'est chose faite (enfin !) avec son dernier roman, Brexit Romance. Ce fut donc une entrée en grande pompe dans l'univers de cette autrice, puisque cette lecture a été un véritable coup de cœur, et m'a un peu laissée comme deux ronds de flan... 

Au Royaume-Uni, le verdict est tombé : la majorité des anglais ont décidé, ils quitteront l'Union Européenne, et Brexit il y aura. Oui, mais si c'est l'opinion de la majorité, ça n'est pas celle de tous. Parmi les jeunes londoniens, notamment, certains regrettent profondément la liberté de mouvement qu'ils vont perdre avec leur nationalité européenne. Justine Dodgson, appuyée par son frère Matt trouve alors l'idée qui leur permettra de contourner cela : elle va organiser des mariages blancs entre français et anglais ! Armée de son smartphone et d'une certaine hyperactivité, elle se lance donc dans la création d'une application destinée à matcher ses amis britanniques avec des français acceptant de sacrifier quelques années de leur vie à ce beau projet humaniste et multiculturel. Cannelle, qui prépare ainsi son mariage avec Matt, va faire en chemin la rencontre de Marguerite Fiorel, jeune soprano allant donner un récital à Londres, et de Pierre Kamenev, son professeur de chant et anticapitaliste convaincu. La rencontre de tous ces personnages hauts en couleurs va alors créer un cocktail explosif de bonne humeur, et on se régale !


On se régale, d'abord, grâce à ces fameux personnages, que Clémentine Beauvais croque à la perfection, chacun ayant des caractères bien affirmés, et campant à la perfection quelques clichés délicieusement drôles de notre société moderne. Et pour aller au bout de son propos multiculturel, l'autrice mélange avec faste les deux langues dans son écriture. Certes, Justine maîtrise plutôt bien le français, tandis que Marguerite s'en sort difficilement avec son anglais très scolaire, mais tout cela n'est en réalité qu'un prétexte pour des dialogues de sourds, entre français et anglais qui jonglent tant bien que mal entre la langue maternelle des uns et des autres. On se retrouve donc à rire devant un tas d'incompréhensions liées à des expressions très culturelles, telles que les "funny" qui ne le sont pas vraiment, les "I'm afraid" qui ne préfigurent que rarement une réelle peur, et tout cela est, ma foi,  très "interesting"... 

Plus que deux langues, ce sont véritablement deux cultures qui s'entrechoquent ici, et Clémentine Beauvais ne se prive pas pour lancer bon nombre de piques à l'égard de ces deux cultures qui sont siennes. Ainsi, le flegme britannique sera bien souvent source de fous rires, mais il faudra aussi faire preuve d'humilité pour accepter une critique également bienveillante de notre façon de nous exprimer, disons, souvent colorée. Ce ne sont pas seulement les différences culturelles qui en prennent pour leur grade, mais également tous les traits caractéristiques de notre génération : les réseaux sociaux sont en première ligne des traits d'humour de l'autrice, et suivent notamment le féminisme, le veganisme, et plus largement, la jeunesse et toutes ses joyeuses contradictions. La politique, qu'elle soit française ou britannique, n'est pas non plus en reste, puisque l'on assiste avec délectation à un cocktail du parti UKIP, auquel est conviée ni plus ni moins que Marine Le Pen. Cependant, le but de ces critiques n'est clairement pas de sanctionner quelque mode de pensée ou de vie que ce soit, mais seulement de s'amuser, car tous ces propos sont emplis d'une malice qui semble n'avoir aucune limite. 

Cette malice et ce jonglage entre deux langues suffiraient à faire un bon livre, mais ce ne sont pas là les seules qualités de ce roman, qui réussit le coup de maître de nous faire assister à un véritable opéra. Marguerite vient à Londres pour chanter dans Les noces de Figaro, mais n'assistons-nous pas, de notre côté, aux "Mariages du Brexit" ? Car finalement, si les traits de caractère des personnages sont très marqués, est-ce que ce n'est pas pour les rendre mieux visibles sur la scène sur laquelle ils évoluent ? Les dialogues sont quant à eux plein de vivacité, rebondissants, et donnent l'impression d'être face à des acteurs qui se donnent la réplique. Le texte est divisé en quatre actes, qui pourraient figurer le déroulement d'une parfaite tragi-comédie : le roman s'ouvre sur des promesses de mariage, puis les personnages engagés dans ce mariage se disputent, ce qui laisse planer sur l'histoire une véritable tension dramatique, qui trouvera sa résolution dans un dénouement avec force quiproquos et ressorts comiques. Clémentine Beauvais a donc réussi l'exploit littéraire de nous faire lire à la fois un roman et une pièce d'opéra, tout en nous procurant un plaisir immense. Et si vous avez la sensation que tout cela manque de musique, pas d'inquiétude ! L'autrice nous a concocté une playlist assortie à son roman, que vous pouvez écouter au fil de chaque acte de lecture, ou bien retrouver par ici si vous êtes trop impatients... 

Certains livres sont des livres "doudous", ceux auxquels on revient lorsqu'on a une baisse de morale. Plus que cela, je dirais que ce roman est un livre "bonbon", acidulé et piquant à souhait. Une fois terminé, on n'a qu'une envie : en reprendre ! (Cela aurait-il un lien avec les bonbons qui se sont invités sur ma photo d'illustration ? Eux seuls pourraient vous le dire...)

Si vous aussi vous avez envie de laisser ce bonbon fondre sur votre langue, procurez-vous le dans votre librairie préférée, ou en quelques clics par ici

jeudi 10 janvier 2019

Butter, Erin Lange

Ce roman, il me faisait de l'oeil depuis sa sortie... vous savez, comme cette pâtisserie dans la vitrine devant laquelle vous passez tous les jours ? Ahem, ça n'était pas le sujet. Et pourtant... 

Butter, en plus d'être le titre de ce livre, c'est le surnom d'un garçon. A première vue, facile de deviner la raison pour laquelle on l'appelle ainsi : l'adolescent à un "léger" problème de poids. Il pèse 192 kilos. Cependant, son surnom ne provient pas de ça, mais d'une sombre histoire, qui pourrait fort bien ressembler à du harcèlement de la part de ses camarades de lycée. 

Dans ce roman, on suit donc cet adolescent, Butter, et les nœuds au cerveau qu'il se fait à cause de son poids. Peser un tel poids le rend fou, certes, mais quand il est déprimé (ce qui lui arrive fréquemment), il se tourne vers... eh bien oui, vers des chips, du bacon, du sucre, du gras, et tout ce qui peut le faire grossir toujours plus. Bon, cependant, il s'est plus ou moins fait une raison, depuis le banc du fond de la cantine qui lui est réservé, puisque de toute façon il ne tiendrait pas sur une chaise. Mais quand même, il voudrait bien vivre une vie d'adolescent "normal" plutôt que d'être seul et surprotégé par sa mère, qui semble penser qu'il a toujours cinq ans. Et cette vie d'ado normal, il se l'est créée de toutes pièces, en ligne, là où il peut parler avec la délicieuse Anna, la fille la plus belle du lycée, dont il est follement amoureux. Et ça tombe bien, puisqu'elle aussi est follement amoureuse... de son lui virtuel. Un jour, n'y tenant plus, il commet l'irréparable : il annonce en ligne qu'il va se suicider... en faisant une overdose (en direct sur le net) de nourriture.



Dit comme ça, ce roman paraît très noir, triste, dur. Et pourtant, c'est un régal, tout simplement ! Je me permets ces blagues que l'on pourrait trouver déplacées, pour la simple et bonne raison que Butter et Erin Lange se les permettent eux aussi, et sans compter ! Car oui, ce roman est bourré d'humour bien noir et cynique, comme on aime. Et derrière la façade de cet humour, qui est un peu comme la carapace du personnage principal, il y a bien sûr toute une réflexion psychologique. Une réflexion sur l'obésité bien sûr, mais aussi sur le harcèlement, comme évoqué plutôt, et sur la notoriété et les amitiés de façade, comme les adolescents en sont spécialistes. 

Que dire de plus sur ce roman, si ce n'est qu'il m'a fait pleurer. Et un livre qui me fait pleurer, c'est suffisamment rare pour être souligné. Derrière toutes ces réflexions et cet humour, ce livre est un condensé d'émotions tellement fortes et contradictoires, qu'on ne sait pas vraiment quoi en faire. Au fur et à mesure qu'on avance dans le roman, on ne voit pas comment l'auteur pourrait mettre le point final à cette histoire sans nous décevoir, et pourtant l'exercice est réussi avec talent. On sait qu'on va se prendre une déferlante d'émotions en plein cœur, et pourtant on n'est pas assez prêts quand elle arrive. 

J'aime l'humour cynique, alors forcément j'ai adoré lire ce roman. Et l'émotion vers laquelle nous amène ce cynisme en fait un bijou, à découvrir absolument ! 

lundi 29 octobre 2018

Capitaine Rosalie, Timothée de Fombelle et Isabelle Arsenault

Je vous avais parlé de titre dans mon bilan de septembre, et comme promis, j'en fais donc un article ! J'ai eu un ÉNORME coup de cœur pour le dernier livre de Timothée de Fombelle (oui, je suis un peu prévisible...) : Capitaine Rosalie, illustré par Isabelle Arsenault. Pour vous donner un peu la couleur : j'avais déjà lu les épreuves numériques de cet album, envoyées par Gallimard Jeunesse cet été, mais avant de faire ma chronique, je voulais attendre de l'avoir entre les mains, pour vous en dire plus sur les illustrations. Je viens donc de le relire, et même si je connaissais déjà le texte, m'y replonger m'a tiré une petite larme... 


Avant de vous crier mon amour pour ce livre, je vais déjà vous en dire plus. On est en 1917, dans la campagne française, dans le village où vivent la petite Rosalie, cinq ans et demi, et sa maman. La guerre obligeant, le père est au front, et la mère est contrainte de travailler de longues journées à l'usine, laissant donc sa petite fille sans surveillance. Pendant ces journées, Rosalie est confiée au maître d'école. Cachée sous les manteaux, au fond de la classe, elle dessine sur son cahier. Mais en réalité, si elle se fait si discrète, c'est parce qu'elle est investie d'une mission secrète, qu'elle entend mener à bien. Si on a envie d'en savoir plus sur cette mission, on prend également le temps de se plonger dans le quotidien difficile d'une femme restée seule pendant la guerre, avec une petite fille sur les bras. 

Le texte est extrêmement touchant : des phrases simples, mais d'une grande justesse, laissant transparaître les émotions pile poil comme il faut. On retrouve là la force de Timothée de Fombelle qui sait nous toucher en plein cœur, sans jamais tomber dans un sentimentalisme exacerbé. Et ce texte est parfaitement servi par les illustrations d'Isabelle Arsenault. On retrouve dans son trait une grande délicatesse, qui colle parfaitement à l'histoire. Les couleurs un peu passées nous aident à nous plonger dans cette page d'histoire. Si la dominante est souvent plutôt sombre, cela permet de faire ressortir la chevelure flamboyante de Rosalie, rayon de lumière dans cette vie difficile. L'émotion est donc parfaitement véhiculée aussi par l'illustration. 

Un mot aussi sur le travail de mise en page, très qualitatif. Les dessins pleine page sont forcément un régal, mais on retrouve également de nombreuses petites vignettes au fil du livre. Le texte vient alors s'enrouler autour de ces images, les intégrant pleinement à l'histoire. L'objet est vraiment magnifique : un petit livre presque carré, à la couverture cartonnée, surmontée d'un rabat au toucher très doux. Sous ce rabat, la couverture est illustrée, comme vous pouvez le voir ci-dessous, mais on ne retrouve les indications de titre et d'auteur que sur la tranche, choix graphique judicieux. 


Bref, vous l'avez compris, j'ai tout simplement adoré ce livre, et je le recommande à tous et toutes ! Il plaira aux grands comme aux petits, fera une très belle lecture du soir pour parents et enfants, et vous procurera sans nul doute beaucoup d'émotion. 

Si vous souhaitez vous procurer ce bijou, n'hésitez pas à cliquer sur ce lien

Ce livre a été lu dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire

samedi 15 septembre 2018

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry

En cette rentrée littéraire, je retrouve avec plaisir une de mes auteures favorites, Sophie Divry. Je dis qu'elle fait partie de mes chouchous, alors qu'en réalité, je n'avais jusque là lu qu'un seul livre d'elle : Quand le diable sortit de la salle de bains, dont je vous avais parlé ici. Et pourtant, son style m'avait plu d'emblée, et je surveillais ses nouvelles sorties avec impatience. Alors j'ai été ravie de la retrouver avec Trois fois la fin du monde, que j'ai lu grâce à NetGalley

Dans ce nouveau roman, on suit Joseph Kamal, qui doit purger une peine de prison après avoir participé à un braquage avec son frère. En même temps que la découverte de l'univers carcéral sans pitié, il doit surmonter la mort de son frère, survenue lors du braquage. C'est une nouvelle vie douloureuse qui semble l'attendre, d'autant que sa peine est longue. Seulement, par une sorte de miracle, il va pouvoir s'échapper lors d'une catastrophe. La Catastrophe, mot qui reviendra tout au long du roman, est en réalité une explosion nucléaire qui a décimé toute la moitié sud de la France. Seuls quelques immunisés restent en vie, mais ils sont très peu, et sont incités à regagner la zone nord. Joseph en fait partie, mais il est trop heureux de sa liberté retrouvée et ne songe qu'à rester vivre dans ces parages, profitant de sa solitude et de cette nature qui lui avait tant manqué. 

S'ouvre alors la troisième partie du roman, cette longue robinsonnade tant annoncée au sujet de ce roman. Joseph va tenter de s'organiser pour survivre alors même que l'électricité et l'eau courante ont été coupées. Il en profite pour se réapproprier cette nature dont il se languissait pendant ses années d'incarcération, et dont il ne prenait pas la pleine mesure lors de sa vie d'avant.



Sophie Divry signe ici un très beau livre. L'écriture est bien travaillée, alternant narration à la première personne en adoptant le point de vue de Joseph, et narration à la troisième personne qui embrasse un point de vue plus large. Cela apporte réellement du relief à la lecture, la voix de Joseph, celle d'un homme de niveau social assez bas amené à devenir délinquant, étant brute et parfois acérée. Le narrateur externe apporte un recul bienvenue, et une vision des choses plus posée et réfléchie. Si on est clairement dans le registre post-apocalyptique, on est loin des scènes de violence assez répandues dans ce genre. L'histoire alterne de façon très sage les moments d'adversité et ceux plus doux, qui permettent une réflexion plus poussée, donnant une tournure touchante.

Cette histoire dépaysante alliée à une écriture presque poétique font de Trois fois la fin du monde un grand roman. C'est pour moi un coup de coeur, que je vous encourage à découvrir. Si vous voulez l'acheter c'est par là ! De mon côté, je me dis qu'il va vraiment falloir que je retourne vers l'oeuvre de cet auteure, notamment vers La condition pavillonnaire, qui m'attire déjà depuis un moment... Si vous en avez lu plus que moi, n'hésitez pas à me laisser un commentaire ! 

J'ai lu ce livre dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.