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vendredi 22 mai 2020

Le cerbère blanc, Pierre Raufast

Pierre Raufast est un auteur dont les parutions m'attirent systématiquement, ne serait-ce que pour leurs titres qui attisent la curiosité : La fractale des raviolis, ou encore La baleine thébaïde, pour n'en citer que deux. Cette année, le confinement m'a permis de prendre le temps de lire son dernier titre, Le cerbère blanc. Eh bien je ne suis pas déçue de cette découverte !

Mathieu et Amandine, deux enfants de la vallée de Chantebrie, sont nés à quelques jours d'intervalle, ont grandi côte à côte... Tout les destine à passer le restant de leur existence ensemble. Mais ces plans se voient chamboulés le jour où Mathieu perd ses parents. Lui qui se voyait déjà médecin, pour défier la mort, est alors encore plus tenté de se lancer dans une quête de l'immortalité. Mais pour servir ces grands desseins, la petite vallée où il a grandi ne lui suffit plus, aussi il monte à Paris étudier la médecine. Il fait alors la connaissance d'un taxidermiste aux côtés duquel il espère être en mesure de tirer une croix sur son passé. Il se devine promis à un avenir hors du commun, et refuse que ses anciens démons continuent à le hanter. De son côté, Amandine semble bien partie pour accomplir les plans qu'elle avait forgés, enfant, avec Mathieu, même en l'absence de ce dernier. 

Les chapitres font entendre tour à tour les voix d'Amandine et de Mathieu, deux êtres indéfectiblement liés, à l'existence pleine de heurts. Leurs chemins de vie se font sinueux, nous embarquant pour un voyage rempli d'inattendu. Mon amie Joséphine disait de ce roman qu'il était un véritable "cabinet de curiosité" (je vous invite à aller lire son avis, par ici), et effectivement, l'expression est heureuse. Dans ce roman, on trouve un peu de tout : une romance, un peu de science-fiction, beaucoup de mythologie... Car oui, ce titre du Cerbère blanc annonce bien la couleur, et Pierre Raufast met en place un vaste réseau de références mythologiques, soignant ainsi fort bien ce qui peut d'ailleurs se lire comme une réécriture du mythe d'Orphée et Eurydice. 



Ce texte se laisse lire tout seul, truffé de belles formules, donnant l'envie de prendre en note les citations. C'est une lecture qui laisse un goût doux-amer, une ambiance que pour ma part j'ai beaucoup aimé. J'ai adoré tourner les pages de ce roman, je ne pouvais plus m'arrêter, même si par moments, on a envie de mettre une bonne claque aux personnages ! Arrivée à un certain point, j'avais peur d'une fin trop banale, qui aurait enlevé toute sa saveur au livre, mais finalement, rien à dire : la surprise est grande ! 

Alors que j'écris cette chronique, je suis allée regarder d'autres avis de blogueurs, dont certains inconditionnels de Pierre Raufast. Ces derniers se disent déçus, ayant largement préféré les précédentes oeuvres de l'auteur. J'ai pour ma part beaucoup apprécié cette entrée dans son univers fantasque, alors je ne manquerai pas de continuer l'aventure en lisant d'autres titres ! 

Si vous vous laissez aller à la curiosité pour découvrir à votre tour cet auteur (ce que je ne peux que vous recommander !), vous pouvez vous procurer ce livre en quelques clics à partir de l'image ci-dessous ! 


vendredi 20 mars 2020

Oublier Klara, Isabelle Autissier

Si vous êtes comme moi, vous connaissez surtout Isabelle Autissier pour ses talents de navigatrice. Eh bien, figurez-vous qu'elle est également romancière ! Bon, pour ma part je le savais déjà, étant donné le succès qu'avait eu Soudains, seuls. Et justement, j'étais curieuse de découvrir la plume de cette femme qui, en tant que grande voyageuse, a beaucoup à nous apprendre sur notre planète. 

La promesse de son dernier roman, Oublier Klara, m'a vite emballée : une histoire familiale qui a ses racines en Russie, à Mourmansk. J'avoue que ce territoire exerce une certaine fascination chez moi. Iouri qui a fui la Russie, ou plutôt un père violent, et une enfance qu'il veut oublier, est amené à rouvrir le livre de son passé, alors qu'il est appelé au chevet de son père qui se meurt. Lui-même s'interroge sur sa démarche. Va-t-il pardonner à ce père qui a meurtri son enfance ? Pourquoi, au juste, retourne-t-il dans ce pays où il sa véritable personnalité ne peut pas s'exprimer librement ? En retrouvant son père, Iouri va, contrairement à ce qu'il espérait, allonger la liste de ces questionnements. Son père lui parle de sa propre mère, Klara, dont il n'a que peu de souvenirs. A vrai dire, il se souvient surtout du jour où elle lui a été enlevée pour être déportée au Goulag, jour où son enfance heureuse s'est terminée. Il n'a jamais su pourquoi cette scientifique renommée avait été ainsi arrachée à sa famille, quel était réellement son crime. Alors, à l'article de la mort, il demande à son fils de mener l'enquête pour lui. A travers cette figure maternelle aimante, à travers l'investigation de ce passé, les deux hommes vont-ils enfin trouver un point d'entente ? 

Dans ce roman, les destins, et les voix s'entrecroisent. Au fur et à mesure que Iouri se penche sur son passé, on plonge avec lui dans différentes pages de son histoire, jusqu'à éclairer les zones d'ombre qui peuvent subsister dans ce récit familial. Et au sein de cette famille, elles sont nombreuses. Il y a beaucoup à découvrir en allant gratter le vernis. Isabelle Autissier sait nous montrer les failles de ses personnages, leurs fragilités. Si l'écriture est sans concession envers les torts de chacun, elle nous montre tout de même que tout n'est pas noir ou blanc, et que la dureté d'un père peut trouver sa source dans une enfance trop vite terminée. Dans le même temps, la sensibilité apparemment exemplaire d'un fils recèle des erreurs de parcours insoupçonnées. C'est cette justesse des personnages qui est ici à souligner, et qui fait que cette histoire vaut la peine d'être lue. On ressent à travers ces pages la minutie dont l'autrice a dû faire preuve dans son travail de documentation. Rien n'est laissé au hasard, et pour autant, cette documentation ne vient pas alourdir le roman. 


Cette lecture est également appréciable pour la beauté des paysages qu'elle nous donne à voir. Beauté cruelle, certes, pour cette Sibérie glaciale, mais il faut souligner le talent de l'autrice pour décrire les scènes en pleine nature. On ressent également tout son amour de la mer, au travers du personnage de Rubin, le père, marin-pêcheur. Il aimait son métier, aussi rude fût-il, et on ressent aisément son grand respect pour l'élément maritime et son écosystème malmené. Iouri, quant à lui, est davantage touché par les oiseaux que par les poissons. Là encore, son exploration du territoire se fait avec amour, et  on voit à travers les pages son envie, autant que celle d'Isabelle Autissier, de transmettre ses connaissances. Cependant, c'est leur amour de ces différents éléments qui vont conduire les deux hommes à un profond désaccord, l'un aimant par-dessus tout être aux commandes de son navire en mer, alors que l'autre préfère largement rester au calme des arbres pour observer le ballet des oiseaux. Quoiqu'il en soit, on ressent derrière ce récit l'urgence écologique, un sujet important pour la romancière. Derrière une société avide de consommation et de rendement, elle nous fait voir l'importance qu'il y a à adopter un rapport contemplatif à la nature, pour mieux la respecter. 

Ce roman a donc un message important à faire passer, et cette dimension écologique constitue le talent et la personnalité littéraire d'Isabelle Autissier. Cependant, j'ai trouvé ça presque un peu trop convenu par moments, notamment dans les rapports entre les personnages. En tous cas, il manque à mon sens à ce livre le petit quelque chose qui pourrait en faire une lecture inoubliable. 

En ces temps de confinement, je vous invite à cliquer sur l'image ci-dessous si vous souhaitez vous procurer le livre, en version numérique bien sûr, pour épargner nos livreurs ! 


mercredi 29 août 2018

Simple, Julie Estève

Simple, c'est un roman de la rentrée littéraire que ma collègue Delphine m'a vivement recommandé, alors qu'il me faisait déjà envie avant. Deux bonnes raisons pour me lancer dans cette lecture, donc.

Dans ce roman, nous suivons Antoine, qui vit dans un village corse, dans les années 70. Antoine, ou Anto, c'est le simple d'esprit de ce petit village, le "baoul". Sa vie est faite de petits bonheurs simples, il se contente de peu, et si on ne l'embête pas, il n'embête personne, du moins en apparence. Car en réalité, sa vie est bien compliquée par les autres, les habitants du village, qui ne le comprennent pas, et donc en ont presque peur. Ainsi, il est soupçonné d'avoir tué Florence, une jolie jeune femme qui faisait tourner les cœurs et que tout le monde appréciait.


Avec ses mots, et sa vision, simples, Antoine nous livre petit à petit la vérité. Il nous raconte son enfance, sa vie au village, ses copains, mais aussi ses ennemis. Car oui, certaines personnes le considèrent comme un ennemi, même si lui ne leur veut apparemment aucun mal. La mère de Florence, par exemple, qui voit bien que sa fille s'attache à ce jeune homme bizarre, et qui a peur qu'il n'arrive malheur. D'ailleurs, il lui arrivera malheur, à Florence, et si Antoine a toujours été gentil et attentionné envers elle, ce n'est pas la façon dont la plupart des gens voient les choses. En effet, Antoine est très naïf, alors quand Florence est abusée sexuellement, ou qu'elle se laisse séduire par des hommes qu'elle ne devrait même pas approcher, il est là pour la réconforter. Et quand on voit Florence s'énerver contre lui, il est facile de croire que c'est lui le responsable de son énervement et de sa douleur.

Ce roman est fait de cela. Des scènes de malentendu, où Antoine est considéré comme le seul coupable, alors que d'autres se sont joués de sa naïveté. C'est ce qui rend ce récit si poignant, car Antoine ne se rend pas compte de tout cela. Quant à savoir s'il est réellement le meurtrier de Florence, difficile à dire, jusqu'à la fin du livre. On apprend les choses par bribes, et il n'est pas évident d'assembler les pièces du puzzle. Si au fond de nous, on a envie de crier sur les toits que cet homme est tout sauf un meurtrier, qu'il est innocent, et bon au fond de lui, plus le livre avance, et moins on est sûrs de cela. On est donc happés par cette spirale qui fait que, si on a envie de le défendre, on a surtout envie de connaître la vérité, et que cette vérité éclate au grand jour. Notre cœur se tord devant l'impuissance d'Antoine, et sa vie faite de souffrances non méritées.

Ce qui frappe surtout, dans ce roman, c'est la langue employée. Antoine est lui-même le narrateur de cette histoire. La langue est donc brute, simple, celle d'un enfant à qui il manque des clés de langage. Les pensées s'enchaînent sans suite logique, on s'enfonce dans les méandres de cet esprit pourtant peu profond, mais torturé. Devant cette langue, encore plus que devant l'histoire d'Antoine, je n'ai su rester indifférente. Cette rudesse de langage m'a touchée droit au cœur, et j'ai la sensation d'avoir découvert là un livre brûlant d'émotions.

Je ne peux donc que vous encourager à aller découvrir par vous-même ce roman bouleversant, par ici. Ce livre a été lu dans le cadre de l'édition 2018 du Challenge 1% Rentrée Littéraire.


jeudi 9 mars 2017

Lectures en bref - Février 2017

Avec cet article, j'adopte une pratique assez répandue chez les blogueurs littéraires : le bilan mensuel des lectures. J'ai hésité pendant quelques temps, mais quand je réalise le manque de temps que j'ai pour chroniquer tous les livres que je lis... je me dis que ça devient indispensable ! Car même si j'ai du mal à tenir le rythme de mes lectures, ça ne m'empêche pas d'avoir envie de vous parler de toutes ! Donc voilà, avec un peu de retard, voici un aperçu de mes lectures de février dont je n'ai pas encore eu le temps de vous parler ! 


L'autre Joseph, Kéthévane Davrichewy


Ca faisait quelques temps que j'avais envie de lire ce livre, où l'auteure nous parle de son arrière grand-père, Joseph, dont un des camarades d'enfance est devenu... Joseph Staline ! Cette plongée dans l'enfance de Staline (qu'on appelait alors Sosso) me tentait bien. Et effectivement, c'est très intéressant de se rendre compte que petit, Staline était déjà caractériel et avait un besoin de reconnaissance énorme. On atténue peut-être un peu nos sentiments envers ce dictateur en apprenant que son enfance était loin d'être facile, aux côtés d'un père alcoolique qui semblait violent. A côté de cette trame historique, l'auteure se confie sur les démarches qui l'ont conduite à l'écriture de ce livre, ce qui lui apporte un relief intéressant. Toutefois, en lisant des passages sur les sentiments très mitigés que Sosso inspirait à son camarade Joseph, je n'ai pu m'empêcher de m'interroger. Est-ce vraiment ce que ce jeune homme pensait à l'époque ? Ou bien a-t-il en quelque sorte réécrit l'histoire de son enfance en voyant ce qu'était devenu Sosso ? Je pencherais malheureusement plus pour la deuxième solution : il est facile en effet, de dire que Staline enfant avait déjà l'étoffe d'un dictateur violent, avec le recul... Bilan mitigé donc pour ce roman. 


Le club des vieux garçons, Louis-Henri de La Rochefoucauld


Quand j'ai eu ce livre entre les mains, à la librairie où je travaille, il m'a tout de suite intriguée. En lisant le résumé, et en observant le bandeau de couverture, je pensais ouvrir un roman qui se passerait au XIXème ou XXème siècle, au sein de l'aristocratie. Si j'avais raison sur ce dernier point, j'ai été très surprise que le narrateur n'est en fait autre qu'un jeune homme, François de Rupignac, né dans les années 1980 ! Le roman se déroule donc à notre époque. Durant son enfance, François s'est entendu rabâcher par son grand-père tout un tas de sermons sur l'importance de leur lignée aristocratique, d'un mode de vie noble, de valeurs morales, tout cela à préserver à tout prix de la modernité. Pas étonnant donc, que François, en grandissant, se soit senti en décalage avec les autres jeunes, tous "à la mode". Avec son ami Pierre, ils décident donc de fonder le "Club des Vieux Garçons", défendant un mode de vie clairement décalé. Ils n'arrivent pas à trouver leur place dans cette société où trouver un travail et une petite amie sont les plus grands signes de l'accomplissement personnel. En effet, eux préfèrent l'oisiveté qui était auparavant (c'est-à-dire quelques siècles plus tôt) le privilège de la noblesse, mais surtout, ils préfèrent rester célibataires. Ils créent donc un Club, accueillant des jeunes hommes qui partagent ces idées, avec qui ils boivent du champagne et font des plans sur la comète. C'est décalé, plein d'humour et chic anglais, alors ça m'a plu ! 



Voilà, c'étaient donc les deux livres lus en février dont je voulais vous parler en bref ! De retour en début de mois prochain donc, pour vous parler de nouveaux livres !