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jeudi 19 novembre 2020

La bête de Buckingham Palace, David Walliams

 David Walliams, vous connaissez ? C'est un peu notre Roald Dahl contemporain, quand même ! Bon, je dois avouer que, même si je connaissais déjà son univers loufoque à souhait, c'est en fait la première fois que je lis un de ses romans...

Et ce roman, La bête de Buckingham Palace, nous projette à Londres, en 2120. Le soleil a disparu du ciel, le roi est affaibli par un mal mystérieux, et Londres est la proie d'une misère sans nom, causée visiblement par les destructions des révolutionnaires, qui voudraient s'en prendre à la monarchie. Face à tout cela, le prince Alfred, futur héritier de la couronne, est tellement surprotégé qu'il n'a jamais mis le nez dehors. Heureusement, le Lord Protecteur veille au mal, et protège le roi et le chétif prince de l'influence néfaste des révolutionnaires... Mais lorsque la reine elle-même est arrêtée par le Lord Protecteur, accusée de trahison, le jeune prince commence à douter de ce qu'on a pu jusqu'alors lui mettre dans la tête. Quelles sont réellement les intentions du Lord Protecteur ? Et les révolutionnaires sont-ils vraiment à l'origine de la destruction des plus emblématiques bâtiments de Londres ? 



Bien malgré lui, le prince Alfred va se lancer dans une aventure qui semble bien trop grande et risquée pour lui. En effet, il n'a rien d'un héros. Il ne connaît rien au monde extérieur, a toujours vécu dans les jupes de sa maman, et c'est un petit garçon chétif dont le seul sport est cérébral. Pourtant, grâce à l'humour sans bornes de David Walliams, ce roman va prendre des allures de roman d'aventures, plein de rythme. C'est ce qu'on aime ici : des rebondissements souvent tous plus improbables les uns que les autres, de l'humour à en revendre... On rit beaucoup, parfois on tremble en se demandant quelle sera l'issue de cette histoire. Et pourtant, l'auteur parvient finalement à retomber sur ses pieds, malgré des péripéties inattendues et complètement folles. 

J'y ai relevé quelques petites incohérences. Le prince Alfred découvre une supercherie dont il ne se doutait pas une seule seconde, sa mère lui révèle qu'elle avait déjà deviné tout cela, et pourtant, elle joue parfois la surprise devant les informations qu'il dévoile, alors qu'elle était censée les connaître. Malgré tout, cela ne gênera pas les jeunes lecteurs, auxquels ce roman est destiné. Cela fait du bien d'avoir des romans qui sortent de l'ordinaire, qui bousculent les enfants et qui les font rire à gorge déployée. Et on peut compter sur cet auteur pour nous fournir cela, il n'y a qu'à en juger par cet aperçu de l'intérieur du livre ! 

Ce roman saura ravir les enfants dès 10 ans, alors s'il vous prend l'envie de le faire découvrir, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous pour vous le procurer ! 



lundi 5 octobre 2020

Lectures en bref - Septembre 2020

Septembre a été pour moi une période particulière, très chargée et chamboulée sur le plan personnel. Forcément, cela se ressent au niveau de mes lectures. J'ai "seulement" lu deux romans ce mois-ci, un de la rentrée littéraire : Héritage, de Miguel Bonnefoy et un roman jeunesse à paraître cette semaine : Burn, de Patrick Ness. Je vous en reparlerai dans des articles dédiés. En revanche, j'ai fait la part belle aux albums, cela faisait longtemps ! Je vous en présente quelques uns rapidement dans cette page. Et je prends le temps aussi de vous parler d'un roman lu avant l'été, mais paru ce mois-ci, auquel je n'ai pas accroché malgré ses belles promesses. 

Avant cela, le point sur les articles publiés en septembre. Le plus vu, ce beau roman de Deb Caletti, A en perdre haleine. Le moins vu, qui pourtant me tenait davantage à coeur, Phalaina, d'Alice Brière-Haquet, que j'ai également chroniqué pour le magazine Page des libraires. Vous les retrouverez en cliquant sur les photos ! 



Quelques albums...

Le plus gros coup de cœur de ce mois, c'est sans aucun doute Le dernier des loups, dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article

Sur Instagram, j'en ai déjà présenté quelques uns. Un trésor d'imagination, avec C'est mon élastique, de Shinsuke Yoshitake : un album qui rappelle l'inventivité des enfants dès lors qu'ils trouvent un objet fétiche. Un autre qui a pas mal circulé sur les réseaux : Le bon coin d'Alexandra Pichard, où il est question d'un ornithologue en mal de canard... Si l'hiver arrive, dis-lui que je ne suis pas là de Simona Ciraolo, un album sur les plaisirs de chaque saison, idéal pour aider à accepter l'hiver qui arrive.





Quelques belles découvertes :  un nouveau livre-jeu de Delphine Chedru, 99 tomates et une patate, Mon petit coin de paradis, de Barroux, le dernier Olivier Tallec, Un peu beaucoup, et Entre toi et moi de Catherine Gueguen et Reza Davland. Je parlerai plus longuement de ces albums, toujours sur Instagram. 

                            

Deux déceptions, aussi, avec le dernier Marc Boutavant : L'affaire des cookies disparus. Un abécédaire qui, à vouloir être si original, part dans tous les sens, et nous perd. Et l'album de François Roca et Fred Bernard, que pourtant j'aime beaucoup habituellement. Mais cette année, avec King Kong, ils ne m'ont pas enthousiasmée. Les tableaux sont beaux, certes, mais on a le sentiment d'être toujours dans la même chose. Quant au texte, il peine à trouver le ton juste. 


RC 2722, David Moitet

Ma lecture de ce roman jeunesse remonte à avant l'été déjà, mais j'ai voulu attendre sa parution pour vous en parler. J'avais découvert David Moitet à travers une duologie précédemment parue chez Didier Jeunesse : Les secrets de Tharanis dont je vous avais parlé par ici. Et encore une fois, j'y ai trouvé les mêmes travers, le gros défaut de cet auteur semblant être la construction des personnages. 

David Moitet signe ici un roman post-apocalyptique assez actuel, puisque la catastrophe ayant ravagé le monde tel que nous le connaissons n'est autre que le réchauffement climatique, auquel s'est ajouté un virus fulgurant. La population française s'est alors réfugiée, pour ceux qui le pouvaient, dans des abris sous-terrains, et c'est là que commence notre histoire. Oliver, qui vit dans un de ses abris, va vite découvrir que la vérité ne semble pas être celle racontée par ses dirigeants, et que peut-être il serait encore possible de survivre à la surface. Il va alors faire la connaissance de la mystérieuse Tché, qui va bouleverser ses convictions. 

Ce roman aurait pu profiter de l'actualité de cette année 2020 pour sa réussite, mais il aurait fallu pour cela qu'il présente plus de qualités. Si j'ai d'abord été amusée de cette résonance avec le virus qui nous a touchés (même si le roman a sans nul doute été écrit bien avant), j'ai finalement eu l'impression que l'auteur nous servait un roman fourre-tout, qui à force d'évoquer trop de sujets à la fois, devenait plein d'idées reçues. Il est question de réchauffement climatique, donc, mais aussi de migrants, du capitalisme effréné... Bref, trop de choses à la fois qui sont survolées, ça en perd son intérêt ! Et puis comme je le disais, j'ai encore une fois été déçue par les personnages : je les ai trouvés mal campés, les relations entre eux sont bâclées (certaines choses viennent trop vite), et les dialogues sont peu naturels. C'est dommage, parce qu'il y a de belles idées dans la création de l'univers, mais le (manque de) travail des personnages vient gâcher tout cela. 

mercredi 2 septembre 2020

Le Dernier des loups, Sébastien Perez et Justine Brax

 Sébastien Pérez et Justine Brax : un duo d'artistes qui n'est plus à présenter ! Le premier travaille beaucoup en collaboration avec son compagnon, Benjamin Lacombe. La seconde nous livre des illustrations d'une grande finesse, je vous avais déjà fait part de mon amour pour ses dessins par ici, dans le premier album de Sébastien Pérez qu'elle a illustré. Je vous avais dit que j'allais suivre son travail de très près, et c'est ce que j'ai pu faire, grâce à Page des libraires et aux éditions Albin Michel Jeunesse, qui m'ont permis de recevoir cet album dès le début de l'été pour le chroniquer. 

Au village, tous les hommes et les garçons en âge de combattre sont morts. L'hiver passé, ils ne sont pas revenus de la Grande Guerre contre les loups. Alors quand, de nouveau, le hurlement d'un loup se fait entendre dans le lointain, tout le village tremble. Sauf Milo, un jeune archer, qui décide de partir affronter le dernier des loups, afin d'éradiquer ces bêtes qui menacent la tranquillité des humains. Mais le véritable combat à mener est-il bien celui que l'on croit ? 

De nouveau, les deux artistes nous présentent un très beau conte initiatique. Un jeune héros, au seuil entre enfance et âge adulte, part affronter le monde, et en revient grandi, plein d'une sagesse nouvelle. Tous les codes sont réunis, la recette est la même, et pourtant, cela fonctionne, même pour la troisième fois. Le Dernier des loups nous parle cette fois de la nature, de la vie sauvage, et le conte initiatique devient ici fable animaliste. 

Comme d'habitude, le trait plein de finesse de Justine Brax vient magnifiquement illustrer le texte plein de poésie de Sébastien Pérez. A l'ouverture du colis, j'ai immédiatement été séduite par l'association de couleurs, mise en valeur par la qualité du travail d'impression. On retrouve la beauté du bleu dans toutes ses nuances, associé à un gris argenté splendide. A l'impression, le brillant de cet argenté vient illuminer chaque page, ce qui, avec la grandeur du trait, confère une noblesse incroyable à cette nature sauvage. J'ai véritablement été conquise par cet album plein de finesse, de poésie, et de vérité. 



Un très beau cadeau à faire à un enfant, ou même à se faire, que vous pouvez vous procurer en quelques clics à partir de l'image ci-dessous. 


samedi 2 mai 2020

Lectures en bref - avril 2020

Terre de Brume, Cindy van Wilder


Cela faisait longtemps que j'entendais parler de ce livre, alors j'ai cédé à la curiosité, grâce aux éditions Rageot qui l'avaient mis à disposition sur Netgalley
Dans un monde où la Brume n'a laissé que peu de places aux Survivants, la magie est présente, une magie basée sur les éléments. Héra, une Guerrière qui pratique la magie de l'eau va faire la connaissance d'Intissar, qui manipule le feu, alors que celle-ci vient avertir sa communauté d'un grand danger qui s'approche. Mais malgré les avertissements, ce danger fera bien des victimes, alors qu'il n'est pourtant qu'une des épreuves qui risquent de s'abattre sur ce monde, à l'équilibre déjà bien précaire. Une équipe part donc à la source du danger, afin de mieux comprendre ce qui se trame. Héra et Intissar, les deux héroïnes, sont de la partie.

Ce livre est à saluer pour le rapport entre les personnages, et pour la mise en avant de personnages féminins sans qu'elles ne dépendent d'hommes, d'une manière ou d'une autre. En effet, Héra et Intissar vont vite se lier d'amitié, mais elles se suffisent à elles-mêmes, aucune romance ne vient se mêler à l'intrigue, ce qui est une chose suffisamment rare en littérature jeunesse ou en SFFF pour être soulignée. Ici, nous sommes seulement dans une amitié entre deux jeunes filles, qui sont elles-mêmes sur le devant de la scène, sans recevoir l'aide d'hommes plus forts qu'elles. Cela fait du bien, car finalement, on se rend compte que ce schéma narratif est bien trop rare. Cependant, si la volonté de diversité est louable, on tombe vite dans quelque chose d'assez manichéen. Les rares hommes que l'on croise ont vraiment un rôle secondaire, à part un qui revêt une importance particulière... et qui est le méchant, seul acteur à avoir fomenté un plan maléfique. Pourquoi pas, mais cela semble un peu trop facile. 

Le suspense sait s'installer, et il est difficile de poser ce roman une fois lancés dedans. On est happés par l'intrigue, on a envie de savoir ce qu'il adviendra du voyage d'Intissar et d'Héra, et leur belle amitié donne envie de connaître leur destin. Pour autant, on a du mal à s'attacher à ces deux personnages, dont finalement, on cerne difficilement la personnalité. En effet, il me semble que très peu d'indications sont données sur elles, en dehors ce lien qui très vite se crée entre elles, et encore moins sur leurs sentiments. Du moins, je n'ai pas réussi à ressentir en même temps qu'elle. On pourrait même aller jusqu'à dire que c'est le duo qu'elles forment, efficace, qui est le personnage principal de ce roman, plus qu'elles deux séparément. Cela a un peu gêné ma lecture, et même si l'univers présente de bonnes qualités, il n'a pas su m'accrocher. Je ne pense donc pas lire le tome 2, cela ne me manquera pas forcément.


Combien de pas jusqu'à la lune, Carole Trébor

J'avais reçu ce roman grâce à un concours organisé en début d'année scolaire par les éditions Albin Michel Jeunesse. L'ayant laissé de côté, j'ai pu profiter d'une lecture commune organisée par l'éditeur sur Instagram pour le sortir de ma PAL. 

Ce roman est en fait une fiction biographique, autour de la figure de Katherine Johnson, une mathématicienne noire ayant notamment réalisé les calculs qui ont permis à Neil Armstrong et ses collègues de partir sur la Lune. S'il est question, dans la dernière partie du roman, du travail de Katherine à la NASA, on s'attarde ici bien davantage sur son enfance et son parcours, tout ce qui a fait d'elle une des premières mathématiciennes noires. 

C'est une lecture que je n'ai pas aimée. Certes, ce parcours de vie était intéressant à découvrir, mais ça n'a pas suffi à rattraper le niveau de cette lecture à mes yeux. Je trouve que les personnages de Katherine, ses frères et sœur et ses parents manquent de consistance. C'est une famille parfaite, des enfants qui n'ont aucun défaut et ne font pas de bêtises... Katherine est même tellement "parfaite" qu'elle passe son temps à corriger et donner des leçons à ses camarades de classe plus âgés qu'elle et pourtant moins doués. Dans le roman, il est dit que c'est grâce à ça qu'ils l'apprécient, alors que j'ai plutôt l'impression que dans la vraie vie, les élèves en auraient été énervés. Je n'ai donc pas su m'attacher aux personnages, et j'ai bien souvent eu envie de poser le livre sans le terminer. 

Ce qui m'a surtout donné cette envie, d'ailleurs, c'est l'écriture. Ce n'est pas mon premier roman de Carole Trébor, alors je sais que ce n'est pas habituel chez elle, mais là, c'est vraiment mal écrit, et ça m'a bien souvent frustrée. Il y avait tellement de phrases qui m'ont semblé écrites pour meubler, que j'ai parfois eu l'impression de lire un devoir où l'étudiant aurait fait de son mieux pour remplir la copie, mais sans vraiment s'intéresser à son sujet. Sérieusement, un livre où on trouve des évidences telles que "Il est heureux de participer à vos études. Donc il n'est pas triste et on le reverra pendant les vacances.", ça met le lecteur en rogne, non ? Et tout au long du roman, c'est dans la même veine. Les émotions sont nommées, mais impossible pour ma part de les ressentir, et je ne me suis donc pas vraiment sentie concernée. Allez, un autre exemple pour le plaisir, je ne résiste pas... 
"Stupeur. Incrédulité. Tristesse. Colère."
Encore une fois, ça me donne l'impression que ça a été écrit par devoir, parce qu'il fallait mettre des mots sur tout ça, mais ça ne me fait rien ressentir. Bref, ce livre est une grosse déception pour moi. 

Et à part ça ? 

Ce mois d'avril a malgré tout été un mois de belles découvertes. J'ai lu Deux fleurs en hiver, dont je vous ai déjà parlé. 


En jeunesse, toujours, deux gros coups de cœur, pour Hôtel Castellana de Ruta Sepetys, et Signé Poète X, d'Elizabeth Acevedos, dont je vous parlerai la semaine prochaine. 
Côté adultes, j'ai lu Le cerbère blanc, pour découvrir l'auteur Pierre Raufast, et ça valait le détour ! Je vous en parle la semaine prochaine aussi ! 


mardi 3 septembre 2019

Lectures en bref - Août 2019

Au mois d'août, j'ai surtout lu de la littérature générale, en préparation de la rentrée littéraire notamment. Cependant, j'ai quand même pris le temps de me plonger dans deux romans jeunesse qu'on m'avait prêtés, et dont je voudrais vous parler rapidement par ici. 

The hate U give, Angie Thomas

J'ai enfin pu lire ce roman, dont ma collègue me parlait sans cesse depuis sa sortie, il y a environ un an et demi. J'étais allée voir le film au cinéma en janvier, et c'est vrai que cette histoire m'avait beaucoup touchée, j'étais donc curieuse de savoir si l'émotion serait également au rendez-vous à la lecture. 

On y suit Starr, jeune afro-américaine, qui réside dans un quartier noir, mais va dans un lycée privé "blanc". Elle vit donc entre deux mondes et développe deux facettes de sa personnalité, mais cet équilibre bien calculé va être complètement chamboulé lorsqu'elle va assister, impuissante mais aux premières loges, à la mort de son ami d'enfance, sous les balles d'un policier. 

Ce roman traite d'un sujet d'actualité un peu brûlant, mais avec une justesse implacable. Les différentes options qui s'offrent à Starr (témoigner et défendre l'honneur de son ami, ou faire profil bas afin de mieux se préserver) sont toutes explorées sans jamais porter de jugement. On est dans l'émotion pure, avec une adolescente droite dans ses baskets qui tente de trouver sa place dans un monde à la réalité cruelle. Comme me l'avait dit ma collègue, ce roman se dévore, on est dans l'exemple même du page-turner, avec une plume fluide mais riche, et une émotion maintenue constante qui ne laisse pas indemne. 

Il y a toujours des différences entre un roman et son adaptation. Avec le recul, je trouve le film plutôt bien réalisé et fidèle tant au message du livre qu'à son déroulement. Certaines injustices dépeintes sont encore plus flagrantes dans le roman, cependant. Ainsi, même si vous avez déjà été, comme moi, très émus par le film, vous le serez encore plus par le roman, qui prend littéralement aux tripes. 


Marie et Bronia, Natacha Henry

J'ajoute à ce bilan un autre livre que je devais lire depuis longtemps. Ce roman n'est autre qu'une biographie romancée de Marie Curie et de sa sœur aînée, Bronia, deux jeunes femmes aux destins exceptionnels pour leur temps. 

Marie et Bronia vivent au dix-neuvième siècle en Pologne, où elles mènent une existence rude, mais dont elles parviennent à tirer le meilleur grâce à la volonté de leur père d'en faire des filles éduquées. En effet, il croit dur comme fer que filles et garçons doivent recevoir un enseignement de même qualité, et il transmet ces valeurs d'égalité et d'érudition à ses enfants. Ainsi, devenues femmes, Marie et Bronia n'ont qu'un seul rêve : continuer leurs études afin de devenir médecin pour l'une, et chimiste pour l'autre. Seulement, en Pologne, l'occupant russe ne l'entend pas de cette oreille. Les deux sœurs se font donc la promesse d'aller étudier à la Sorbonne, à Paris, quoi qu'il puisse en coûter. C'est donc ces deux vies hors du commun que Natacha Henry nous raconte ici. 

Si j'ai été facilement happée par le récit de la vie de ces deux femmes, je reste un peu sur ma fin du point de vue de l'écriture. Certes, le roman est destiné à un public jeune, dès 11 ans je pense, mais cela n'empêche pas le style d'être assez plat. Cela s'explique toutefois facilement : l'autrice est essayiste et journaliste avant d'être romancière. Et effectivement, dès les premières pages, on sent que l'on a affaire à un style très journalistique, trop à mon goût. C'est le seul bémol que j'entrevois sur cette lecture, plaisante et instructive malgré tout ! 


Comme d'habitude, si ces deux livres vous intéressent, cliquez sur l'image ci-dessous afin de pouvoir les acheter en ligne ! 


jeudi 1 novembre 2018

Lectures en bref - Octobre 2018

Le visiteur de minuit, Marie-Aude Murail et Christel Espié 


En voyant cet album, comment ne pas succomber ? La couverture est magnifique, tout comme l'illustration à l'intérieur du livre. Les couleurs sont chatoyantes, les tableaux plein de splendeur. J'avais donc forcément envie d'en voir plus. Impression renforcée à la découverte de l'auteure du texte : Marie-Aude Murail. J'étais plutôt curieuse de la découvrir sur un format court, moi qui n'ai lu d'elle que des romans plus conséquents. On découvre un père de famille plein de richesses, mais rongé par la tristesse alors qu'il voit sa fille dépérir. Un soir, il reçoit la visite du diable en personne, qui lui recommande de faire venir chez lui le fils de son jardinier, plein de vie, pour que son énergie passe dans le corps de la fillette et la guérisse. Que faire alors : écouter son coeur de père ou sa conscience ? 

Malgré tous ces bons présages, cet album n'a pas eu sur moi l'effet escompté. Certes, les illustrations de Christel Espié valent le détour. Mais elles ne relèvent pas complètement le texte que j'ai trouvé malheureusement assez plat. Cela est certainement dû au format court, qui a été pensé à la manière d'un conte, avec des ellipses temporelles. Quoiqu'il en soit, je n'ai pas su y retrouver la beauté que j'attendais. Peut-être suis-je passée à côté ? 


Calamity Jane, François Roca

Cette année, François Roca a fait cavalier seul, plutôt que de publier un album avec son complice Fred Bernard comme chaque année. L'idée lui a pris d'illustrer la vie de cette aventurière qu'était Calamity Jane, après qu'il l'a découverte au travers des lettres écrites à sa fille. Il a donc choisi des extraits de ces lettres afin de les illustrer par son trait somptueux. 

Je suis assez contente d'avoir découvert cette femme de légende sous cet angle. Certes, on connaît tous le mythe qui se cache derrière ce nom, mais sans en savoir beaucoup plus finalement. Et voir la femme derrière la légende, la mère qui a décidé de se séparer de sa fille afin de lui offrir une meilleure vie, c'est plutôt touchant. Le choix de textes est donc réellement intéressant, et on se laisse attendrir par cette femme à l'histoire sentimentale difficile. Cependant, les illustrations ne collent pas, à mon sens, avec ce texte. Calamity Jane est un personnage qui est toujours en mouvement, au rythme difficile à suivre. Or, les illustrations de François Roca, si elles forment de magnifiques tableaux, sont caractérisées par leur manque de mouvement. Les personnages y sont comme figés, et sur un tel album, cela ne correspond pas. En effet, il paraît plutôt étrange de voir de l'immobilité dans la course effrénée d'un cheval lancé au galop. Encore un album qui ne m'a pas convaincue, donc. 


Dans la gueule du loup, Michael Morpurgo et Barroux

J'ai lu cet été ce petit album écrit par Morpurgo, paru dans le courant du mois d'octobre. Je peux donc désormais vous en parler. Cependant, il ne m'a pas marquée au point d'en faire un article propre. L'histoire écrite ici est inspirée de faits réels. C'est celle de Francis et Pieter, deux frères qui se sont engagés dans la Seconde Guerre Mondiale, chacun pour des raisons différentes. L'un est dans la Royal Air Force, l'autre va devenir agent secret. Alors que sa vie est désormais bien avancée, Francis revient sur cette période difficile de sa vie. 

J'ai trouvé dans cette histoire beaucoup de lieux communs. Même si cela est inspiré de fait réels, les faits racontés paraissent trop faciles et assez peu précis. Vu le nombre incroyable de textes écrits sur cette période, on attend plus de précisions, surtout de la part d'un auteur aussi réputé. De plus, le procédé choisi ne paraît que peu naturel. Lors de sa dernière nuit, Francis dialogue en pensée avec les personnes qui ont été importantes pour lui à cette période de sa vie. Ce dialogue fictif donne une écriture trop travaillée, et manque l'effet de simplicité recherché. Par ailleurs, si j'apprécie d'habitude le trait de Barroux, il m'a paru trop léger pour s'adapter à cette histoire grave et pleine de leçons. 


Nous étions dix, Nine Antico

Allez, je relève le niveau avec un bel album, une véritable pépite, même. Je dis cela à dessein, puisque cet album figure dans la dernière sélection des pépites du salon de Montreuil cette année. Cet album m'a immédiatement séduite par sa couverture, véritablement soignée, entre le bleu profond de la nuit et les dorures. En l'ouvrant, on découvre un texte plein de poésie qui retrace le parcours d'enfants partant en exploration, pleins d'entrain. Ils le disent et le répètent, rien, RIEN ne les effraie. Ainsi commence leur aventure, jusqu'à ce que l'un d'entre eux fasse défection. On retrouve donc à plusieurs reprises le même schéma rythmique et textuel qui crée une sorte de comptine merveilleusement bien travaillée. Petits et grands s'y laisseront aisément emporter, et courront irrésistiblement vers la chute... des plus imprévisibles.D'habitude, je devine assez aisément les chutes des albums, mais ici, je me suis complètement laissée avoir ! On savoure cet album, d'abord avec sérieux et concentration, alors que la tension grandit, puis on finit forcément... sur un grand éclat de rire ! 

 

mardi 3 janvier 2017

Frida, Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez

Avec l'album Frida de Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez, j'ai découvert un objet magnifique, dont je me rends compte qu'il va être difficile de parler ! Car cet album est en réalité, à mes yeux, un objet d'art avant d'être un livre. Entre sa couverture matelassée au toucher soyeux, ses couleurs luxuriantes, ses dessins très soigneusement étudiés, et ses découpes soigneuses et très fines, on a véritablement affaire à un livre-objet, tel que pouvait en concevoir un Michel Butor !


En tournant les pages de l'album, on découvre de sublimes dessins, directement inspirés des peintures de la peintre mexicaine Frida Kahlo. Ces images sont accompagnées de découpes très minutieuses qui permettent aux tableaux de se répondre entre eux. Et avec cela, le texte de Sébastien est très poétique, et nous permet de deviner un certain nombre de choses sur la vie difficile de l'artiste. Mais deviner seulement, car si tout est dit dans la relation texte - image, on reste malgré tout dans l'implicite et le non-dit. Heureusement, on trouve à la fin une sorte de dossier assez complet réalisé par Benjamin Lacombe, qui vient nous expliquer très clairement le projet artistique à la base de ce livre, l'élaboration de ce projet, et surtout la vie de Frida Kahlo, ainsi que des explications très précises sur la signification de certaines de ses oeuvres.

Ce dossier permet donc de profiter pleinement de ce magnifique album, qui est somme toute un objet assez difficile d'accès. On peut, dans un premier temps, profiter pleinement de la poésie et de la beauté de ces images et de ces textes très finement travaillés. Ensuite, une fois qu'on a pu délicatement entrer dans cet univers raffiné mais terriblement complexe, les auteurs nous en donnent toutes les clés de compréhension. Ce qui s'avère nécessaire si, comme moi, vous connaissiez mal Frida Kahlo avant d'ouvrir cet album ! Car en effet, je n'avais pas compris la moitié des sous-entendus de la première partie concernant sa vie...

Attention malgré tout. Si cet album a été publié comme un livre jeunesse, il n'est clairement pas pour les plus jeunes, et il n'est pas à mettre entre des mains trop sensibles. Frida Kahlo a eu, semble-t-il, une vie bien difficile, et on le ressent non seulement dans le texte, mais aussi dans certaines images qui sont assez crues, et qui dénotent de façon très explicite la souffrance que l'artiste a pu ressentir tout au long de sa vie.

mercredi 30 novembre 2016

Fils de dragons, Sébastin Pérez et Justine Brax

Petite nouveauté sur le blog : ces temps-ci, je vais beaucoup vous parler d'albums jeunesse (travail oblige) ! Et pour commencer, en voici un qui m'a tapé dans les yeux dès son arrivée en librairie, en octobre. Pour cause : avez-vous vu cette magnifique couverture ?


Venez en librairie : en vrai elle est encore mieux ! A l'intérieur, on n'est pas déçus. On retrouve ces nuances de bleu très riches, rehaussées par des touches de rose, le tout dans une poésie et une délicatesse incroyables. Ces dessins tout en poésie m'ont donné envie d'en savoir plus sur cette illustratrice, Justine Brax. J'apprends en fait que je connaissais déjà un peu son travail, à travers l'album Mowgli, le livre de la jungle paru en 2014. En tous cas, je vais la suivre de près maintenant ! 


Mais revenons-en à nos dragons ! (OK, la blague était nulle...). Toute la poésie des illustrations, on la retrouve également dans le texte, signé Sébastien Pérez (dont je vous reparlerai prochainement). On parlait de Mowgli juste avant non ? Parce que là, au début, on se sent obligés d'y penser. Yomon est un "petit d'hommes" (je cite) élevé parmi les dragons. Mais la ressemblance s'arrête là, car les dragons n'ont pas l'air aussi bienveillants envers Yomon que les loups avec Mowgli. Ce sont des créatures majestueuses (là encore, c'est par l'illustration qu'on l'apprend) qu'on sent très fières. On comprend donc aisément pourquoi Yomon veut à son tour devenir un dragon, quels que soient les obstacles qui se dressent devant lui. Ces obstacles, ce sont en fait cinq rois ayant chacun dérobé quelque chose aux dragons. Il va les voir un par un et les persuade de leur rendre le bien des bêtes. On voit que cet enfant est rempli d'une grande sagesse, bien plus que les souverains qui sont orgueilleux et ignorants. Mais la rencontre avec le cinquième roi risque de remettre toute l'histoire en question : il est réputé comme étant le plus cruel et l'entrevue risque d'être dure. Et c'est alors que... je vous laisse le soin de lire l'album pour savoir ce qu'il advient de ce jeune Yomon ! 

On a donc affaire ici à un véritable conte initiatique adapté même aux plus jeunes : libre à chacun d'y comprendre ce qu'il voudra puisque cet album revêt en fait plusieurs niveaux de lecture. Soit on le prend simplement comme une belle histoire emplie de merveilleux. Sinon, c'est le conte initiatique comme je l'ai dit : comment cet enfant, Yomon, va affronter ce destin et devenir adulte, à sa façon !

Fils de dragons, c'est donc un merveilleux album, à mettre sans hésitations entre toutes les petites mains !