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mardi 3 août 2021

Focus sur... Sophie Adriansen

Sophie Adriansen est une autrice dont je suis le travail depuis plusieurs années, surtout pour ses publications en jeunesse. Je l'avais découverte avec un album plein de malice, La vache dans la brique de lait, et depuis, je recommande régulièrement ses romans à la librairie. Et puis ces derniers mois, c'est son travail en littérature générale que j'ai découvert, et dont je voulais vous parler aujourd'hui. 


En mai, paraissait la bande dessinée La remplaçante, illustrée par Mathou. Cette collaboration a fait parler sur les réseaux sociaux, son illustratrice y étant très connue. Une BD avec un dessin aussi frais et moderne, donc accessible, portant sur la dépression post-partum, il fallait que je m'y penche. Marketa est devenue maman avec Clovis, l'homme qu'elle aime. Seulement, alors que jusque là le bonheur qui les liait était immense et sans failles, la jeune femme se sent désormais complètement détachée de ce qui lui arrive. Elle est devenue maman, Clovis est papa, et cela semble si simple et naturel pour lui, alors pourquoi ça ne l'est pas pour elle ? Elle se sent complètement étrangère à ce petit être, pourtant sorti de son propre corps, et qui dépend entièrement d'elle. Le chemin est long pour se sentir à l'aise dans ce nouveau rôle qu'est la maternité, et elle a besoin d'attentions pour y arriver. Cette BD ne m'a pas réellement touchée, je ne suis pas certaine que c'était le but recherché. On sent, derrière ce texte et ces illustrations, le vécu de ces deux jeunes femmes, deux mères aussi. Les choses sont relatées avec beaucoup de douceur, de l'humour aussi. Et le but recherché est accompli : on gagne un livre qu'on peut facilement mettre dans les mains des jeunes ou futures mères, qui va leur parler sans tabou d'un sujet peu évoqué lors d'une grossesse, et qui les aidera certainement à apprivoiser leurs émotions, leur ressenti, à se sentir moins seules. Bravo, donc, aux autrices, pour ce travail nécessaire de vulgarisation autour du post-partum ! 



En réalité, cette bande dessinée n'est pas le seul ouvrage de Sophie Adriansen à ce sujet. Avec la parution de son dernier roman, Hystériques, j'ai découvert un autre roman, sorti il y a quelques années chez Fleuve et paru en poche cette année chez Charleston : Linea nigra. Ce roman évoque, par certains aspects, La remplaçante. Le sujet est le même : la dépression post-partum. Stéphanie est amoureuse de Luc, déjà papa de deux enfants, et ils prévoient d'avoir un enfant tous les deux. Si le bonheur semble d'abord sans limites, les choses changent du tout au tout après la naissance de l'enfant, et Stéphanie, privée de l'accouchement physiologique dont elle rêvait, déchante vite. Devenir maman, ce n'est en fait pas le rêve qu'elle s'imaginait. Oui, elle aime cet enfant, mais qu'a-t-il fait de son corps ? Qu'a-t-on fait de son corps lors de la césarienne ? Est-on sûr que ce ventre est désormais vide, alors que tout s'est passé si vite ? Peut-elle réellement se dire jeune accouchée, alors que ce n'est pas vraiment elle qui a accouché, mais plutôt les médecins qui l'ont accouchée ? Là encore, ce n'est pas un début de maternité idyllique que vit cette femme, et beaucoup de questions sans réponses se bousculent dans son esprit. Ce roman est très bien documenté, presque trop, car il devient documentaire. En effet, plusieurs chapitres nous renseignent avec précision sur la pratique gynécologique, l'accouchement physiologique, l'histoire de l'accouchement, etc. Tous ces propos sont très intéressants, mais m'ont empêchée de m'attacher à ce couple, à cette héroïne (j'emploie le terme exprès) qui devient jeune maman mais qui ne sait pas quoi faire de ça. Les flashbacks, les changements de point de vue, tout ça m'a tenue comme éloignée de ce qui se passait dans ce couple et cette nouvelle famille. Encore une fois, c'est un roman utile, mais pas un coup de cœur. 


Le coup de cœur, en revanche, je l'ai eu pour Hystériques. Il m'a paru mieux construit, mais surtout, les personnages sont mieux incarnés, et donc on s'attache à leurs destins, on comprend leurs choix, ou au contraire on s'énerve contre leur tempérament... Bref, ils prennent vie, véritablement. Dans ce roman, on suit trois sœurs, devenues adultes, dont les utérus viennent bousculer la vie, alors même que c'est un sujet tabou dans leur famille. En effet, leur mère n'a jamais voulu parler de cet organe pourtant si important dans la vie d'une femme. "Ce qui se passe en soi, on n'embête pas les autres avec" : voilà le mantra qui a guidé la vie de Sylviane, et l'éducation de Diane, Clémentine et Noémie. En suivant les trois femmes dans leur vie de couple, on se rend compte des ravages que peut faire une telle éducation. Diane a deux enfants, mais envisager la naissance du second n'a pas été chose facile. En effet, lorsqu'elle a accouché de son aînée, elle a été victime de violences obstétricales, et lorsqu'elle a voulu poser des questions, on lui a répondu que cela ne la concernait pas, on l'a infantilisée. Des années de thérapie, et la rencontre d'une gynécologue bienveillante lui seront nécessaires pour réapprivoiser son intimité. Clémentine a elle aussi deux enfants, deux belles petites filles. Seulement, alors qu'elle attend la deuxième, une séance d'hypnothérapie fait revenir à sa mémoire quelque chose que son esprit avait totalement occulté. En réalité, elle n'est pas la mère de deux enfants, mais de trois. L'année de son bac, elle a été enceinte, une grossesse que son corps s'est appliqué à cacher, à elle comme aux autres, un enfant né sous X, et complètement oublié depuis. Le souvenir de cet enfant qui remonte pourrait changer à jamais son équilibre familial. Quant à Noémie, la dernière, on se demande quand elle aura des enfants, elle-même se le demande. Et puis, au hasard d'un rendez-vous gynécologique, une terrible nouvelle tombe : elle est atteinte d'un cancer du col de l'utérus. Ces trois femmes m'ont émue, leur histoire familiale m'a parlé, tout cela m'a assurée dans mes convictions féministes. "Hystérique" n'est pas une insulte, simplement un constat : cela signifie qu'une personne est équipée d'un utérus. Et cet utérus, il peut influencer nos vies, notre histoire. Ce roman a achevé de me convaincre de plusieurs choses : le sang menstruel ne doit pas être un tabou, les douleurs de l'accouchement ne doivent pas être des tabous, et quand nous, femmes, en parlons ensemble, cela nous rend plus fortes. C'est donc réellement un roman que je recommande à toutes, un roman engagé qui touchera de nombreuses femmes. 

Sophie Adriansen est une autrice qu'il me tient à cœur de défendre, aussi, en cliquant sur l'image ci-dessous, vous pourrez accéder à toutes ses publications disponibles en librairie, et choisir celle qui vous intéresse ! 


 

mardi 26 mai 2020

Focus sur... Karen McManus

Je me rends compte, alors que je m'apprêtais à publier un article sur Se taire ou mourir ?, que je ne vous avais pas parlé du précédent roman de cette autrice : Qui ment ? Il va donc falloir réparer cet oubli avant toute chose ! J'avais découvert Karen McManus avec son premier roman traduit en France, Qui ment ? il y a deux ans déjà. Alors que cinq lycéens sont collés en même temps, l'un d'eux meurt dans des circonstances qui échappent à tous. Les quatre autres, Bronwyn, Nate, Addy et Cooper, sont forcément les suspects tout indiqués. Une enquête commence donc, qui va révéler beaucoup de chacun de ces personnages, et qui va même leur permettre de se révéler à eux-mêmes. 

Ce roman réunissait tous les éléments du page-turner parfait. L'enquête policière qui distille du suspense, et qui nous donne envie d'aller au bout pour connaître le dénouement de cette histoire, en même temps qu'on tremble pour les personnages. Les quatre suspects qui représentent les différents archétypes des lycéens américains : on a l'intello un peu coincée, le délinquant qui touche à la drogue, le sportif, un des meilleurs joueurs de baseball du lycée, et la fille populaire un peu superficielle. Et même si tout cela paraît très caricatural, cela fonctionne parfaitement car non seulement, les jeunes lecteurs s'y retrouvent sans mal, et ces figures emblématiques sont parlantes, mais surtout, si les choses semblent assez figées au départ, chaque personnage connaîtra une belle évolution qui viendra gommer ces archétypes, ou du moins changer notre regard dessus. Enfin, on est servis en histoires d'amour entre les différents personnages, et on savoure avec délectation quelques un des passages où deux personnages se rapprochent timidement pour finalement céder à la passion... Cocktail idéal donc, pour ce roman choral, qu'il m'avait été bien difficile de lâcher avant la fin ! 



Se taire ou mourir ? est paru juste avant le confinement (un des livres qu'il faut penser à soutenir, donc !), et a été une de mes lectures de confinement. Comme le précédent roman, il se dévore, encore un beau page-turner. Ellery et Ezra, deux jumeaux, doivent s'installer à Echo Ridge, où leur mère et sa sœur jumelle ont grandi. Cette ville, ils le savent, a déjà été deux fois par le passé le théâtre de disparitions inexpliquées de jeunes filles. A la fois fascinés et un peu effrayés par cet endroit où ils n'ont encore jamais mis les pieds et que leur mère a longtemps évité, les jumeaux vont tenter tant bien que mal de trouver leur place dans cette petite ville qui cache bien des secrets. On y retrouve les mêmes ingrédients que pour Qui ment ?. Et pourtant, j'ai trouvé que cela fonctionnait moins bien ici. D'abord, parce que les personnages principaux me parlaient moins, je me suis sentie moins proche d'eux et donc pas autant concernée par l'histoire. Peut-être aussi parce que ce deuxième roman m'a donné une sensation de facilité : on prend les mêmes ingrédients, on change le lieu et le crime, et on recommence. Ca m'a paru un peu trop léger par rapport à Qui ment ? Jusqu'à la fin de celui-ci, je ne voyais pas comment l'intrigue pouvait se résoudre. Dans Se taire ou mourir ?  j'ai eu l'intuition du coupable assez vite, et n'ai donc pas été très surprise du dénouement. C'est donc un chouette roman, qui se lit bien et qui saura séduire beaucoup d'adolescents, mais moins bien que le premier à mon avis. 



Un des reproches souvent faits aux romans jeunesse trouve ici une belle réponse : la question de la diversité. On trouve en effet une belle diversité parmi les personnages de Karen McManus, tant de race, de genre, que de sexualité. Cela semble assez représentatif de la diversité réellement présente aux Etats-Unis, où se côtoient des populations de diverses origines, et où, dans le nord du pays du moins, les différentes orientations sexuelles sont plus facilement acceptées qu'en France. Une belle leçon, donc, pour les jeunes lecteurs.

N'hésitez pas à faire découvrir cette autrice à vos adolescents, succès à peu près garanti ! Je vous laisse cliquer sur l'image ci-dessous pour vous procurer un de ces livres (ou les deux !).




lundi 30 mars 2020

Focus sur... Jean-Christophe Tixier

Dans le cadre d'un festival qui se tient à Niort chaque année, j'ai eu la chance de rencontrer Jean-Christophe Tixier, venu notamment pour une rencontre à la librairie. Forcément, quand un auteur vient, nous lisons au maximum ses livres ! Je n'en ai pour ma part lu que deux (plusieurs auteurs venaient sur ce festival, je n'ai donc pas eu le temps pour plus), mais c'était un plaisir que de rencontrer un auteur si facilement accessible. 


Jean-Christophe Tixier est un auteur plutôt prolifique, principalement pour la jeunesse, secteur littéraire qu'il lui tient à cœur de défendre. Comme il l'a dit lors de la rencontre, le regard général porté sur la littérature de jeunesse est plutôt négatif, on la considère comme un sous-genre. Et pourtant, comme il l'a dit si justement, ce n'est pas parce qu'on s'adresse à un public plus jeune que l'on doit faire des "sous-romans". Et d'ailleurs, dans ses romans, il n'a pas peur d'évoquer des sujets variés et souvent complexes : l'écologie et la différence, notamment au travers de sa série Dix minutes, la question des réfugiés avec son roman La Traversée, ou encore la question des sexualités dans Quand vient la vague, et bien d'autres encore. La seule différence valable entre littérature jeunesse et adulte, selon lui, serait le rythme (il est plus important de tenir en haleine le jeune lecteur que l'adulte déjà convaincu), et l'importance de la lueur d'espoir, nécessaire selon lui à ajouter aux romans jeunesse. Tout ne peut pas être noir dans un roman qui s'adresse aux plus jeunes. 

Pourtant, cet auteur écrit plutôt des romans policiers, ce qui est notamment le cas avec sa série des Dix minutes. Je n'ai lu que le premier, Dix minutes à perdre, pour avoir une idée de cette série. Elle s'adresse à des lecteurs assez jeunes, dès 12-13 ans je dirais, et fonctionne plutôt bien. On y retrouve toujours les mêmes personnages, une bande de jeunes de 14 ans, mais le narrateur change à chaque roman, ce qui donne une variété de points de vue intéressante, et chacun saura ainsi y trouver son compte. Il s'agit donc de petits romans policiers, assez bien construits. J'ai moi-même été surprise du dénouement, qui n'était pas celui que pressenti au début de ma lecture. En revanche, j'ai été déçue de la fin : le récit s'arrête sur un moment de tension, à deux doigts du dénouement... et reprend dans un épilogue, avec une ellipse temporelle, qui nous donne a posteriori les clés de l'intrigue. J'ai eu la sensation que cela cassait le rythme et faisait retomber la pression qui s'était installée. Ce n'est pas un coup de cœur, mais je pense que cette série est idéale pour donner aux jeunes le goût de lire : des petits romans rythmés et variés, les personnages sont bien campés, l'idée est bonne ! 



J'ai également lu un roman dont j'avais beaucoup entendu parler, qui a la particularité d'être écrit à quatre mains. Jean-Christophe Tixier a co-écrit Quand vient la vague avec Manon Fargetton, un roman auquel ils ont d'ailleurs donné une suite parue ce début d'année : En plein vol. Nina a disparu depuis presque un an, et alors que son frère Clément a jusque là joué la carte du retrait et du repli dans sa bulle, l'approche de la majorité de sa sœur le réveille, et il va se décider à la retrouver, coûte que coûte. Ce roman est assez touchant, puisqu'il évoque une histoire familiale douloureuse. Les personnages sont là encore très bien travaillés, avec la dose de sensibilité et la force de caractère nécessaires à les rendre attachants. Le rythme est également présent, et si j'ai d'abord eu du mal à entrer dans l'histoire, une fois le cap passé, il s'agit d'un de ces livres page-turner, qu'on ne peut pas lâcher tant qu'on ne connaît pas le fin mot de l'histoire. Par les sujets abordés, plus graves, ce roman s'adresse à des adolescents plus âgés que le précédent, pas avant 15 ans selon moi. Pour autant, malgré la gravité des choses, il ne s'appesantit pas, et on perçoit aisément la lueur d'espoir dont parlait Jean-Christophe Tixier. Pas question non plus de simplifier les choses plus que nécessaires, et de finir en happy-end où tout irait pour le mieux : ce roman est écrit avec beaucoup de justesse.


Finalement, cet auteur me paraît un incontournable de la littérature jeunesse, un de ceux qu'il faut avoir lus au moins une fois, car les sujets abordés font réfléchir et sont susceptibles d'éveiller les consciences. En revanche, je n'ai pas tellement accroché à sa plume. Ses livres ne sont pas mal écrits, pas de soucis là-dessus, mais j'ai trouvé son style malgré tout assez plat, sans grandes qualités littéraires. Je retiens donc davantage cet auteur pour son rôle pédagogique que pour son style. 

Si vous souhaitez découvrir cet auteur, ou le faire découvrir à vos enfants, profitez-en : il y en a pour tous les âges (même un roman adulte, Les mal-aimés, ajouté à ma whishlist) ! Je vous laissez accéder à ses livres en cliquant sur l'image ci-dessous. 


mercredi 19 juillet 2017

Focus sur... Matthieu Maudet

Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un auteur-illustrateur jeunesse découvert il y a peu (je suis un peu à la ramasse parfois...), et qui est réellement génial ! Mesdames et messieurs, j'ai nommé... Matthieu Maudet ! Il compte à son actif de nombreux albums cartonnés, à destination des plus jeunes, et qui sont un vrai régal. Des petites histoires aux rebondissements délicieux, dont les chutes font toujours sourire. Et des illustrations aux couleurs vives, et en même temps assez tendres.

J'ai découvert cet auteur-illustrateur avec la parution, en avril, de l'album Le Piège Parfait. Il y est question d'un petit garçon à qui on donne un livre en lui disant d'aller capturer un animal. Au fil des pages, on le voit élaborer des pièges à destination de plusieurs animaux, mais ceux-ci sont tous plus malins que lui. Par dépit, il finit donc par s'asseoir et commencer à s'intéresser au livre qu'il tient entre les mains. Le piège parfait, donc, pour attirer calmement tous les animaux !


Je connaissais déjà également Les orteils n'ont pas de nom, mais sans avoir jamais fait attention aux noms inscrits sur la couverture. Ici, on part du constat posé par le titre, pour ensuite essayer de trouver un nom aux orteils. On essaie plein de choses : le système numérique, alphabétique, les couleurs, les notes... Très drôle donc ! Petite précision : ici, le scénario est de Jean Leroy, comme vous le voyez. 


Ces deux-là n'en sont pas à leur première collaboration. Il y avait également eu Le tout petit fermier. Un fermier que l'on cherche, mais on ne voit que ses animaux. Les pages se tournent, on voit des animaux de plus en petit, et l'enfant s'amuse à se demander quelle taille fera l'animal derrière lequel se cache le fermier. Pour celui-ci, j'étais moins fan, peut-être à cause de la facilité de la chute... 

Je connaissais aussi Un enfant parfait, scénarisé par Michaël Escoffier. Cet album raconte l'histoire de parents qui vont au magasin pour choisir un enfant. Ils se rendent pour cela dans un grand magasin, qui peut faire penser à nos Ikea et autre Conforama... Et les voilà qui trouvent l'enfant parfait ! Ils l'adoptent donc, et sont ravis de cet enfant qui obéit au doigt et à l'oeil, qui se couche sans faire d'histoires, qui mange de tout, qui est sage à l'école... Bref, cet enfant ne pose aucun problème ! Mais tout ne peut pas être si simple... 


Récemment, est également sorti Y a un loup. Un petit oiseau, en train de se promener, tombe nez à nez sur un loup en train de manger tranquillement un sandwich. Affolé, il s'écrit "y a un loup !", et court prévenir ses copains... qui le suivent, pour avertir à leur tour les autres. Jusqu'au moment où l'on réalise qu'ils ne font que tourner autour d'une sorte de cube. Si bien qu'on se doute qu'ils vont finir par retomber sur le loup... 


Enfin, après tout cet aperçu, je dois vous révéler quel est mon album favori parmi cette sélection... Et j'ai nommé J'y vais !. Un album aux illustrations vraiment touchantes, où un petit poussin part annoncer à tous ses proches, que c'est décidé, il y va. Chacun y va de sa recommandation, de son cadeau pour l'équiper... Cela semble donc être un grand départ ! Mais pour quelle destination ? 
Je vous laisse vous procurer l'album (en bibliothèque, ou en librairie bien sûr !) pour le savoir ;) 


mercredi 4 janvier 2017

Focus sur... Vincent Villeminot

Pour cet article, je ne vais pas me contenter de vous parler d'un seul livre, mais bel et bien de deux, lus à la suite. Tout d'abord, il y a Le copain de la fille du tueur, roman que Vincent Villeminot a sorti en cet automne 2016, et qui m'avait fait envie lors de mon passage dans plusieurs librairies quand je cherchais du travail. A peu près au même moment, cet auteur jeunesse a également publié Samedi 14 novembre, roman qui, comme son nom le laisse aisément deviner, porte sur les attentats du 13 novembre. Vincent Villeminot a également écrit Les Pluies, qui est sorti récemment lui aussi, mais j'avoue qu'il m'intéressait moins que les deux autres, et que je n'ai pas eu l'occasion de le lire. Puisque j'en suis à évoquer les dernières parutions de cet auteur, je dois également citer le dernier tome de la série U4, intitulé Contagion, qu'il a co-écrit avec les trois autres auteurs de la saga (Carole Trébor, Yves Grevet et Florence Hinckel). Mais je dois vous faire un aveu : je ne me suis pas encore lancée dans cette saga (qui pourtant me fait drôlement envie, depuis le temps que j'en entends parler !)...

Mais revenons-en au Copain de la fille du tueur. Chose intéressante à souligner sur ce roman : je pense qu'il s'adresse plus largement à UN lecteur plutôt qu'à une lectrice, fait assez rare en littérature adolescente : la plupart du temps, soit on est dans quelque chose qui s'adresse plus largement aux filles, soit cela peut toucher les deux sexes à part égale. Mais ici, je pense qu'une fille serait peut-être moins sensible à cette histoire q'un garçon ne pourrait l'être. Et cela, dans un premier temps, parce que le narrateur est un garçon. Charles est le fils d'un poète assez connu en Suisse, et il étudie dans un pensionnat privé pour "gosses de riches". Comment qualifier autrement ce lycée où chaque élève dispose de son propre appartement, se fait porter les repas tous les soirs à domicile, etc ? Qui plus est, cet établissement est très largement fréquenté par des enfants de personnalités célèbres, politiques pour la plupart. A commencer par Touk-E, voisin et bientôt meilleur ami de Charles : il est le fils d'un dictateur africain... En dehors de leur richesse, ces deux adolescents vivent une vie semblable à celle de tout lycéen : l'un est bon élève tandis que l'autre n'aime pas les cours, ils font les quatre cent coups comme tout le monde pourrait aussi le faire, et ils passent le plus clair de leur temps à traîner (et fumer des joints) ensemble. Jusqu'au jour où Selma vient perturber cet équilibre. La jeune fille arrive au lycée au milieu de l'année scolaire, et Charles est loin de lui être indifférent. Bientôt, il ne pense plus qu'à elle, et Touk-E ne fait rien pour attiser cette obsession. Pourtant, il s'agit d'un jeu dangereux, surtout quand on sait que le père de Selma n'est autre qu'un narcotrafiquant mexicain, réputé agressif et dangereux. Et si Selma entre malicieusement dans le jeu de séduction (timide, mais pimenté par Touk-E) de Charles, elle ne s'y abandonne pas totalement, et une partie d'elle résiste, peut-être à cause de la menace de son père ?


Dans Samedi 14 novembre, le narrateur est, là encore, un garçon, mais pour autant, il me semble que l'intrigue peut intéresser tout le monde. Notamment parce qu'on part d'un événement qui nous a tous touchés, petits ou grands, garçons ou filles : les attentats du 13 novembre, à Paris. Le narrateur, B., fêtait son anniversaire en terrasse d'un café, en compagnie de son frère aîné. Et il a vu une Clio s'arrêter devant cette terrasse. Des hommes sortir de cette Clio, des armes dans les mains. Ces armes tirer sans s'arrêter partout où elles pouvaient atteindre des victimes. Et si lui s'en sort avec une simple écorchure au bras, son frère n'a pas cette chance. Il ne se relèvera pas. Le choc psychique est trop important pour B. qui décide alors de quitter l'hôpital sans attendre que quelqu'un vienne le chercher et le prenne sous son aile. Il ne sait pas où aller, alors il monte dans une rame de métro, avec son bras en écharpe et son tee-shirt sali par le sang des autres, de son frère. Dans ce métro, presque vide, il croise un regard qu'il reconnaît. Cet homme était assis à l'arrière de la Clio. S'il n'est pas sorti vider des chargeurs sur des innocents, il est complice des hommes qui l'ont fait. Sans savoir pourquoi ni comment, B. décide alors de le suivre. Comme lui, il s'engouffre dans un train pour Lille. Et le voilà au pied d'un immeuble, à guetter une femme arabe qui rapporte des vêtements à cet homme infâme. Sur un coup de tête, B. devient alors un homme qui prend des otages. La violence, c'est quelque chose de nouveau en lui. Mais en ce jour, il est dévoré par le chagrin, et il veut comprendre, il veut obtenir des réponses, et surtout il veut venger son frère. Il se retrouve donc à braquer un pistolet sur un homme, attaché à un tuyau de radiateur, tandis que la soeur de cet homme, musulmane va se soumettre à ses ordres. Avant la discussion, la violence, l'humiliation. Puis la raison revient. B. force l'homme à avouer ce à quoi il a pris part. Il lit alors sur le visage de la soeur, Layla, un dégoût grandissant : elle réprouve les actes de son frère, elle est véritablement en colère contre lui. Peut-être est-ce cette colère qui sauvera B. et qui l'empêchera d'aller trop loin ? En tous cas, on sent que cela aurait pu déraper dans l'autre sens, aisément.

Ces deux romans de Vincent Villeminot, bien que très différents, sont tous les deux très réussis. Le copain de la fille du tueur est un excellent roman pour les garçons, en cela qu'il décrit une histoire d'amour du point de vue d'un garçon, pour un lecteur garçon. L'auteur ne se contente pas d'une histoire sentimentale comme les filles les aiment. Il ajoute du physique, car l'amour ça passe aussi par cela. Pour autant, on n'est pas dans quelque chose de vulgaire. On se contente d'imaginer avec Charles les formes de Selma dans le petit short moulant qu'elle porte lorsqu'elle va courir. Ce genre de situation malicieuse qui rappelle aux adolescents que l'amour, ça n'est pas uniquement une chose un peu mièvre qui ne préoccupe que les filles. Mais cela est contrebalancé par des moments tendres, qui dit aux garçons que ça n'est pas non plus qu'une affaire de pulsions physiques, que les sentiments, c'est aussi pour eux ! Et puis, comme c'est de garçons adolescents qu'on parle, pour les intéresser pleinement, il y a aussi du foot, et un peu de violence. Vincent Villeminot a donc parfaitement su trouver comment parler à des garçons qui ne veulent pas toujours avouer qu'ils sont eux aussi des êtres sensibles, capables de ressentir autre chose que l'excitation des supporters de foot...


Samedi 14 novembre est un roman très touchant. Forcément, puisque cela parle d'un sujet qui nous laisse à fleur de peau. Il n'apporte pas de réponse, il ouvre simplement des portes à la réflexion. Mais ça n'est pas à mon sens son plus grand atout. Ce dernier réside en fait dans l'écriture et la construction du roman. On est dans une tragédie en cinq actes, même si parfois on oublie cette forme particulière, suffisamment en tous cas pour se laisser porter par l'intrigue. Si le roman est centré sur B., on retrouve aussi, par bribes, les voix d'autres personnages : d'autres victimes, une infirmière, la petite amie de B., et une danseuse, qui était en représentation au moment des attentats. Cet enchevêtrement de voix plus douces permet de rythmer les accès de folie, de violence, puis les réflexions de B., et elles rappellent que les victimes, directes ou non, ont été en réalité très nombreuses. Le roman est accompagné de suggestions de musiques, à écouter en même temps que les différents actes. Je ne suis pas très musique, mais j'avoue que ces choix ont été très judicieux : ils permettent de canaliser les émotions qui affleurent forcément en lisant ce roman,et ils ramènent de la beauté et de l'espoir. Même si c'est aussi le but du roman, ces musiques aident beaucoup.

Vincent Villeminot signe donc ici deux magnifiques romans, suffisamment rares pour mériter qu'on parle d'eux. Qui a dit que qualité et quantité n'étaient pas compatibles ? Il nous démontre ici le contraire...

mardi 29 mars 2016

Focus sur... Philip K. Dick

Alors que j'écris cette chronique, je ressors d'une plongée dans l'univers de Philip K. Dick. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, c'est un auteur américain de science fiction, parmi les plus connus et les plus prolifiques. Vous avez certainement vu l'un des films suivants : Blade Runner, Minority Report, ou encore Total Recall. Ces films sont en fait des adaptations des œuvres de Philip K. Dick.



On retrouve à travers toute l'oeuvre de cet auteur deux grandes questions : "Qu'est-ce que le réel ?" et "Qu'est-ce qu'être humain ?". Il nous embarque dans des mondes futuristes où androïdes et humains se confondent, et où l'on confond également le virtuel du réel... Après avoir regardé le documentaire réalisé par Arte, on se demande réellement si Philip K. Dick n'était pas visionnaire. Sa dernière femme disait d'ailleurs : "Il se souvenait du futur". Il semble avoir su prédire les désastres écologiques des dernières années, les questions posées par les avancées techniques et autres découvertes scientifiques, les sociétés sous surveillance... Et pourtant, on ne l'a pas écouté ! Lui qui écrivait sous psychotropes et amphétamines et qui évoque souvent des expériences de communication avec un autre monde, il parvient à remettre en question nos certitudes les plus profondément ancrées.

C'est en tout cas ce que j'ai ressenti en lisant son premier grand chef d'oeuvre, Le maître du haut château. Dans ce roman, Philip K. Dick imagine un monde où les Allemands et les Japonais auraient remporté la Seconde Guerre Mondiale. Les Etats-Unis sont alors divisés en trois parties : l'une contrôlée par les nazis, une autre par les Japonais, et la zone centrale, sorte de zone tampon. On voit alors la culture intellectuelle et élitiste du Japon s'approprier la culture populaire américaine. On voit des américains qui ne se posent que très peu de questions, qui acceptent avec une facilité déconcertante la suprématie japonaise. Et au beau milieu de tout ça, on trouve un écrivain qui écrit le roman inverse de celui écrit par Philip K. Dick : il imagine un monde où la Seconde Guerre Mondiale aurait été remportée par les Etats-Unis et leurs alliés. Notre monde, quoi.

Cette projection uchronique qui part d'un fait historique marquant dans nos sociétés amène à réfléchir sur ce que nos pays sont devenus une fois libérés du joug nazi. Ce roman est d'une grande richesse. Il renvoie à de nombreux thèmes explorés dans l'oeuvre dickienne. On y retrouve ainsi le "fantôme" de sa sœur jumelle morte en bas âge, à travers l'un des personnages féminins. On y retrouve un monde où les avancées scientifiques sont énormes. On y retrouve un monde qui ne s'inquiète pas outre mesure du totalitarisme ambiant. On y retrouve un livre capable de prédire l'influence de nos choix sur l'avenir. Tout un tas de choses qui amènent le lecteur à s'interroger sur son monde propre.


Lors de ma plongée dans cet univers dickien, j'ai également découvert un court-métrage qui rend hommage à l'auteur. Des scientifiques y ont créé une machine nommée Phil (en référence à l'auteur), à travers les yeux de laquelle on voit les scènes (le film a été conçu pour de la réalité virtuelle, mais on peut également le regarder sur ordinateur). Ce court-métrage interroge la relation de l'homme à la machine. Un robot peut-il remplacer un homme ? Peut-il ressentir les choses ? Bref, encore une fois, cela pose la question de l'avancée scientifique : jusqu'où la science peut-elle aller ?

Enfin, Arte (c'est cette chaîne qui a conçu le documentaire évoqué plus haut et le court-métrage en réalité virtuelle, tous disponibles ici) a également mis au point un jeu vidéo, Californium, qui rend hommage à Philip K. Dick. On y incarne un écrivain raté de SF, qui entrevoit des ouvertures sur un monde parallèle. Bien que le principe du jeu ne m'ait pas totalement convaincue (même si la trame est intéressante, le jeu est répétitif et il faut de la précision et de la patience, ce qui n'est pas mon fort), j'ai trouvé les graphismes superbes ! On se croirait réellement dans un univers de BD. Qui plus est, même en tant que novice de l'univers dickien, j'y ai trouvé des tas de références plus ou moins cachées à l'auteur. Très bel hommage donc !


Bref, ce voyage en terres dickiennes m'a passionnée (j'espère vous avoir donné envie d'y aller, ça vaut le détour). Et ce n'est certainement que le début de belles lectures !

vendredi 31 juillet 2015

Focus sur... Muriel Barbery

Percevoir la beauté du monde dans les moments les plus fugaces, les choses les plus simples, les personnes les plus humbles. C'est le pari lancé par Muriel Barbery dans son deuxième roman, L'élégance du hérisson. Pari réussi, très certainement, à chaque fois qu'un lecteur referme son livre.

Une concierge érudite et une jeune fille surdouée tentent, chacune de leur côté, de saisir ces courts instants où la beauté du monde leur apparaît, et de s'y agripper. Grâce à une écriture à la fois très simple et bien travaillée, on est, dès les premières pages, immergés dans le quotidien des deux protagonistes, et on ressent vite leurs émotions en même temps qu'elles.

Une lecture assez simple, mais qui fait indéniablement passer un bon moment : le roman nous apporte une dose de fraîcheur et de légèreté dans nos vies. Idéal pour l'été, donc !


En revanche, on ne peut pas en dire autant du dernier roman de l'auteur, La vie des elfes. Si, dans L'élégance du hérisson, l'écriture simple concourt à la beauté de l'histoire, dans La vie des elfes, l'écriture est bien trop alambiquée, et elle empêche le lecteur de s'intéresser pleinement à l'intrigue. Intrigue qui, d'ailleurs, n'est pas folichonne. Au bout d'une centaine de pages, on reste encore dans quelque chose de très factuel, avec l'impression que le roman n'a pas encore commencé. Alors on se lasse, on referme le livre, et on passe à autre chose.