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mardi 13 juillet 2021

Ne vous fiez pas aux apparences, Tess Sharpe

 Je ne lis presque pas de romans policiers ou de thrillers, car je suis une lectrice assez impressionnable, et adolescente, il m'est arrivé de cauchemarder des nuits entières suite à des lectures difficiles... Pourtant, je me suis laissée tenter par le nouveau roman de Tess Sharpe, autrice de thrillers, qui a fait une incursion en littérature young-adult avec Ne vous fiez pas aux apparences, publié ce mois-ci chez Nathan

Alors qu'elle allait déposer de l'argent à la banque avec sa petite amie et son ex, Nora est prise dans un braquage à main armée, et déjà, le compte à rebours commence. La tension est palpable dès les premières pages. Une personne, dans cette banque, représente un véritable danger pour les autres, peut-être même pour elle-même. Et on pourrait bien être surpris par sa véritable identité... En effet, on l'apprend vite, Nora n'est pas tout à fait celle qu'elle laisse paraître. Elle a grandi aux côtés d'une mère arnaqueuse en série, qui l'a entraînée, toute jeune, dans ses combines, au risque de lui faire perdre pied psychologiquement. Nora a été bien d'autres filles avant celle qu'elle est aujourd'hui. Toutes ont contribué à faire d'elle une jeune femme affirmée, avec un talent incomparable pour la manipulation. Elle essaie de vivre une vie normale, mais est prête, pour protéger ceux qu'elle aime, à bien des sacrifices. 


Eh bien c'était une excellente découverte que ce thriller haletant. L'autrice en maîtrise parfaitement les codes, et elle prend directement ses lecteurs aux tripes, ne relâchant la pression que dans les toutes dernières pages. La mise en scène et les motivations du braquage semblent plus vraies que nature. Les deux comparses ne semblent pas être là uniquement pour l'argent, mais le mystère plane longtemps sur leur but réel. Leur énervement n'est pas feint, et on sent tout de suite qu'ils sont prêts à tuer leurs otages si nécessaire. Au milieu de tout cela, le profil psychologique complexe de Nora se met en place petit à petit, à l'aide de flashbacks placés aux moment cruciaux du récit, afin de faire durer le suspense. C'est efficace et brillant, une intrigue réellement saisissante. 

Ce n'est pas la seule qualité de ce roman young adult. En effet, dans ce genre littéraire, on demande souvent à voir représentées les différentes minorités, et en tous cas une diversité représentative du monde réel. On sent que l'autrice a eu à cœur de s'atteler à cela. En effet, les personnages principaux présentent déjà des minorités sexuelles. Nora et Iris forment un couple lesbien, et Nora est claire sur le fait qu'elle est bisexuelle, puisque son ex petit-ami Wes accompagne les deux jeunes femmes. Par ailleurs, Iris est atteinte d'endométriose, et cette maladie prend une place importante dans l'intrigue, comme dans sa propre vie. J'ai trouvé vraiment intéressante cette façon de rendre banal quelque chose qui impressionne généralement quand on en parle. Tous les lecteurs peuvent ainsi se retrouver dans un tel roman, et une prise de conscience peut même se faire, sur la question des règles notamment. 

Je suis donc ravie d'avoir pu lire ce roman, qui m'a procuré des émotions fortes, et qui fait partie de ces œuvres nécessaires à mettre entre les mains des jeunes. Si vous avez un adolescent fan de thrillers dans votre entourage, ou bien si ce roman vous tente vous-mêmes, n'hésitez pas, et allez l'acheter en quelques clics à partir de l'image ci-dessous ! 



mardi 26 mai 2020

Focus sur... Karen McManus

Je me rends compte, alors que je m'apprêtais à publier un article sur Se taire ou mourir ?, que je ne vous avais pas parlé du précédent roman de cette autrice : Qui ment ? Il va donc falloir réparer cet oubli avant toute chose ! J'avais découvert Karen McManus avec son premier roman traduit en France, Qui ment ? il y a deux ans déjà. Alors que cinq lycéens sont collés en même temps, l'un d'eux meurt dans des circonstances qui échappent à tous. Les quatre autres, Bronwyn, Nate, Addy et Cooper, sont forcément les suspects tout indiqués. Une enquête commence donc, qui va révéler beaucoup de chacun de ces personnages, et qui va même leur permettre de se révéler à eux-mêmes. 

Ce roman réunissait tous les éléments du page-turner parfait. L'enquête policière qui distille du suspense, et qui nous donne envie d'aller au bout pour connaître le dénouement de cette histoire, en même temps qu'on tremble pour les personnages. Les quatre suspects qui représentent les différents archétypes des lycéens américains : on a l'intello un peu coincée, le délinquant qui touche à la drogue, le sportif, un des meilleurs joueurs de baseball du lycée, et la fille populaire un peu superficielle. Et même si tout cela paraît très caricatural, cela fonctionne parfaitement car non seulement, les jeunes lecteurs s'y retrouvent sans mal, et ces figures emblématiques sont parlantes, mais surtout, si les choses semblent assez figées au départ, chaque personnage connaîtra une belle évolution qui viendra gommer ces archétypes, ou du moins changer notre regard dessus. Enfin, on est servis en histoires d'amour entre les différents personnages, et on savoure avec délectation quelques un des passages où deux personnages se rapprochent timidement pour finalement céder à la passion... Cocktail idéal donc, pour ce roman choral, qu'il m'avait été bien difficile de lâcher avant la fin ! 



Se taire ou mourir ? est paru juste avant le confinement (un des livres qu'il faut penser à soutenir, donc !), et a été une de mes lectures de confinement. Comme le précédent roman, il se dévore, encore un beau page-turner. Ellery et Ezra, deux jumeaux, doivent s'installer à Echo Ridge, où leur mère et sa sœur jumelle ont grandi. Cette ville, ils le savent, a déjà été deux fois par le passé le théâtre de disparitions inexpliquées de jeunes filles. A la fois fascinés et un peu effrayés par cet endroit où ils n'ont encore jamais mis les pieds et que leur mère a longtemps évité, les jumeaux vont tenter tant bien que mal de trouver leur place dans cette petite ville qui cache bien des secrets. On y retrouve les mêmes ingrédients que pour Qui ment ?. Et pourtant, j'ai trouvé que cela fonctionnait moins bien ici. D'abord, parce que les personnages principaux me parlaient moins, je me suis sentie moins proche d'eux et donc pas autant concernée par l'histoire. Peut-être aussi parce que ce deuxième roman m'a donné une sensation de facilité : on prend les mêmes ingrédients, on change le lieu et le crime, et on recommence. Ca m'a paru un peu trop léger par rapport à Qui ment ? Jusqu'à la fin de celui-ci, je ne voyais pas comment l'intrigue pouvait se résoudre. Dans Se taire ou mourir ?  j'ai eu l'intuition du coupable assez vite, et n'ai donc pas été très surprise du dénouement. C'est donc un chouette roman, qui se lit bien et qui saura séduire beaucoup d'adolescents, mais moins bien que le premier à mon avis. 



Un des reproches souvent faits aux romans jeunesse trouve ici une belle réponse : la question de la diversité. On trouve en effet une belle diversité parmi les personnages de Karen McManus, tant de race, de genre, que de sexualité. Cela semble assez représentatif de la diversité réellement présente aux Etats-Unis, où se côtoient des populations de diverses origines, et où, dans le nord du pays du moins, les différentes orientations sexuelles sont plus facilement acceptées qu'en France. Une belle leçon, donc, pour les jeunes lecteurs.

N'hésitez pas à faire découvrir cette autrice à vos adolescents, succès à peu près garanti ! Je vous laisse cliquer sur l'image ci-dessous pour vous procurer un de ces livres (ou les deux !).




mardi 19 mai 2020

Signé Poète X, Elizabeth Acevedos

Ce roman me faisait envie avant même sa parution, lorsque Clémentine Beauvais, sa traductrice, en avait partagé des extraits sur Instagram, et l'un d'entre eux, en particulier, avait attisé ma curiosité. C'était donc une évidence pour moi : je devais lire ce livre. Et effectivement, c'était une lecture formidable. 



"Poète X", c'est Xiomara (prononcer CIO-MA-RA), 15 ans. Souvent regardée, trop, pour un corps qu'elle n'a pas choisi, elle sent bien trop tôt peser sur elle le regard graveleux d'hommes bien plus âgés. Son frère jumeau, Xavier, à l'inverse, se fait discret, trop, et est souvent attaqué pour son attitude peu virile. Dans ce duo, c'est Xiomara qui doit alors jouer des poings, pour faire face à l'adversité pour deux, pour se défendre, elle, et son frère. Cette attitude n'est pas pour plaire à sa mère, qui espérait au contraire qu'elle partage sagement sa ferveur religieuse. Mais le monde de Xiomara n'est que questions et luttes, et Dieu, elle n'est pas bien sûre d'y croire. Quelle place pourra-t-elle trouver pour ce corps trop encombrant qui est le sien, pour sa voix qu'elle veut faire entendre, alors qu'elle aimerait aussi que, pour une fois, on s'occupe d'elle ? 

On pourrait presque croire que ce livre n'a rien d'exceptionnel. C'est un livre sur l'adolescence, qui questionne les valeurs transmises par la famille, l'autorité parentale. C'est un livre sur une adolescente qui chercher à affirmer haut et fort sa personnalité, à sortir du carcan familial. C'est un livre sur l'éveil à l'amour d'une jeune fille, sur un corps trop visible, mais brûlant de désir pour autant. Mais c'est peut-être justement cette simplicité des thèmes abordés qui rend ce livre si spécial. Ces questions, tous les adolescents se les posent, d'une façon ou d'une autre. Elles sont traitées ici avec beaucoup de justesse, et une force incroyable tout à la fois. Des réponses sont proposées, des solutions soufflées. Xiomara se voit offrir une chance de s'exprimer par le slam. Elle trouvera des oreilles attentives là où elle s'y attend le moins. Entre espoir et déceptions, elle fait en sorte d'avoir les meilleures cartes en main pour tirer son épingle du jeu. Clémentine Beauvais le dit très bien en répondant à des questions de lecteurs : c'est un livre qui donne de l'énergie et de la confiance en soi. On ressort de cette lecture le cœur gonflé à bloc. 



Ce roman est exceptionnel aussi, par sa forme : écrit en vers. Ces dernières années, plusieurs romans ont vu le jour sous cette forme, et Clémentine Beauvais y est pour beaucoup. Elle a traduit les romans de Sarah Crossan, écrits en vers, et s'est elle-même prêtée à cet exercice avec Songe à la douceur. Comme beaucoup, je crois, j'éprouvais une certaine réticence à me jeter à l'eau. Je ne lis que peu de poésie, c'est un exercice qui n'est pas naturel pour moi. Et finalement, la lecture de Signé Poète X me donne envie de renouveler l'expérience. On a envie de lire à voix haute, de scander le texte. Les pages s'enchaînent, nous faisant ressentir pleinement les vagues d'émotions qui déferlent sur Xiomara. C'est poignant, on vibre de rage, et on brûle avec elle. 

C'était une formidable expérience de lecture, que je recommande à chacun et chacune, une vraie claque littéraire. Je vous invite tous à lire cette pépite, que vous pouvez acheter en quelques clics en librairie, à partir de l'image ci-dessous. 


mardi 3 septembre 2019

Lectures en bref - Août 2019

Au mois d'août, j'ai surtout lu de la littérature générale, en préparation de la rentrée littéraire notamment. Cependant, j'ai quand même pris le temps de me plonger dans deux romans jeunesse qu'on m'avait prêtés, et dont je voudrais vous parler rapidement par ici. 

The hate U give, Angie Thomas

J'ai enfin pu lire ce roman, dont ma collègue me parlait sans cesse depuis sa sortie, il y a environ un an et demi. J'étais allée voir le film au cinéma en janvier, et c'est vrai que cette histoire m'avait beaucoup touchée, j'étais donc curieuse de savoir si l'émotion serait également au rendez-vous à la lecture. 

On y suit Starr, jeune afro-américaine, qui réside dans un quartier noir, mais va dans un lycée privé "blanc". Elle vit donc entre deux mondes et développe deux facettes de sa personnalité, mais cet équilibre bien calculé va être complètement chamboulé lorsqu'elle va assister, impuissante mais aux premières loges, à la mort de son ami d'enfance, sous les balles d'un policier. 

Ce roman traite d'un sujet d'actualité un peu brûlant, mais avec une justesse implacable. Les différentes options qui s'offrent à Starr (témoigner et défendre l'honneur de son ami, ou faire profil bas afin de mieux se préserver) sont toutes explorées sans jamais porter de jugement. On est dans l'émotion pure, avec une adolescente droite dans ses baskets qui tente de trouver sa place dans un monde à la réalité cruelle. Comme me l'avait dit ma collègue, ce roman se dévore, on est dans l'exemple même du page-turner, avec une plume fluide mais riche, et une émotion maintenue constante qui ne laisse pas indemne. 

Il y a toujours des différences entre un roman et son adaptation. Avec le recul, je trouve le film plutôt bien réalisé et fidèle tant au message du livre qu'à son déroulement. Certaines injustices dépeintes sont encore plus flagrantes dans le roman, cependant. Ainsi, même si vous avez déjà été, comme moi, très émus par le film, vous le serez encore plus par le roman, qui prend littéralement aux tripes. 


Marie et Bronia, Natacha Henry

J'ajoute à ce bilan un autre livre que je devais lire depuis longtemps. Ce roman n'est autre qu'une biographie romancée de Marie Curie et de sa sœur aînée, Bronia, deux jeunes femmes aux destins exceptionnels pour leur temps. 

Marie et Bronia vivent au dix-neuvième siècle en Pologne, où elles mènent une existence rude, mais dont elles parviennent à tirer le meilleur grâce à la volonté de leur père d'en faire des filles éduquées. En effet, il croit dur comme fer que filles et garçons doivent recevoir un enseignement de même qualité, et il transmet ces valeurs d'égalité et d'érudition à ses enfants. Ainsi, devenues femmes, Marie et Bronia n'ont qu'un seul rêve : continuer leurs études afin de devenir médecin pour l'une, et chimiste pour l'autre. Seulement, en Pologne, l'occupant russe ne l'entend pas de cette oreille. Les deux sœurs se font donc la promesse d'aller étudier à la Sorbonne, à Paris, quoi qu'il puisse en coûter. C'est donc ces deux vies hors du commun que Natacha Henry nous raconte ici. 

Si j'ai été facilement happée par le récit de la vie de ces deux femmes, je reste un peu sur ma fin du point de vue de l'écriture. Certes, le roman est destiné à un public jeune, dès 11 ans je pense, mais cela n'empêche pas le style d'être assez plat. Cela s'explique toutefois facilement : l'autrice est essayiste et journaliste avant d'être romancière. Et effectivement, dès les premières pages, on sent que l'on a affaire à un style très journalistique, trop à mon goût. C'est le seul bémol que j'entrevois sur cette lecture, plaisante et instructive malgré tout ! 


Comme d'habitude, si ces deux livres vous intéressent, cliquez sur l'image ci-dessous afin de pouvoir les acheter en ligne ! 


lundi 12 août 2019

Les Puissants, Vic James

Aujourd'hui, ce n'est pas d'un seul livre que je vais vous parler, mais d'une trilogie entière. Il s'agit de la saga Les Puissants, de Vic James, publiée chez Nathan. C'est une série qui a mis du temps à me convaincre, mais je ressors finalement de ces lectures plutôt conquise. Je suis rentrée dans cet univers pendant l'hiver, en écoutant les deux premiers tomes en livres audio, au début sans grande conviction. Et j'ai en fait plutôt accroché, puisqu'au début de l'été, à l'approche de la sortie du tome 3, je me suis procuré les deux premiers tomes pour lire la saga dans son intégralité. 


Ces romans forment une dystopie à l'univers très inventif. Les Puissants, aussi appelés les égaux, ce sont des humains dotés de pouvoirs, notamment de persuasion et de guérison, même si on se rend compte au fur et à mesure qu'il en existe en fait une plus grande variété. Ils occupent les hautes sphères de la société et du pouvoir, et les citoyens "normaux" (sans pouvoirs donc) vivent une vie à peu près normale, à cela près qu'ils sont tous obligés de consacrer dix ans de leur vie à travailler dans des villes d'esclaves. Dès le début, on suit les aventures de la famille Hadley, qui tente de trouver la meilleure solution pour rendre ses années d'esclavage le moins désagréables possible pour leurs enfants. Plutôt qu'une ville d'esclave, ils vont donc choisir de rentrer au service d'une famille d'égaux. Mais tout va mal tourner. Non seulement, le fils aîné, Luke, n'a en fait pas été retenu pour travailler sur ce domaine, et va donc être séparé de sa famille pour être envoyé dans une ville d'esclave réputée pour sa brutalité. Mais surtout, ils vont vite réaliser que leur choix n'est pas aussi sécuritaire que ce qu'ils pensaient de prime abord. Les enfants Hadley vont donc se lancer dans des activités secrètes de rébellion, chacun à leur manière, et c'est tout le système sociétal qui va être remis en question sous leurs yeux. 

Si au début, cela semble être une énième dystopie sans rien de très original, on prend vite conscience de la grande inventivité de l'autrice, et on peut saluer la construction d'un univers maîtrisé, avec des personnages bien campés et une intrigue riche, suffisamment claire cependant pour ne pas s'y perdre. En allant regarder une interview de l'autrice (disponible ici), je me suis rendu compte également de la grande intelligence dont elle a fait preuve, en établissant un parallélisme avec notre société actuelle que, j'avoue, je n'avais pas remarqué, absorbée que j'étais par ma lecture... Je vous laisse écouter l'interview pour avoir les détails. Il y en a un, cependant, qui m'a chiffonnée : un court passage concernant des migrants, qui fait évidemment référence à la crise actuelle des migrants. Si cela prolonge le parallèle de façon évidente, j'ai trouvé ce passage inutile : il n'apporte rien à l'intrigue, et apporte un propos trop politique à mon goût, qui ne trouve pas sa place dans cette trilogie. 

J'aimerais également souligner le final (que je ne dévoilerai pas, bien entendu !) : il est réellement inattendu et très réfléchi, et surtout, il évite une happy end trop évidente qui se serait avérée décevante. Au contraire, on est là sur une fin de trilogie riche en réflexions, et qui vient même en relever la saveur. 


Après cette liste de compliments, je me dois tout de même de noter un gros point noir sur cette trilogie : il s'agit de l'écriture, que j'ai trouvé très pauvre. Le style est plat, et certaines tournures ne sont pas choisies à bon escient. Cela peut certes venir de la traduction, mais je pense qu'une lecture en VO ne m'apporterait pas beaucoup plus de satisfaction sur ce point. 

Malgré tout, cela reste une lecture assez légère tout en étant plus riche que ce qu'on peut croire au premier abord, et je vous conseille vraiment de vous y plonger ! Si vous vous laissez convaincre, cliquez sur l'image ci-dessous ! 


lundi 15 octobre 2018

Gary Cook tome 2 : La voix des étoiles, Romain Quirot et Antoine Jaunin

En débutant cet article, je réalise que je ne vous avais même pas parlé du tome 1 de Gary Cook ! Pourtant c'était un de mes coups de coeur de la fin d'année 2017, il figurait même dans ma sélection de Noël à la librairie ! Mais bon, le manque de temps à cette période, c'est toujours un peu difficile pour le blog... Je vais me rattraper en essayant d'être brève...


Gary Cook vit avec ses amis, Max et Elliott, sous le pont des Oubliés. La terre semble condamnée à disparaître sous les eaux, mais eux ne peuvent rien y faire, et prennent leur mal en patience en profitant tant bien que mal de leur adolescence. Grâce à la petite embarcation qui leur permet de pêcher, ils ont une liberté qui leur est chère. Mais dans cet univers post-apocalyptique, les hommes ne sont pas sans rien tenter pour leur survie. Deucalion III, une navette spatiale, permettrait de s'échapper à la recherche d'une nouvelle planète où recommencer sa vie. Mais seuls les Invisibles, des personnes privilégiées qui n'ont que faire des misérables Oubliés, seraient admis à bord. Pourtant, lorsqu'une course de bateaux permet à un équipage de gagner sa place à bord de la navette, Gary et ses amis tenteront le tout pour le tout. En y accédant, Gary croit également pouvoir retrouver sa mère, disparue alors qu'il était enfant.

J'avais eu un réel coup de cœur pour ce roman, certainement lié au personnage de Gary, un adolescent qui veut en découdre, mais très sensible et donc touchant. J'avais également été bluffée par le procédé d'écriture assez particulier : c'est la première fois que je lisais un roman écrit à quatre mains, et l'exercice est parfaitement maîtrisé ! J'étais donc impatiente de découvrir la suite des aventures de Gary !

C'est désormais chose faite avec La voix des étoiles. J'étais vraiment contente de retrouver Gary, et j'ai dévoré ce roman en deux jours ! Le jeune homme a réussi à monter à bord de Deucalion III, et pourtant rien n'est gagné. Il est toujours du côté des Oubliés, bien plus nombreux qu'il ne pensait, qui ont organisé une ville au sein de la navette. Mais comme toujours, impossible d'entrer en contact avec les Invisibles, et toujours aucune trace de la mère de Gary. Pire encore, il ne sait même pas ce que sont devenus ses amis, alors le voyage s'annonce difficile.


Si j'ai suivi ces aventures avec entrain, comme dans le premier tome, j'ai été moins emballée par ce second tome. Les choses se passent avec un peu plus de lenteur, et il faut attendre la fin pour avoir de réelles informations qui apportent à l'intrigue générale. C'est dommage, mais pour autant je guetterai l'arrivée du tome 3 avec impatience !

 En attendant, vous pouvez vous procurer les deux premiers tomes par ici !

lundi 2 juillet 2018

Les Chroniques de Zi, livre 1 : Phelan - Jean-François Chabas

Bon, je suis un peu en retard dans ma lecture de ce roman, paru en janvier 2018... Mais ça y est, je l'ai enfin lu, et je vous dévoile enfin mon avis !


Avec Les Chroniques de Zi, Jean-François Chabas nous fait plonger dans un monde imaginaire, où on s'immerge sans aucun mal dès les premières pages. Le roman est construit en deux parties totalement distinctes. Au début, on suit une sorcière millénaire, qui met tout en oeuvre pour enlever le prince nouveau né, afin de le manger... Ce personnage de "méchant" qu'est la sorcière est assez particulier : ses motivations sont clairement hostiles, et pourtant en suivant le fil de ses pensées on finit presque par s'attacher à elle, et on en viendrait presque à comprendre ses envies.

La deuxième partie prend le lecteur à contrepied. Alors qu'on attendait d'avoir la suite des aventures de la sorcière et du petit prince, cette partie de l'intrigue est complètement laissée de côté, pour que l'on parte sur quelque chose de complètement différent. On suit deux jeunes villageois en quête d'aventure. Et quand une princesse est enlevée par l'Ogre, leurs voeux se réalisent, voilà enfin le moyen de prouver leur valeur. Même si on est un peu frustrés par ce revirement d'intrigue, on s'attache sans mal à ces nouveaux personnages, deux jeunes hommes dont les chamailleries font facilement sourire.

Ce roman est bien servi par l'écriture de Jean-François Chabas, très agréable, où chaque mot est à sa juste place, sans ornements inutiles. Malgré ce style qui va droit au but, j'ai trouvé quelques faiblesses tout de même dans les dialogues, peu spontanés et naturels.

Si comme moi, après avoir lu ce premier tome, vous êtes impatients de connaître la suite, rassurez-vous tout de suite : vous n'aurez pas à attendre longtemps, puisque le livre 2 doit paraître ce mois-ci ! Alors n'hésitez plus, lancez-vous, et si vous voulez l'acheter c'est par ici !

mercredi 4 janvier 2017

Focus sur... Vincent Villeminot

Pour cet article, je ne vais pas me contenter de vous parler d'un seul livre, mais bel et bien de deux, lus à la suite. Tout d'abord, il y a Le copain de la fille du tueur, roman que Vincent Villeminot a sorti en cet automne 2016, et qui m'avait fait envie lors de mon passage dans plusieurs librairies quand je cherchais du travail. A peu près au même moment, cet auteur jeunesse a également publié Samedi 14 novembre, roman qui, comme son nom le laisse aisément deviner, porte sur les attentats du 13 novembre. Vincent Villeminot a également écrit Les Pluies, qui est sorti récemment lui aussi, mais j'avoue qu'il m'intéressait moins que les deux autres, et que je n'ai pas eu l'occasion de le lire. Puisque j'en suis à évoquer les dernières parutions de cet auteur, je dois également citer le dernier tome de la série U4, intitulé Contagion, qu'il a co-écrit avec les trois autres auteurs de la saga (Carole Trébor, Yves Grevet et Florence Hinckel). Mais je dois vous faire un aveu : je ne me suis pas encore lancée dans cette saga (qui pourtant me fait drôlement envie, depuis le temps que j'en entends parler !)...

Mais revenons-en au Copain de la fille du tueur. Chose intéressante à souligner sur ce roman : je pense qu'il s'adresse plus largement à UN lecteur plutôt qu'à une lectrice, fait assez rare en littérature adolescente : la plupart du temps, soit on est dans quelque chose qui s'adresse plus largement aux filles, soit cela peut toucher les deux sexes à part égale. Mais ici, je pense qu'une fille serait peut-être moins sensible à cette histoire q'un garçon ne pourrait l'être. Et cela, dans un premier temps, parce que le narrateur est un garçon. Charles est le fils d'un poète assez connu en Suisse, et il étudie dans un pensionnat privé pour "gosses de riches". Comment qualifier autrement ce lycée où chaque élève dispose de son propre appartement, se fait porter les repas tous les soirs à domicile, etc ? Qui plus est, cet établissement est très largement fréquenté par des enfants de personnalités célèbres, politiques pour la plupart. A commencer par Touk-E, voisin et bientôt meilleur ami de Charles : il est le fils d'un dictateur africain... En dehors de leur richesse, ces deux adolescents vivent une vie semblable à celle de tout lycéen : l'un est bon élève tandis que l'autre n'aime pas les cours, ils font les quatre cent coups comme tout le monde pourrait aussi le faire, et ils passent le plus clair de leur temps à traîner (et fumer des joints) ensemble. Jusqu'au jour où Selma vient perturber cet équilibre. La jeune fille arrive au lycée au milieu de l'année scolaire, et Charles est loin de lui être indifférent. Bientôt, il ne pense plus qu'à elle, et Touk-E ne fait rien pour attiser cette obsession. Pourtant, il s'agit d'un jeu dangereux, surtout quand on sait que le père de Selma n'est autre qu'un narcotrafiquant mexicain, réputé agressif et dangereux. Et si Selma entre malicieusement dans le jeu de séduction (timide, mais pimenté par Touk-E) de Charles, elle ne s'y abandonne pas totalement, et une partie d'elle résiste, peut-être à cause de la menace de son père ?


Dans Samedi 14 novembre, le narrateur est, là encore, un garçon, mais pour autant, il me semble que l'intrigue peut intéresser tout le monde. Notamment parce qu'on part d'un événement qui nous a tous touchés, petits ou grands, garçons ou filles : les attentats du 13 novembre, à Paris. Le narrateur, B., fêtait son anniversaire en terrasse d'un café, en compagnie de son frère aîné. Et il a vu une Clio s'arrêter devant cette terrasse. Des hommes sortir de cette Clio, des armes dans les mains. Ces armes tirer sans s'arrêter partout où elles pouvaient atteindre des victimes. Et si lui s'en sort avec une simple écorchure au bras, son frère n'a pas cette chance. Il ne se relèvera pas. Le choc psychique est trop important pour B. qui décide alors de quitter l'hôpital sans attendre que quelqu'un vienne le chercher et le prenne sous son aile. Il ne sait pas où aller, alors il monte dans une rame de métro, avec son bras en écharpe et son tee-shirt sali par le sang des autres, de son frère. Dans ce métro, presque vide, il croise un regard qu'il reconnaît. Cet homme était assis à l'arrière de la Clio. S'il n'est pas sorti vider des chargeurs sur des innocents, il est complice des hommes qui l'ont fait. Sans savoir pourquoi ni comment, B. décide alors de le suivre. Comme lui, il s'engouffre dans un train pour Lille. Et le voilà au pied d'un immeuble, à guetter une femme arabe qui rapporte des vêtements à cet homme infâme. Sur un coup de tête, B. devient alors un homme qui prend des otages. La violence, c'est quelque chose de nouveau en lui. Mais en ce jour, il est dévoré par le chagrin, et il veut comprendre, il veut obtenir des réponses, et surtout il veut venger son frère. Il se retrouve donc à braquer un pistolet sur un homme, attaché à un tuyau de radiateur, tandis que la soeur de cet homme, musulmane va se soumettre à ses ordres. Avant la discussion, la violence, l'humiliation. Puis la raison revient. B. force l'homme à avouer ce à quoi il a pris part. Il lit alors sur le visage de la soeur, Layla, un dégoût grandissant : elle réprouve les actes de son frère, elle est véritablement en colère contre lui. Peut-être est-ce cette colère qui sauvera B. et qui l'empêchera d'aller trop loin ? En tous cas, on sent que cela aurait pu déraper dans l'autre sens, aisément.

Ces deux romans de Vincent Villeminot, bien que très différents, sont tous les deux très réussis. Le copain de la fille du tueur est un excellent roman pour les garçons, en cela qu'il décrit une histoire d'amour du point de vue d'un garçon, pour un lecteur garçon. L'auteur ne se contente pas d'une histoire sentimentale comme les filles les aiment. Il ajoute du physique, car l'amour ça passe aussi par cela. Pour autant, on n'est pas dans quelque chose de vulgaire. On se contente d'imaginer avec Charles les formes de Selma dans le petit short moulant qu'elle porte lorsqu'elle va courir. Ce genre de situation malicieuse qui rappelle aux adolescents que l'amour, ça n'est pas uniquement une chose un peu mièvre qui ne préoccupe que les filles. Mais cela est contrebalancé par des moments tendres, qui dit aux garçons que ça n'est pas non plus qu'une affaire de pulsions physiques, que les sentiments, c'est aussi pour eux ! Et puis, comme c'est de garçons adolescents qu'on parle, pour les intéresser pleinement, il y a aussi du foot, et un peu de violence. Vincent Villeminot a donc parfaitement su trouver comment parler à des garçons qui ne veulent pas toujours avouer qu'ils sont eux aussi des êtres sensibles, capables de ressentir autre chose que l'excitation des supporters de foot...


Samedi 14 novembre est un roman très touchant. Forcément, puisque cela parle d'un sujet qui nous laisse à fleur de peau. Il n'apporte pas de réponse, il ouvre simplement des portes à la réflexion. Mais ça n'est pas à mon sens son plus grand atout. Ce dernier réside en fait dans l'écriture et la construction du roman. On est dans une tragédie en cinq actes, même si parfois on oublie cette forme particulière, suffisamment en tous cas pour se laisser porter par l'intrigue. Si le roman est centré sur B., on retrouve aussi, par bribes, les voix d'autres personnages : d'autres victimes, une infirmière, la petite amie de B., et une danseuse, qui était en représentation au moment des attentats. Cet enchevêtrement de voix plus douces permet de rythmer les accès de folie, de violence, puis les réflexions de B., et elles rappellent que les victimes, directes ou non, ont été en réalité très nombreuses. Le roman est accompagné de suggestions de musiques, à écouter en même temps que les différents actes. Je ne suis pas très musique, mais j'avoue que ces choix ont été très judicieux : ils permettent de canaliser les émotions qui affleurent forcément en lisant ce roman,et ils ramènent de la beauté et de l'espoir. Même si c'est aussi le but du roman, ces musiques aident beaucoup.

Vincent Villeminot signe donc ici deux magnifiques romans, suffisamment rares pour mériter qu'on parle d'eux. Qui a dit que qualité et quantité n'étaient pas compatibles ? Il nous démontre ici le contraire...