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mardi 1 septembre 2020

Phalaina, Alice Brière-Haquet

En recevant ce roman, j'ai tout de suite été séduite par les thèmes annoncés : "Angleterre du XIXème, fantastique"... Il n'en fallait pas beaucoup plus pour me convaincre ! Et effectivement, Phalaina m'a beaucoup plu ! 

Le professeur Humphrey, grand naturaliste ami d'un certain Charles Darwin, revient d'un voyage de plusieurs mois, accompagné d'une enfant bien mystérieuse. Alors que le professeur est tué dans un violent accident, cette "petite", ainsi qu'elle sera bien souvent appelée au fil des pages, en réchappe miraculeusement. Un paysan la trouve quelque temps après, et l'héberge le temps d'une nuit, avant de la confier aux soins d'un orphelinat. Le lendemain, la femme du paysan est sauvagement abattue. Cette enfant muette, à la peau si pâle et aux étonnants yeux rouges connaît alors l'existence difficile d'une orpheline dans l'Angleterre victorienne. A mesure qu'elle grandit, d'autres meurtres d'une rare violence viennent jalonner son chemin. Simple coïncidence, ou bien existe-t-il un lien ? 



Dès le début du roman, on est plongés dans une atmosphère inquiétante, où l'horreur le dispute au mystère. En fait, c'est à l'avenant de la couverture : ce roman est d'une beauté sombre, où la monstruosité en devient fascinante. Une véritable tension s'installe dès les premières pages, les identités des personnages et leurs motivations secrètes ne se révélant que très progressivement. Le suspense est entretenu grâce aux lettres du défunt professeur Humphrey, qui viennent éclairer peu à peu la situation, en même temps qu'elles donnent à réfléchir à l'intelligence animale. Ce roman a quelque chose de jubilatoire, qu'un tout point noir vient tout de même fragiliser selon moi. La "petite" se fera, au cours de ses péripéties, aider par un chien, dont la voix est donnée à entendre. Le ton railleur et le langage familier de ce chien, certainement censé apporter une touche de légèreté et d'humour, vient briser l'atmosphère mystérieuse qui plane sur ce livre, et il y perd de sa beauté. 

Malgré ce petit bémol, ce roman reste une belle réussite, le premier roman de cette rentrée littéraire que j'ai adoré dévorer ! Destiné aux grands ados, il n'est cependant pas à mettre entre toutes les mains, vue la violence de certaines scènes. Mais s'il vous fait envie, n'hésitez pas une seule seconde, foncez l'acheter, en cliquant sur l'image ci-dessous !


lundi 13 avril 2020

Déroute sauvage, Guillaume Guéraud

Aujourd'hui, un court roman, mais dont j'avais très envie de vous parler. Guillaume Guéraud est un auteur dont ma collègue me vante à peu près chaque roman, en me disant que c'est à la fois terrible et génial. Après m'y être enfin mise et avoir lu Déroute sauvage, je ne peux que confirmer. 

Alors qu'une classe de 4ème est en route pour un voyage scolaire en Espagne, un terrible accident de car survient, en plein dans les Pyrénées, non loin de la frontière espagnole. Impacts violents, tôle déchirée, corps malmenés, tout y est. Le car dévale la pente dans la forêt, un véritable cauchemar pour ses passagers. Les quelques survivants, croyant avoir échappé au pire, tentent de s'organiser, rejoindre la route, prévenir les secours. Forcément, ils n'ont pas de réseau. Et l'un d'eux semble divaguer, jurant qu'il a entendu un coup de feu avant l'impact du car, et que leur accident n'en est peut-être pas un. L'hypothèse est glaçante et personne ne veut y croire. C'est alors qu'un rire dément retentit dans l'obscurité des arbres. Et finalement, les survivants pourraient bien regretter de n'être pas morts dans l'accident...


Ce petit roman d'horreur est glaçant à souhait. Ce n'est pas habituellement mon genre de prédilection, et pourtant cette lecture était remarquable. Le suspense est insoutenable, la terreur glacée des personnages se transmet aisément au lecteur, on frissonne tellement qu'il est presque impossible de ne pas lire cette centaine de pages d'une seule traite. Et même si l'intérêt principal de ce texte est son aspect horrifique, on est obligés de souligner à quel point il est génialement construit. Entre les chapitres, s'intercalent des extraits de la vie scolaire de cette classe : bulletins de notes, mots de liaison, appréciations... Tout cela permet de se familiariser un peu mieux avec les quelques personnages que l'on suit à travers leur fuite éperdue dans la forêt. Et, assez tragiquement, de s'attacher un temps à des personnages dont la mort est à peu près certaine.

Ce roman ressemble à ces films d'horreur où l'on verse du sang pour le simple plaisir (si tant est que c'en soit un) de voir de l'hémoglobine. C'est de la violence gratuite (quoique, on peut y voir une analyse de ce moment ténu où des personnes censées peuvent basculer dans la violence et la folie), mais c'est pour ça qu'on aime ce texte. Rendre toute cette violence aussi jouissive, il faut le dire : c'est magistral. J'en ai encore des frissons rien qu'à me remémorer ma lecture. 

Attention : ce texte n'est pas à mettre entre toutes les mains ! Âmes sensibles s'abstenir. Mais si vous avez dans votre entourage un ado peu enclin à lire, mais qui aime les films ou jeux vidéos bien gores, alors mettez-lui ce livre dans les mains. 

Pour vous le procurer (en numérique pour le moment, en attendant la réouverture des librairies), c'est sur l'image ci-dessous. 


dimanche 25 août 2019

Trilogie écossaise, Peter May

Il y a presque un an, je m'étais plongée dans le premier tome de la Trilogie écossaise, de Peter May, L'île des chasseurs d'oiseaux. Ayant emprunté les deux autres tomes à la médiathèque de mon village, j'ai enfin pris le temps de les lire cet été. Je n'ai pas voulu rédiger une chronique pour chacun des deux derniers tomes, je viens donc vous parler plus globalement des deux réunis. 

J'étais bien contente de retrouver les personnages en me plongeant dans L'Homme de Lewis. En effet, j'avais laissé Fin, Marsaili et Fionnlagh en sachant qu'il y aurait certainement encore beaucoup à dire sur leurs liens après L'île des chasseurs d'oiseaux. C'est une des réussites de cette trilogie : on s'attache facilement à ces personnages, et leur histoire si particulière fait qu'on a réellement envie de savoir où le destin va les mener. Le plaisir était grand aussi, de retrouver les paysages des Hébrides, qui pourraient d'ailleurs constituer un personnage à part entière, tant leur caractère si particulier est important pour l'histoire. En tous cas, les Hébrides sont toujours aussi bien croquées, on a la sensation en sortant de ces lectures de s'y être réellement rendus pour une parenthèse magique. 


J'ai beaucoup apprécié le tome 2, L'Homme de Lewis, qui s'attarde sur le passé du père de Marsaili, lui-même au centre d'une enquête alors qu'il commence à être atteint de troubles de la mémoire. Le lien entre passé et présent est bien mené, avec la dose de mystère nécessaire tout en rendant les choses suffisamment claires au lecteur. Le suspense et la tension dramatique sont présents, et même si j'avais deviné le dénouement de l'enquête, cela ne m'a en rien gâché la fin, pleine d'inattendu. 

En revanche, j'ai été déçue par le tome 3, Le braconnier du lac perdu. Encore une fois, Peter May joue avec les différentes temporalités : le présent, au moment de l'enquête, et le passé de Fin et ses amis, qui permet de mieux saisir le personnage. Cependant, il a ici rajouté une ligne de temps supplémentaire en incluant des chapitres avec le point de vue de Whistler, un ami d'enfance de Fin, qui se déroulent quelques jours avant les faits qui font l'objet de l'enquête. J'ai eu la sensation qu'on se perdait un peu trop avec cette troisième temporalité. En plus de cela, les chapitres sont très courts, donc on a l'impression qu'aucune des lignes de l'intrigue n'avance, et la lecture a été un peu trop longue pour moi. Dommage de finir cette belle trilogie sur une déception, peut-être était-ce le tome en trop ! Cela d'autant plus qu'il n'apporte pas grand chose au destin des personnages principaux. 

Malgré tout, c'est une trilogie avec laquelle j'ai passé de très bons moments de lecture, et je ne peux que vous la conseiller ! Alors si vous souhaitez vous y lancer, n'hésitez pas à cliquer sur l'image ci-dessous. 

 Acheter ce livre

lundi 4 mars 2019

Délit de gosse, Isabel Ascencio

Jeanne et Marie s'aiment, depuis le jour de leur rencontre, qui était comme une évidence. C'est d'ailleurs tellement une évidence entre elles, que l'heure est venue de fonder une famille. Seulement voilà, Jeanne vient d'une famille très classique, pour qui le mariage et la famille sont les valeurs centrales. Alors pour elle, hors de question par la science. Pour faire un enfant, il faut avoir une relation sexuelle avec un homme, et c'est ce qu'elle va donc tenter de provoquer, malgré son manque d'attirance évident pour le sexe opposé. 

L'invitation au mariage du frère de Jeanne tombe alors à pic : ce sera pour elle l'occasion de faire un petit jeu de séduction auprès de son ex-fiancé, afin de faire, selon son expression, un "braquage de gamètes". Car Jeanne est une jeune réalisatrice qui est fascinée pour les westerns. Elle va donc préparer l'événement avec la même minutie que si c'était un film. 

C'est Marie, la compagne de Jeanne, qui nous raconte cette histoire un peu folle. Au début, c'est vraiment la décision de Jeanne que de faire les choses de cette manière. Marie se laisse embarquer petit à petit dans cette aventure, et elle met donc une distance nécessaire dans son ton de narratrice. Cette distance, alliée au côté très cinématographique de l'écriture, apporte beaucoup d'humour au texte. Et cet humour, mine de rien, apporte une petite réflexion sur tous les enjeux de cette histoire. 


C'est donc une lecture qui fait sortir de sa zone de confort, sans aucun doute. Je ne serai certainement pas allée vers ce titre sans la Masse Critique.  Et c'est donc un très belle surprise que ce livre, qui m'a réellement fait passer un bon moment ! 

vendredi 16 juin 2017

Génération K, Marine Carteron

A Noël, ma collègue du rayon jeunesse m'avait parlé de cette série de romans jeunesse : Génération K de Marine Carteron. J'ai mis du temps à me lancer, mais ça y est, je l'ai lue ! Et du coup j'ai enchaîné les deux premiers tomes (et j'attends le troisième, qui doit sortir en octobre si j'ai bien compris ^^). Quoiqu'il en soit, j'ai fait là une belle découverte, tant pour la série que pour l'auteure. Elle s'était déjà fait connaître avec une trilogie précédente : Les Autodafeurs. Par manque de temps, je n'avais pas lu cette série, mais elle m'avait déjà beaucoup tentée, et elle me tente encore plus maintenant que je connais le talent de son auteur !

Mais Génération K est bien différent des Autodafeurs. Dès le début, les choses paraissent très mystérieuses. Au premier chapitre, on suit un groupe de gens du voyage, mais on n'en apprend que très peu sur eux, si ce n'est qu'ils sont attachés à un "Maître", et que deux femmes parmi eux ont des capacités d'écoute très développées (la plus jeune, en tous cas, est appelée "Celle qui écoute"), mais on ne sait pour le moment rien de plus. Ensuite, les choses s'enchaînent, et nous suivons désormais une femme, visiblement sur le point de jumeaux, mais menacée par un groupe nommé "les enfants d'Enoch". Mais là encore, nous n'en saurons pas plus pour le moment. Et là également, l'étrange s'installe : cette femme sent ses bébés lui parler, et la guider. Et enfin, dans le troisième chapitre, on est propulsés une vingtaine d'années plus tard. On retrouve d'abord deux jeunes gens, Georges et Kassandre. Georges est un orphelin, qui a fini en prison. Kassandre est la fille d'un couple suisse richissime et au summum du chic, persuadé de sa supériorité sur le reste du monde. Mais Kassandre ne partage absolument pas cette opinion : elle est fan de musique metal, et cherche à se rebeller à tous points de vue, tant dans son look provocateur, que dans ses réactions au standing de ses parents. Ces deux ados, en plus de leurs côté rebelle, ont quelque chose en eux d'encore plus sombre. Georges a comme une bête dans son cerveau, qu'il peut lâcher sur les gens qui l'embêtent. Quant à Kassandre, elle peut sentir battre les coeurs des personnes qui l'entourent.



Après avoir planté ce décor, plein de mystères, l'auteure ne s'empresse pas de nous en apprendre plus. Un moyen est offert à Georges de retrouver son père, de savoir d'où il vient, tandis que Kassandre semble être recherchée pour quelque chose contenu dans son sang. En fait, on comprend assez vite que l'un comme l'autre sont recherchés pour la même chose. On finit par apprendre que ces deux jeunes sont des "Génophores" : leur code génétique contient une particularité qui les rend précieux. Mais ils ne sont pas seuls, car Mina, qui se trouve être la meilleure amie de Kassandre, est également traquée pour la même raison, et elle possède elle aussi un pouvoir étrange. Finalement, Georges et Kassandre vont atterrir chez un groupe de personnes censées les sauver des fameux enfants d'Enoch. Mais là encore, tout n'est pas clair. On comprend que plusieurs groupes veulent indiquer à ces jeunes quelle semble être la conduite à tenir, mais le malaise demeure pour le lecteur. Aucune de ces solutions ne semble être "bonne".

Le suspense est donc présent tout le long des deux premiers tomes de cette saga : on ne sait jamais jusqu'où tout ça va aller, ni à quoi cela va aboutir. Et cette impression de malaise nous tient également, et tout cela fait qu'il est bien difficile d'arrêter sa lecture. Un des gros atouts de cette série, c'est l'immense culture scientifique dont fait preuve l'auteure. En effet, sur toute la partie de manipulations génétiques, elle semble s'être énormément documentée. Au début du tome 2, on retrouve également une présentation rapide des différentes ères du vivant sur notre planète, là encore, bien détaillée et renseignée. Même si on est dans une saga de science-fiction, un genre qui ne plait pas forcément à tout le monde, cet aspect inscrit très bien la série dans un réel presque plausible, et cela crée une réflexion sur le cours de l'histoire du monde. En revanche, un point m'a un peu gênée : ce sont les descriptions d'attaques, ou bien celles des pouvoirs des jeunes Génophores. Il y a des scènes très peu ragoutantes, voire réellement difficiles. J'ai un peu frissonné de dégoût à la lecture de certains passages plutôt gores. Attention donc, âmes sensibles, s'abstenir ! Mais pour les autres, foncez ! Cette série vaut le détour !

mercredi 19 octobre 2016

L'administrateur provisoire, Alexandre Seurat

J'ai reçu ce roman grâce à l'opération Masse Critique de Babelio (merci !), et j'en étais très contente ! Alexandre Seurat est un auteur que j'avais découvert à la rentrée littéraire dernière, grâce à son premier roman, La Maladroite. Je ne l'avais pas lu, mais j'en avais beaucoup entendu parler, en bien, évidemment ! Alors quand j'ai été au courant de la sortie de son deuxième roman, L'administrateur provisoire, j'avais très envie de le lire, d'autant que celui-ci porte sur la Seconde Guerre Mondiale, une période historique à laquelle je m'intéresse beaucoup !


Plus précisément, dans ce roman, on suit un jeune homme (dont on ne connaît pas le prénom d'ailleurs) qui apprend que son arrière grand-père a été administrateur provisoire pendant la guerre. C'est-à-dire qu'il était chargé de confisquer aux familles juives leurs biens, et notamment les commerces tenus par des Juifs. L'oncle du narrateur lui apprend cela en précisant qu'il l'a fait car son fils avait été capturé par la police allemande, et cette collaboration était donc un moyen de le faire libérer. Seulement, en consultant les archives, le jeune homme se rend compte que le fils a été libéré en 1941, tandis que le père a continué à exercer cette activité d'administrateur provisoire jusqu'en 1943. Sans doute y a-t-il pris un peu trop goût...

Le narrateur se lance donc dans une quête de documentation sur ce tabou familial, très préoccupé sur le passif collaborationniste de sa famille. Dans cette quête, il s'intéresse de plus près aux destins de certains juifs dépossédés par son grand-père, et suit leur trace dans les Archives, ainsi que dans des musées.

Cette enquête est lourde de sens, et cela se ressent pleinement dans l'écriture, notamment par son aspect quelque peu impersonnel. Comme je le disais, on ne connaît pas le nom du narrateur, et cela rappelle au lecteur que la collaboration a pu s'insinuer un peu partout en France, pendant l'Occupation. Et même si le jeune homme rêve d'un procès imaginaire de son arrière-grand-père, dont les scènes sont intercalées entre celles de l'enquête, ce manque de précision empêche le lecteur de porter un jugement sur cette histoire familiale sombre.

J'ai beaucoup apprécié cette écriture, dont on sent qu'elle a été très travaillée, apportant une maîtrise incroyable. Dès les première lignes, on ne peut être qu'admiratifs devant ce rythme si haletant, qui laisse à présager d'un talent monstre...

Parfois, dans un grondement lointain, un halo blanc passe à travers la fenêtre, et projette la silhouette mouvante des croisillons contre les murs, les meubles, l'ombre circule très vite, puis s'efface, furtive. Sur le bureau sont apparus une grosse loupe, des poinçons, des ciseaux. Un atelier. Il y a des étagères, pleines d'objets en vrac, une armoire, des cartons entassés dans un coin. D'une autre pièce, dans le noir, montent de longues respirations, sourdes, régulières : un grand lit au centre, et deux lits plus petits contre le mur du fond, les silhouettes des corps plongés dans le sommeil. 

En espérant que ces quelques lignes vous donneront envie de lire la suite... ;)