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jeudi 2 septembre 2021

Vaisseau d'Arcane tome 1, Adrien Tomas

Adrien Tomas, c'est un jeune auteur dont j'ai déjà parlé plusieurs fois par ici, et dont j'entends de plus en plus souvent parler sur Instagram (notamment grâce à Benjamin @lesmotsmagiques !). En fait, vu le nombre de livres de cet auteur dans ma bibliothèque, et le nombre d'articles sur ce blog qui en parlent, je pense même pouvoir dire que c'est un de mes auteurs préférés ! Tendance qui se confirme avec ce roman SFFF pour adulte (jusque là je n'avais lu que ses romans jeunesse) : Vaisseau d'Arcane, tome 1, paru en 2020 mais lu seulement cet été. 

On m'avait beaucoup parlé de ce roman à l'univers steampunk, et je crois que c'était ce qui m'avait poussée à le lire. J'ai également appris en débutant ma lecture que ce roman se situait d'ailleurs dans le même univers que Engrenages et sortilèges ainsi que Dragons et mécanismes, que j'avais tous deux adorés, simplement, nous changeons ici de zone géographique (comme c'est d'ailleurs entre les deux précédents romans). J'aime beaucoup cette façon qu'a l'auteur de créer des ponts entre ces différents livres, et l'intelligence qui en découle pour la construction de son monde. En effet, pour construire un monde fictif cohérent et solide, quoi de plus judicieux que d'y situer plusieurs de ses ouvrages ? Ainsi, les règles se peaufinent au fil des romans, et à force de tisser des liens, le lecteur lui-même y voit plus clair dans chacun de ces univers. Cette intelligence au service de la création du monde, je l'avais soulignée pour Dragons et mécanismes, et le travail est aussi brillamment effectué ici. Cet univers qui, d'abord semble assez banal, se complexifie peu à peu par les événements et manigances politiques, ainsi que par la riche diversité des peuples rencontrés. Ainsi, dans ce roman, vous croiserez des poissons abysséens, civilisation bien plus intelligente que les humains, qui a mis en place un système de scaphandre imposant afin d'évoluer à la surface, parmi les hommes. Ces créatures m'ont fait sourire plus qu'autre chose, sourire devant l'ingéniosité de leur présence : les placer dans les sphères politiques d'un roman steampunk, il fallait y penser ! même si on verra à la lecture du roman qu'elles méritent bien plus de crédit qu'un simple sourire... Mais ce qui m'a fascinée ici, ce sont les Orcs. Ces créatures, on a l'habitude de les voir grimées en monstres sanguinaires, brutes bêtes et méchantes. Ici, nous les côtoyons de près, et découvrons un peuple d'origine végétale, avec une grande intelligence de la nature et de ses forces, qui a beaucoup à apprendre aux humains. En fait, dans ce roman, c'est peut-être finalement l'humain, la créature la plus stupide et instinctive... 

Les humains de cette histoire, venons-y justement. Dès le début, nous suivons le périple de Sof, jeune infirmière, et son frère Solal, en fuite. Le jeune homme a été victime de l'Arcane, cette force magique qui perturbe la vie des hommes, et qui parfois, sous la forme d'un éclair qui réduit un être à la simplicité d'esprit, tombe sur eux. Sof est pourtant persuadée que l'esprit de son frère est toujours là, présent, atteignable. Elle s'enfuit donc avec lui, afin qu'il échappe aux autorités qui transforment les "vaisseaux de l'Arcane" en ouvriers obéissant aveuglément aux ordres simples. Leur parcours sera, on s'en doute, semé d'embûches, mais aussi de rencontres, qui changent leurs perspectives du tout au tout. Nous croisons aussi Nym, jeune assassin de haut niveau, et tout un cénacle d'êtres à la violence tout aussi efficace que la sienne, qui agissent dans l'ombre, avec l'aval des personnalités de pouvoir. Et Gabba Do, ambassadeur abysséen, qui, de se son scaphandre, a beaucoup à découvrir sur les règles qui régissent le monde de la surface. Cette galerie de personnages est très riche, trop peut-être ? Je me suis beaucoup attachée, d'emblée, à Sof, Solal et Nym, mais je regrette presque de les avoir trop peu vus. Notamment Sof et Solal qui, à la lecture du résumé et des premières pages semblent être les deux personnages principaux, et qui pourtant, dans la deuxième moitié du roman, se laissent porter sans but précis annoncé. Cette trop grande variété de personnages est, pour moi, le seul point noir de ce roman, qui n'empêche en aucun cas de le rendre fascinant ! 

C'est donc un coup de coeur pour cette lecture, et j'attends impatiemment le second tome qui, je l'espère, répondra à certaines de mes attentes, et aux nombreuses interrogations soulevées à la fin de cet opus ! Si vous souhaitez à votre tour vous plonger dans ce riche univers, vous pouvez vous procurer le tome 1 en cliquant sur l'image ci-dessous ! 



mardi 27 avril 2021

After®, Auriane Velten

 Il y a quelque temps, nous avons reçu à la librairie un catalogue présentant plusieurs publications des maisons d'édition Les moutons électriques, Mnemos et Actusf, regroupées sous le collectif Les indés de l'imaginaire. Ce prospectus présentait leurs sorties prochaines autour d'un même thème, l'utopie. Devant leurs publications si belles qui nous tentent souvent, ma collègue libraire et moi leur avons envoyé un mail pour demander à recevoir des ouvrages en service de presse afin de mieux les défendre en rayon. Le premier titre que j'ai reçu était ce premier roman, After®, d'Auriane Veltein. Et c'était une très belle découverte, vers laquelle je ne serais pas allée sans ce partenariat. 

Déjà, le post-apocalyptique, je crois que c'est mon genre préféré dans le domaine SFFF, alors forcément, ce roman partait pour me plaire. Un peu comme dans La route, de Cormac McCarthy, l'univers post-apocalyptique dans lequel nos personnages évoluent ne se dévoile que peu, par facettes, au fur et à mesure de leur utilité dans l'intrigue. After® se déroule après un cataclysme, longtemps après, nous le devinons, mais à vrai dire nous n'en savons pas beaucoup plus. Le mystère est laissé aussi sur le lieu des événements, du moins au début, puisque ce n'est pas ce qui importe. De même, si vous cherchez un roman de science-fiction plein d'action et de rebondissements, passez votre chemin. Le rythme de ce roman est lent, comme une invitation à la réflexion plus qu'à l'aventure. C'est ce qui me séduit dans cette catégorie de la littérature SFFF : ce sont des romans qui, souvent, se laissent deviner, et donnent la part belle au lecteur dans la construction de son expérience de lecture. 


Dans ce roman, nous sommes plongés au cœur d'une société où la survie semble se dérouler, finalement, sans accroc et en parfaite harmonie. Le Dogme régit cette société, qui impose de réfréner ses émotions et pensées négatives, d'accorder toujours de l'importance à l'autre, la même importance à chacun, pour vivre en parfaite égalité et humilité. Cela semble se dérouler avec une facilité déconcertante, sauf pour Cami, doté d'une grande curiosité, dont la soif ne demande qu'à être étanchée. C'est d'ailleurs vers Cami que l'on se tourne pour envoyer une mission dans les terres renoncées, cette zone abandonnée lors du cataclysme, à la recherche d'indices concernant le passé de l'humanité (notre présent, donc). Paule l'accompagne, qui se conforme en tous points au Dogme, et pourra donc juger des informations qu'il convient de rapporter au groupe, et celles qui devraient demeurer cachées. 

C'est un roman plein de réflexion philosophique que nous offre ici Auriane Velten, et surprenant sur bien des points. D'abord, l'autrice a pris le parti d'écrire ce roman en écriture inclusive, du moins une forme bien à elle. Dans les premières pages, elle se débrouille pour esquiver les pronoms et autres mots genrés, si bien qu'on ne découvre ce point qu'au bout de quelques pages, une fois qu'on est déjà rentrés dans le roman et que cette découverte ne nous fera pas faire demi-tour. J'ai admiré à cette occasion le travail d'écriture, d'une grande ingéniosité, et très finement orchestré. Bien sûr, il y a des lecteurs que cette écriture inclusive va déstabiliser, peut-être certains seront rebutés. Pourtant, ici, cela sert parfaitement l'intrigue, et nous amène à la première révélation de taille, qui donne tant d'impact à ce roman. Les recherches de Cami et Paule amèneront d'autres révélations tout aussi importantes, qui nous permettront de mieux situer les lieux et enjeux de l'intrigue. A partir de là, l'autrice opère un jeu subtil entre des informations et repères qui sont connues de nous, lecteurs, mais que l'humanité de ce roman découvre et apprivoise, grâce à la mission d'exploration de Cami et Paule. Cette construction est parfaitement maîtrisée, et nous amène à prendre un recul salvateur sur le monde tel que nous le connaissons, tout autant que sur celui présenté dans le roman. 

J'ai beaucoup aimé ce court roman, mêlant science-fiction et philosophie. Il offre des réflexions intéressantes, et surtout, révèle chez cette jeune autrice des qualités d'écriture indéniables. Elle frappe fort avec ce premier roman, qui m'encourage à continuer mon exploration des catalogues des Indés de l'imaginaire. Cette lecture sort des sentiers battus, de ce que j'ai l'habitude de présenter par ici, mais je vous encourage à ne pas passer à côté sous prétexte que "la science-fiction, ce n'est pas pour moi". C'est fait avec beaucoup d'intelligence, et vous serez surpris d'y trouver des qualités qui manquent parfois aux romans plus classiques que vous connaissez. Si vous êtes convaincus, vous pouvez vous le procurer en quelques clics à partir de l'image ci-dessous.