Après avoir lu (et adoré !) Le voile de Téhéran, dont je vous ai parlé la dernière fois... j'ai eu la chance de recevoir La voix cachée, le nouveau de roman de Parinoush Saniee, grâce à l'opération Masse Critique de Babelio !
Alors déjà, comme je vous l'avais dit ici, j'avais beaucoup aimé Le voile de Téhéran. Mais ce nouveau roman, est encore plus réussi, à mes yeux ! Cette fois, le personnage principal est un petit garçon : Shahaab, 4 ans. Et à quatre ans, il ne parle toujours pas. Cela inquiète grandement sa famille : ses cousins, son oncle et sa tante, et surtout son père, sont persuadés qu'il est débile. Sa mère est plus patiente, mais, poussée à bout par les autres qui insistent sur le retard mental de l'enfant, est tout de même très inquiète. En réalité, Shahaab sait parfaitement parler. Simplement, c'est un petit garçon très timide, et les pressions exercées par son entourage ne l'aident en rien à déjouer cette timidité. Pire encore, en jouant de sa prétendue débilité, son cousin le met très en colère, et Shahaab s'enferme encore plus dans son mutisme. Dans le même moment, il s'invente deux amis imaginaires, dont l'un est très rancunier, et parfois violent. Ainsi, vexé par une parole de sa grand-mêre, son ami imaginaire va le pousser à faire glisser une brique sur sa tête, depuis le toit. Quand on se moque de lui, donc, Shahaab devient un garçon violent. Malheureusement, la plupart du temps, sa maman pense que ces actes de violence sont gratuits, puisque le petit garçon est incapable de prendre la parole pour expliquer ses réactions.
Plus on pénètre au coeur du quotidien de cet enfant, et mieux on comprend ce mutisme. Ce qui apparaît assez vite, dans la vie de Shahaab, c'est le manque d'amour. Des marques d'affection, son père et sa mère n'en échangent jamais : lui rentre toujours fatigué et énervé du travail, et elle a en horreur les corvées domestiques dont elle doit s'acquitter. Mais surtout, on ne lui manifeste que très peu d'amour. Toute la fierté de son père va à son frère aîné, brillant à l'école, que son père pousse presque au surmenage tellement il veut compenser la soi-disant débilité du second. Toute l'attention de sa mère va principalement à sa petite soeur, qui à l'inverse de lui, est très bavarde et très démonstrative. Pire encore, on se rend compte que, à compter du jour où sa petite soeur est arrivée à la maison, et que son père a réservé les quelques marques de tendresse qu'il était capable de distiller à ce petit être, Shahaab a décidé de rentrer en guerre contre son père (qu'il ne considère d'ailleurs même pas comme son propre père !
C'est donc à force d'amour que Shahaab va s'ouvrir aux autres. D'abord celui de sa mère, puisque le premier mot qu'il prononce sera pour elle. Malheureusement, tout à sa fierté, elle est allée le raconter à tout son entourage, qui a recommencé à faire pression sur Shahaab. Mais surtout, c'est sa grand-mère maternelle qui, en s'installant pour quelques temps sous le même toit que son petit-fils, va l'aimer inconditionnellement, et le laisser avancer à son rythme.
Contrairement à son roman précédent, Parinoush Saniee ne parle pas tant de la société iranienne et des pressions qui peuvent s'y exercer envers ses membres les plus fragiles. En effet, l'histoire de ce petit garçon en manque d'amour s'adresse à tout le monde. C'est une vraie leçon de vie et d'humanité qui nous est donnée ici. Un message à tous les parents, très simple : aimez vos enfants, ne les poussez pas au-delà de leurs capacités ! Et même sans être maman, ce roman tout en tendresse m'a beaucoup touchée. Le fait d'entendre la voix de Shahaab nous raconter l'histoire, la plupart du temps, donne à ce roman toute sa beauté et sa finesse.
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mercredi 1 mars 2017
lundi 27 février 2017
Le voile de Téhéran, Parinoush Saniee
J'ai découvert ce beau roman grâce au Prix Littéraire des Chroniqueurs Web, et j'avoue que je n'ai pas été mécontente du voyage, loin de là !
Un voyage, à coup sûr. Avec Le voile de Téhéran, on part tout droit au coeur de la société iranienne. Une société aux règles strictes, dont la narratrice, Massoumeh, va être victime. Massoumeh est une jeune fille intelligente, dont le plus grand rêve est de poursuivre ses études le plus loin possible, et d'obtenir un diplôme d'études supérieures. En dehors de cette ambition, alors peu accessible aux femmes, elle se plie volontiers aux règles érigées par la société et par sa propre famille, même si elle n'en comprend pas toujours le fondement. Mais malgré cette obéissance aux règles, elle se montre très perspicace quant à ce qui est de ses frères. Elle ne comprend pas la piété presque fanatique de son frère aîné, et ne cesse de mettre ses parents en garde contre la débauche dans laquelle leur deuxième né sombre peu à peu. Pourtant, dans l'Iran des années 60, ce sont les garçons qu'on écoute, et certainement pas les filles. Aussi, lorsqu'elle tombe amoureuse du jeune pharmacien du coin, que sa famille ne connaît pas, il suffira de quelques mots échangés avec lui pour que ses frères crient haut et fort qu'elle a sali l'honneur de sa famille. Pour racheter cet honneur, on décide alors de la marier. A 17 ans, la voilà donc mariée à un homme qu'elle ne connaît pas.
Voilà donc un autre pan de la vie de Massoumeh qui s'ouvre, bien différent de son enfance. En effet, son mari, loin d'être une brute qui ne jure que par les règles établies aveuglément par la société iranienne, s'avère être un homme plutôt doux, qui n'a que faire du mariage, et surtout, qui est un révolutionnaire. Très vite, donc, il lui dit qu'elle peut agir à sa guise, qu'elle est libre de reprendre ses études si c'est ce qu'elle souhaite. Cette vie s'annonce donc finalement très belle pour la jeune Massoumeh. Certes, il y a un devoir conjugal à accomplir, mais cela ne semble pas être trop difficile au vu de la gentillesse de son mari.
Cependant, très vite, Massoumeh va s'apercevoir qu'être mariée à un révolutionnaire n'est pas si reposant que ça. Chaque fois que son mari s'absente sans la prévenir, elle craint pour sa vie. Et lorsqu'elle aura des enfants, elle craindra chaque jour pour la sécurité de son foyer. Quand son mari sera emprisonné, la responsabilité morale et financière de sa famille retombera sur ses seules épaules. C'est donc une vie bien mouvementée qui attend Massoumeh, et qui est décrite dans ce roman. Si la jeune femme saura connaître le bonheur, elle rencontrera aussi bien des épreuves.
C'est donc un très beau roman que celui écrit par Parinoush Saniee. Il éveille les consciences, nous fait réaliser que nos vies sont bien faciles comparées à celles vécues dans des pays tels que l'Iran. Pour autant, ce roman est loin d'être un manifeste à visée politique ou sociale. Bien au contraire, l'émotion contenue dans cette histoire est très justement distillée, et en tant que lecteurs, on vibre pour Massoumeh, on tremble avec elle dans les moments les plus durs, et on ne peut que se réjouir lorsque sa vie semble prendre un tournant plus agréable. Ce roman fait preuve d'une belle maîtrise : on ne tombe jamais dans le mélodrame, tout est parfaitement dosé. Le seul reproche que j'aurais à faire, c'est peut-être le côté répétitif du roman. Finalement, Massoumeh connaît des phases de bonheur, suivies de phases de malheur, et ce dans un éternel recommencement, semble-t-il. A tel point qu'à la fin, c'est presque lassant, un peu trop long peut-être.
Un voyage, à coup sûr. Avec Le voile de Téhéran, on part tout droit au coeur de la société iranienne. Une société aux règles strictes, dont la narratrice, Massoumeh, va être victime. Massoumeh est une jeune fille intelligente, dont le plus grand rêve est de poursuivre ses études le plus loin possible, et d'obtenir un diplôme d'études supérieures. En dehors de cette ambition, alors peu accessible aux femmes, elle se plie volontiers aux règles érigées par la société et par sa propre famille, même si elle n'en comprend pas toujours le fondement. Mais malgré cette obéissance aux règles, elle se montre très perspicace quant à ce qui est de ses frères. Elle ne comprend pas la piété presque fanatique de son frère aîné, et ne cesse de mettre ses parents en garde contre la débauche dans laquelle leur deuxième né sombre peu à peu. Pourtant, dans l'Iran des années 60, ce sont les garçons qu'on écoute, et certainement pas les filles. Aussi, lorsqu'elle tombe amoureuse du jeune pharmacien du coin, que sa famille ne connaît pas, il suffira de quelques mots échangés avec lui pour que ses frères crient haut et fort qu'elle a sali l'honneur de sa famille. Pour racheter cet honneur, on décide alors de la marier. A 17 ans, la voilà donc mariée à un homme qu'elle ne connaît pas.
Voilà donc un autre pan de la vie de Massoumeh qui s'ouvre, bien différent de son enfance. En effet, son mari, loin d'être une brute qui ne jure que par les règles établies aveuglément par la société iranienne, s'avère être un homme plutôt doux, qui n'a que faire du mariage, et surtout, qui est un révolutionnaire. Très vite, donc, il lui dit qu'elle peut agir à sa guise, qu'elle est libre de reprendre ses études si c'est ce qu'elle souhaite. Cette vie s'annonce donc finalement très belle pour la jeune Massoumeh. Certes, il y a un devoir conjugal à accomplir, mais cela ne semble pas être trop difficile au vu de la gentillesse de son mari.
Cependant, très vite, Massoumeh va s'apercevoir qu'être mariée à un révolutionnaire n'est pas si reposant que ça. Chaque fois que son mari s'absente sans la prévenir, elle craint pour sa vie. Et lorsqu'elle aura des enfants, elle craindra chaque jour pour la sécurité de son foyer. Quand son mari sera emprisonné, la responsabilité morale et financière de sa famille retombera sur ses seules épaules. C'est donc une vie bien mouvementée qui attend Massoumeh, et qui est décrite dans ce roman. Si la jeune femme saura connaître le bonheur, elle rencontrera aussi bien des épreuves.
C'est donc un très beau roman que celui écrit par Parinoush Saniee. Il éveille les consciences, nous fait réaliser que nos vies sont bien faciles comparées à celles vécues dans des pays tels que l'Iran. Pour autant, ce roman est loin d'être un manifeste à visée politique ou sociale. Bien au contraire, l'émotion contenue dans cette histoire est très justement distillée, et en tant que lecteurs, on vibre pour Massoumeh, on tremble avec elle dans les moments les plus durs, et on ne peut que se réjouir lorsque sa vie semble prendre un tournant plus agréable. Ce roman fait preuve d'une belle maîtrise : on ne tombe jamais dans le mélodrame, tout est parfaitement dosé. Le seul reproche que j'aurais à faire, c'est peut-être le côté répétitif du roman. Finalement, Massoumeh connaît des phases de bonheur, suivies de phases de malheur, et ce dans un éternel recommencement, semble-t-il. A tel point qu'à la fin, c'est presque lassant, un peu trop long peut-être.
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