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mardi 14 novembre 2017

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable

Bon, vous le savez déjà si vous suivez ce blog, je suis une grande fan de François-Henri Désérable... Si vous ne le saviez pas encore, allez faire un tour par pour vous en rendre compte ! ;)
Donc son livre paru en septembre, Un certain M. Piekielny était un de ceux que j'attendais le plus dans la rentrée littéraire !

Le jeune auteur part, pour son dernier roman, d'un souvenir de lecture. Il avait lu, adolescent, La Promesse de l'aube, de Romain Gary, un livre dont il dit qu'il l'avait fasciné, et qu'il dit relire très régulièrement depuis. Une phrase du roman, notamment l'a marqué : "au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny". Ce M. Piekielny était en fait un voisin de Romain Gary enfant. Aussi, lorsque cet homme décrit comme une "souris triste" rencontre le jeune Romain, il pressent déjà son grand avenir, et lui demande de parler de lui à tous les grands de ce monde qu'il rencontrera. D'après ce qu'il écrit dans La Promesse de l'aube, Gary aurait effectivement respecté cette promesse. Se retrouvant un jour, complètement par hasard, perdu dans Vilnius (alias Wilno), François-Henri Désérable erre jusqu'à se retrouver dans la rue en question, devant l'immeuble où habitait cet homme mystérieux. Ni une ni deux, dès son retour chez lui, il va se lancer dans une enquête tendant à retrouver la trace historique de ce personnage littéraire...


Bon, ayant lu le résumé du roman, je dois avouer que j'étais un peu moins emballée que prévu par ma lecture. Déjà, je ne suis pas très attirée par l'univers littéraire de Romain Gary. Ensuite, ce livre ressemble plus à un récit du parcours de François-Henri Désérable qu'à un véritable roman. Et effectivement, une fois la lecture entamée, cela confirmait ma "crainte". Car oui, j'ai là un autre aveu à faire : je ne suis jamais très à l'aise avec ce genre qu'on appelle l'autofiction. Donc ce genre de narration, dont on ne peut jamais démêler le vrai du faux, ça n'est pas ma tasse de thé. Malgré cela, je comptais sur l'humour nonchalant de l'auteur pour me faire accrocher à son roman. Malheureusement, je trouve que ce fameux humour que j'apprécie tant était moins fort, moins percutant en étant directement rapporté à la vie de l'auteur que quand il sert à relater la vie d'un personnage autre, d'une tierce personne. Donc finalement, je n'ai pas accroché autant que je l'aurais voulu, j'ai même mis du temps à arriver au bout de cette lecture...

Finalement, j'en garde malgré tout un bon souvenir grâce au twist final, qui redonne la saveur qui manquait, selon moi, à ce roman. Pas de panique, je ne vais pas vous le dévoiler ! Je me permets tout de même un petit indice, la pirouette du romancier ne relevant pas de l'évidence... Intéressez-vous à la signification des noms !

Quoiqu'il en soit, c'est donc un bilan mitigé pour ce livre, lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2017.


vendredi 11 août 2017

Le cercle, Dave Eggers

Ce livre, je voulais le lire déjà lors de sa sortie en grand format, en avril 2016... (ça vous donne une légère idée de jusqu'où remonte ma PAL...). Du coup, à force d'attendre, je suis allée voir le film The Circle avant d'avoir lu le livre. Faible de moi, je suis allée voir ce film juste parce qu'il y avait Emma Watson au casting...


Bref, revenons-en à ce livre. Devant le film, j'ai été un peu déçue. L'histoire, calquée sur celle du livre, est celle de Mae. Jeune femme ambitieuse, elle est embauchée au Cercle, une entreprise plus ou moins inspirée du Google que nous connaissons, mais avec une avancée plus technologique plus importante encore. Au Cercle, tout le monde a un compte TruYou : un profil de réseau social, mais avec son identité propre, pas de pseudo, ce qui permet d'éviter les rencontres facheuses en ligne, ou les commentaires injurieux. Mais le Cercle, ça n'est pas une simple entreprise de nouvelles technologies. C'est une communauté entière de personnes rêvant d'accomplir la complétude du Cercle, et de trouver toujours plus de moyens technologiques permettant d'éradiquer les mauvais comportements, mais aussi la criminalité. Ainsi, le Cercle met en place un système de transparence, notamment adopté par la plupart des représentants politiques. Les volontaires se font offrir une caméra et un espace de stockage démesuré, afin de filmer chacun de leurs faits et gestes. Pour une personne lambda, rien de bien grave, sinon des secrets à petit échelle dévoilés. Mais pour un homme ou une femme politique, cela représente beaucoup plus : cela signifie plus de magouilles et de tricheries politiques. Et au Cercle, de nombreuses innovations permettant des avancées "morales" sont ainsi imaginées et mises en place.

Mae, lorsqu'elle trouve un poste au sein de cette merveilleuse entreprise, siégeant au coeur d'un campus futuriste, où tout est accessible (divers restaurants, dortoir sur place, groupes de sports en tous genres, mais aussi groupes de parole, soins médicaux, et même expositions d'oeuvres d'art...), ne peut s'imaginer plus heureuse. Tout au long du roman (et du film), on suit tout ce qu'elle apprend sur les projets entrepris au Cercle. On suit son émerveillement devant tous les possibles qu'ouvre la technologie. Oui mais... Certes, tout cela paraît bien beau, mais il 'y a pas que du positif. Qu'en est-il de ceux qui refusent d'avoir un compte sur un réseau social aussi populaire ? Qu'en est-il du principe de libre-concurrence, en passe d'être anéanti par une entreprise privée qui possède quasiment le monopole, et qui voudrait offrir tous les services possibles et imaginables en un seul réseau ? Qu'en est-il des détracteurs de ces avancées technologiques ? Car bien sûr il y en a, à commencer par Mercer l'ex petit ami de Mae. A chaque fois que ces deux-là se voient, Mercer lui sert de grands discours sur l'omniprésence du Cercle dans sa vie, l'incapacité de tous les utilisateurs à exprimer les émotions autrement que par un smiley heureux ou fâché... Et ces discours ont le don d'exaspérer Mae.

Une telle histoire, on se doute où cela va déboucher. Tout cela sent à plein nez la dystopie, avec le personnage quasi héroïque qui, au début croyait dur comme fer au bien fondé de tout ce système, puis qui se rend compte finalement qu'il n'y a pas que du bon, et qui va être l'agent double qui permettra la destruction du système en question. ATTENTION SPOILER !!

Dans le film, au scénario assez simpliste, c'est plus ou moins ce qui se passe. L'industrie hollywoodienne a voulu faire un film bien gentillet, où il y a les petits gentils et les gros méchants, et où forcément, les gentils finissent par gagner. Alors en lisant le roman, je m'attendais à la même chose. Ce que je recherchais en revanche, c'était à mieux identifier le moment où le personnage de Mae inverse son rôle, et commence à se rendre compte de la perversité de ce système, quasi-tyrannique quand on y pense. Oui mais voilà. Dans le roman (comme c'est d'ailleurs souvent le cas), les choses sont beaucoup plus subtiles. Au Cercle, tout le monde est gentil, et tout est merveilleux. C'est bien ce qu'on ressent au début, si bien que Mae elle-même ne se sent pas tout à fait à sa place. Mais elle finit par s'y intégrer, et on admire à travers ses yeux la mécanique bien huilée d'une telle entreprise.


Et là, Dave Eggers sait parfaitement nous prendre au piège. A chaque avancée technologique présentée, ne sont indiqués quasiment que les arguments pour. Le contre, c'est laissé aux détracteurs de l'entreprise, qui ne sont en réalité que des marginaux, ou des personnes à la moralité douteuse. Cette logique est tellement bien menée, que devant certaines propositions, on se prend, nous lecteurs, à y voir que du bon. Pendant ma lecture, une petite voix dans ma tête me chuchotait bien que oui, mais quand même, il y avait aussi du négatif, mais la démonstration est si efficace qu'on se laisse aller à croire que l'idée n'est finalement pas si mauvaise que ça. Ainsi, c'est un livre qui fait énormément réfléchir. Oui, c'est une dystopie, donc cela ne représente pas la réalité. Et pourtant, à la manière des romans de Philip K. Dick, cet univers n'est franchement pas si éloigné du nôtre, et c'est peut-être même (voire certainement) ce vers quoi nous nous dirigeons avec l'essor toujours plus grand des nouvelles technologies, et leur emprise sur nos vies. Rien que pour cela, ce roman est à faire lire au maximum de personnes, et de toute urgence !

jeudi 1 juin 2017

Patricia, Geneviève Damas

Bon, ça fait très très trèèès longtemps que je n'ai pas posté. Mais c'est pas ma faute. C'est la faute à Christelle Dabos. Il y a un mois, j'ai eu la chance de recevoir les épreuves non corrigées du troisième tome de La Passe-Miroir... Alors évidemment, cette lecture était géniale, fantastique, formidable, etc ! Mais voilà, après ça... eh bien panne de lecture ! J'ai été tellement habitée par ma lecture (certainement un article à venir) que j'ai vraiment eu énormément de mal à me lancer dans d'autres lectures... Heureusement Babelio et Gallimard ont réussi à me faire sortir de là, grâce à l'opération Masse critique ! J'ai reçu il y a une dizaine de jours un tout petit roman dans ma boîte aux lettres : Patricia de Geneviève Damas.


Une découverte complète : je ne connaissais pas du tout cette auteure, et c'est une surprise plutôt agréable ! Ce petit roman polyphonique n'a que de peu de personnages, et son intrigue se déroule assez rapidement, mais elle n'en est pas moins intense. Tout commence à travers les yeux de Jean Itirimbi, un Centrearicain exilé au Canada, où il travaille un hôtel alors qu'il est sans papiers. Il semble donc destiné à rester coincé ici, loin de la France où il espérait pouvoir partir un jour, et loin de sa famille, restée au pays en attendant qu'il se fasse une situation. Seulement, ce moment n'est jamais venu, et ses filles ont donc grandi sans qu'il ne les ait revues depuis son départ. Dans l'hôtel où il travaille, il rencontre Patricia, une riche parisienne venue disperser les cendres de sa défunte mère. Esseulés, ces deux personnes que tout oppose trouvent en l'autre une oreille attentive, quelqu'un à qui se confier, sur qui s'appuyer. Patricia, amoureuse, fait tout pour trouver des papiers à Jean Itirimbi et le ramener en France, pour qu'il vive avec elle.

Tout semble aller pour le mieux, jusqu'à ce que la femme de Jean Itirimbi, ayant appris qu'il était à Paris, décide de venir le rejoindre, et part avec ses deux filles. Forcément, le voyage sera rude, mais elles sont déterminées à rejoindre enfin leur mari et père. Pourtant, il y a un hic : Jean Itirimbi a caché à son amie Patricia l'existence même de sa famille. Alors qu'ils passent un soi-disant week-end en amoureux, Jean Itirimbi décide donc de voler la voiture de cette dernière, et de partir à Marseille, là où sa femme et ses filles doivent accoster. Seulement, une fois arrivé à bon port, aucune nouvelle de l'embarcation, et personne ne répond sur le portable de sa femme... La nouvelle d'un naufrage se propage, mais il refuse d'y croire, et décide de tout faire pour retrouver ses femmes.

La voix de Patricia prend le relais, et on comprend, malgré la blessure causée par les cachotteries de Jean Itirimbi, qu'elle est touchée par cette histoire, bien plus qu'elle ne le voudrait. Avec ces différentes voix qui se succèdent, le ton est très bien dosé. Quand on risque de verser dans le mélodrame, l'auteure change judicieusement de voix, pour rectifier le tir et on reste dans un texte grave, mais qui ne l'est jamais trop. Un roman de très bon ton, donc, qui se lit très vite, et dont les leçons tirées sont justes et belles.

jeudi 13 avril 2017

Lectures en bref - Mars 2017

Bonjour à tous ! Bon, ce mois-ci je n'ai pas du tout été régulière sur le blog... Comme j'étais en plein déménagement, ça a occupé une grande partie de mon temps libre, donc je n'ai pas pu aller sur le blog, même si j'avais plein de belles idées d'articles en tête... Du coup, pour le mois de mars, je vais être obligée de faire un rapide bilan des livres lus, et de me contenter seulement de ça ! Il y a une deuxième raison à cela en fait. Même si j'ai lu pas mal de petites choses dont j'avais envie de parler, pendant ce mois de mars, il n'y a pas eu pour moi de gros coup de coeur, de livre qui a vraiment touché quelque chose en moi... Donc un format court de type bilan devrait finalement suffire... 

Sauveur et Fils - Saison 3, Marie-Aude Murail

Bon, pour commencer, j'ai lu le tome 3 de Sauveur et Fils. Depuis le temps que je l'attendais ! Du coup, je l'ai dévoré dès sa sortie. Alors, pour tout vous dire, malgré mon manque de temps, j'ai hésité à vous faire un vrai article pour ce livre. C'est vrai, après tout cette série est un de mes gros coups de coeur de l'année 2016, écrite par une de mes auteures préférées... Et pourtant, ce troisième et dernier tome trouve aussi très bien sa place ici, quoiqu'en première place de mon bilan mensuel. Pendant le roman, on se régale, comme d'habitude. On retrouve toute notre petite galerie de personnages avec émotion, car on sait que c'est pour la dernière fois. Et Marie-Aude Murail parvient très bien à laisser tous les patients de Sauveur vivre leur histoire, tout en ayant en grande partie réglé leurs problèmes. En revanche, sur le plan personnel, Sauveur rencontre des difficultés dans son histoire d'amour avec Louise, et là-dessus, la fin m'a déçue : j'ai trouvé qu'il s'en sortait un peu trop bien par rapport à ce qu'elle ressentait, et finalement je ne trouve pas que les choses se soient réellement réglées pour ces deux-là. 
Mais s'il y a un point qui est magnifiquement bien traité dans ce roman, c'est la question des attentats du 13 novembre. En effet, depuis la fin de la saison 2, on était dans une attente un peu insupportable, puisqu'on savait que Gabin devait se rendre au concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre au Bataclan, concert qui évoque forcément en nous beaucoup d'émotions. Et là-dessus, Marie-Aude Murail a fait un coup de maître. Elle retranscrit à la perfection l'ambiance fébrile des personnages en attente de nouvelles, en attente d'informations, en attente de compréhension, ces questionnements qui se bousculent dans les têtes de chacun devant les images violentes, sans que personne ne parvienne réellement à exprimer ce qu'il ressent... Les émotions étaient maîtrisées vraiment à la perfection dans ce passage. Mais un bilan mitigé tout de même pour ce roman, alors que les deux premiers étaient pour moi des coups de coeur. 


L'Atlas des bizarreries

En mars, j'ai également découvert ce bel atlas, destiné à la jeunesse, très bien fait et très ludique. En le feuilletant, petits et grands feront de belles découvertes. Bon, inutile de l'apprendre si vous voulez réviser votre géographie, la superficie des pays, etc. Non, dans cet atlas les informations que l'on trouve sont bien plus anecdotiques. Car c'est finalement de ça qu'est fait cet atlas. Il regroupe les anecdotes les plus étranges sur des coutumes originales, des aliments dont on ne soupçonnerait même pas l'existence, des concours tous plus fous les uns que les autres. Bref, tout est dans le titre : cet atlas nous présente les bizarreries de chaque pays ! A part une ou deux choses dont j'avais déjà entendu parler, j'ai fait plein de découvertes, même si elles sont pour la plupart inutiles... 


Kidnapping au village des crottes de nez, Mrzyk et Moriceau

Ce drôle d'album est en fait la suite de Panique au village des crottes de nez, des mêmes auteurs, qui racontait l'histoire d'un paisible village de crottes de nez qui était un jour complètement chamboulé par la menace d'un doigt approchant... La famille Boulette est ici enlevée par leur ennemi de toujours : un gang de doigts. En fait, ces derniers ont besoin d'eux pour aller chercher leur coupe-ongles... Ils envoient donc les deux enfants de la famille dans un dédale de souterrains où ils rencontrent des tas de bêtes très étranges, aux noms délirants... Bref, j'adore l'humour complètement décalé de cet album ! Au premier abord, les illustrations ne m'avaient pas emballés, mais en fait, elles sont parfaites pour l'histoire et le ton de cet album. Que du bon, donc ! 


Le dimanche des mères, Graham Swift

Quand ce roman est sorti, il m'a tout de suite interpellée. Il raconte l'histoire d'une domestique qui, pendant l'entre-deux guerres, a pour amant le fils du châtelain voisin. Une histoire d'amour interdite, donc, sur cadre historique. Tout pour me plaire ! Mais dans ce roman, on ne voit se dérouler sous nos yeux qu'un seul jour de cette relation amoureuse. Une fois par an, en mars, les domestiques anglais se voyaient accorder une journée de congé pour aller visiter leurs parents. La narratrice est orpheline, elle va donc en profiter pour passer cette journée avec son amant, tout en sachant que ce sera certainement le dernier moment de liberté dont elle pourra profiter avec lui, puisqu'il doit se marier deux semaines plus tard. En fait, la narration se situe bien des années plus tard : la narratrice, âgée et ayant une vie bien remplie, revient sur ce moment qui fut un tournant décisif de sa vie. Elle explique son rapport à l'amour et au pouvoir de la classe dirigeante, et surtout, elle évoque sont amour des mots, elle qui a toujours pioché dans la bibliothèque de ses maîtres, et spécifiquement dans les romans d'aventure, qui étaient alors plutôt destinés aux jeunes hommes qu'aux femmes. Cela donne un beau roman, mais surprenant. On est loin de l'épanchement de sentiments qu'on voit dans certains livres romantiques. Ici, on se laisse porter par une écriture très travaillée et assez tendre. Il est difficile de rentrer dedans, mais le charme lointain de ce livre habite pleinement son lecteur. 


Verte, Marie Desplechin, Magali Le Huche


J'ai également découvert cette bande-dessinée, adaptée du roman du même titre, écrit il y a plusieurs années par Marie Desplechin et publié par L'école des loisirs. J'avais entendu parler de la sortie de ce titre en BD, adaptée par Magali Le Huche. Et si je n'ai pas lu les romans, j'en ai entendu dire beaucoup de bien, donc j'avais hâte de découvrir ce projet ! Et finalement, j'ai été un peu déçue. Pas par l'histoire en elle-même, ni par les illustrations. En effet, on sent une histoire très espiègle, à la fois qui cherche à faire rire, mais en même temps avec un peu d'émotion. Quant aux illustrations, il n'y a pas grand chose à en dire, si ce n'est que Magali Le Huche est une illustratrice formidable ! Les dessins sont plein de cette émotion cachée sous l'humour, le rendu est donc très agréable. Non, ce qui m'a déçue, c'est que ça allait très vite, trop vite à mon goût. On a à peine le temps de rentrer dans l'histoire, qu'elle se résout déjà, et que c'est déjà terminé, ou presque ! On en veut plus ! Je me doute que le roman n'est pas comme ça, donc j'ai bien envie de le lire, pour comparer mes impressions... A suivre ? 


FRNCK, Le début du commencement - Brice Cossu, Olivier Bocquet

Pour ma dernière découverte du mois, je vais encore vous parler d'une bande-dessinée ! Celle-ci a été une vraie récréation, elle m'a beaucoup fait rire ! Il s'agit donc de FRNCK, Le début du commencement. Et je n'ai pas fait de faute de frappe : c'est bien "FRNCK" et non pas "FRANCK"... Je vous explique dans un instant. Franck (puisque c'est quand même le vrai prénom du héros de cette BD) est orphelin, et on comprend assez vite que les familles dans lesquelles il a été placé ne lui correspondaient pas vraiment... Alors qu'un énième couple demande à l'adopter, le jeune homme décide de fuguer, et de partir à la recherche de ses parents, qu'il croit encore vivants. Le jardinier de l'orphelinat lui avoue alors que c'est lui qui l'a recueilli, et il lui explique comment aller à l'endroit où il l'a trouvé. En suivant ses instructions, Franck pénètre dans un parc d'attractions à l'abandon, qui devait figurer la préhistoire. Et c'est alors que, sans comprendre comment, il se retrouve propulsé en pleine prhstr ! Euh pardon, préhistoire. Oui, car lorsqu'il rencontre les hommes préhistoriques, il se rend compte que ces derniers parlent une langue assez proche de la nôtre, à cela près qu'il n'y a pas de voyelles. On se retrouve alors à déchiffrer des bulles où les mots sont privés de voyelles, et on essaie donc de retrouver les mots en question. Pour ma part, ce petit jeu m'a fait rire tout au long de la BD, même si pour certains passages c'était un peu difficile. C'est ce qui fait tout le charme de cette BD justement, en plus de l'humour déjà distillé dans l'histoire. Un vrai bon moment ! Dommage que ça finisse (là encore) assez vite, et qu'il faille attendre la suite, prévue pour août je crois...


mercredi 30 novembre 2016

Chanson douce, Leïla Slimani

En faisant cet article, je réalise que... ben j'ai vraiment du retard dans mes chroniques ! En effet, ce roman, je l'ai commencé le jeudi 3 novembre à 12h50. Autrement dit, dix minutes avant l'annonce du prix Goncourt. Véridique ! En fait, nous avions pris les paris avec un de mes collèges : lui avait prédit que Catherine Cusset décrocherait le Goncourt, avec L'autre qu'on adorait. Pour ma part, j'avais misé sur Leïla Slimani et sa Chanson douce, même si je ne l'avais pas lu... Mais bon, je me suis donc dit que c'était bien beau de faire des pronostics comme ça, mais il fallait quand même que je lise le roman en question, histoire de savoir de quoi je parlais ! Et j'ai été bien avisée, puisque le roman a effectivement décroché le prix Goncourt !

Venons-en donc aux faits ! Ce roman raconte l'histoire d'un couple de parisiens, Paul et Myriam, parents de deux enfants, Mila et Adam. Même si ces quatre-là ont tout d'une famille heureuse, les parents ont chacun leurs ambitions professionnelles. Paul travaille dans un studio de musique où elle ne compte pas ses heures, tandis que Myriam, après la naissance de son fils, rêve de reprendre un travail d'avocate. Aussi, lorsque l'occasion se présente, elle ne la laissera pas passer. Le couple décide donc de prendre une nourrice pour s'occuper des enfants pendant qu'ils se consacrent chacun à des professions prenantes. Après plusieurs entretiens, ils tiennent la perle rare en la personne de Louise, et ils n'hésitent pas à s'en vanter : que de bonheur d'être tombés sur une femme aussi parfaite. Elle est adorable avec les enfants, sa patience pour leurs jeux comme leurs pleurs est infinie, et elle se charge même d'embellir l'intérieur de Paul et Myriam. La petite famille et la nourrice créent ainsi des liens de plus en plus forts. Seulement... tout ne peut pas être aussi rose ! Et rose, la vie personnelle de Louise est loin de l'être. Hormis son travail, sa vie est un échec total. Alors quand Adam, le petit dernier de la famille, grandit et approche de l'âge d'entrée à l'école, elle se désole car elle réalise qu'elle aura beaucoup moins de travail. Son état psychologique en pâtit, et elle finira par commettre l'irréparable : s'en prendre aux enfants, avec une violence inqualifiable.

Vous avez certainement l'impression que je vous gâche la surprise en dévoilant cela, mais en réalité pas du tout. Non, parce que le roman s'ouvre en fait sur cette scène horrible, où Myriam rentre plus tôt que prévu chez elle et découvre le corps inanimé de ses deux enfants, l'une étant entre la vie et la mort, l'autre ayant déjà succombé. Cette scène est réellement glaçante, mais dès lors qu'on l'a lue, il est difficile de lâcher le roman, car on veut comprendre comment la vie de Myriam, qui semblait brillante, a pu virer à ce point au cauchemar. Leïla Slimani nous fait donc revenir au début du basculement, le moment où le couple décide de prendre une nourrice. On remonte le fil de l'histoire à partir de ce point précis, comme pourraient le faire les enquêteurs cherchant à éclaircir ce meurtre. Puis les événements se déroulent, paisiblement. A tel point qu'on pourrait presque en oublier que toute cette histoire se termine finalement horriblement mal. Mais certains chapitres nous rappellent à la dure réalité, car ils ne se concentrent pas sur l'histoire de cette famille agrandie par la nourrice : ils se centrent sur le point de vue de personnages extérieurs, mais pas tant que ça, puisqu'on comprend en fait qu'ils sont appelés à témoigner dans l'enquête.


Leïla Slimani fait preuve d'une précision chirurgicale dans l'écriture, ce qui sert parfaitement ce roman glaçant. Rien n'est laissé au hasard, toutes les étapes du cheminement psychologique de Louise sont analysées avec soin. L'auteur ne s'attarde à aucun moment sur les émotions ressenties par les personnages. On voit leurs états d'esprit décortiqués, mais à aucun moment on n'entre véritablement dans leurs coeurs. Autrement dit, on pénètre le temple de leurs pensées, mais pas de leurs sentiments. A première vue, on pourrait le regretter, mais là encore, cela sert parfaitement le projet romanesque : finalement c'est une enquête qui est retracée dans ce livre, pas le drame en lui-même ! De tout cela, résulte un roman véritablement glaçant et dérangeant, et c'est ce qui en fait tout le génie.

J'apporte cependant quelques nuances à ces propos. Premièrement, parents attention ! J'ai pu lire ce roman sans être personnellement troublée parce que je n'ai pas d'enfants. Mais mes collègues ayant des enfants en bas âge qui l'ont commencé n'ont pas pu aller au-delà des premières page : cela aurait été trop éprouvant pour eux. Deuxièmement, dire que j'ai aimé ce roman serait mentir. La seule chose que je peux dire, c'est qu'il m'a profondément marquée. C'est une lecture dont on ne sort pas indemne. Il nous reste une impression de malaise au creux de l'estomac. Loin d'une "chanson douce" donc.

Selon moi, en revanche, l'obtention du Goncourt est discutable. Certes, de ce que j'ai lu jusque là de la rentrée littéraire, c'est celui qui m'a le plus marquée, mais il ne m'a pas autant séduite que les précédents Goncourt. A vrai dire, je ne lui ai pas trouvé le relief nécessaire pour mériter une telle distinction.

lundi 7 novembre 2016

La Passe-Miroir, Christelle Dabos

Mesdames et Messieurs, je vous annonce solennellement, en ce jour, que j'ai trouvé la série qui, dans mon coeur, prendra sans mal la suite de Harry Potter et s'élèvera au même rang ! J'ai nommé... (roulement de tambours)... La Passe-Miroir !!!

Oui, bon, j'en fais peut-être un peu beaucoup. Mais cette série (française, qui plus est !), destinée à la jeunesse, est définitivement gé-ni-a-le ! J'en avais déjà entendu beaucoup de bien, non seulement par le bouche à oreilles, résultat du succès que cette série a d'ores et déjà connu, mais aussi par une amie, qui en a même fait un article sur son blog. Et j'ai eu l'occasion de le lire grâce au Prix Littéraire des Chroniqueurs Web, dont je vous ai déjà parlé. En réalité, c'est le deuxième tome qui est dans la sélection du prix, et il m'a donc fallu commencer par le premier tome, pour faire les choses bien.

En ouvrant ce premier tome, donc, Les fiancés de l'hiver, on plonge dans un univers quelque peu empreint de fantasy, et qui est en tous cas la preuve d'une imagination formidable de la part de l'auteur. Ce monde s'est trouvé séparé en arches qui gravitent dans l'espace semble-t-il. Je dis bien s'est trouvé, car on apprend peu à peu qu'il y a eu un avant, où ces arches étaient rassemblées et ne faisaient qu'un. Quoiqu'il en soit, le roman débute sur Anima, l'arche de notre héroïne, Ophélie. Sur chaque arche, il existe des pouvoirs différents, et chaque arche est dominée par un esprit de famille, dont on comprend qu'ils étaient tous frères et soeurs. Les Animistes, dont l'arche est dominée par Artémis, ont le pouvoir d'agir sur les objets. Ainsi, les lunettes d'Ophélie se colorent en bleu lorsqu'elle a peur, en noir lorsqu'elle est en colère, et ainsi de suite. Avec ceci, Ophélie a su développer deux dons supplémentaires, que toute sa famille ne possède pas. Elle est liseuse, c'est-à-dire qu'en posant sa main sur un objet, elle peut en lire l'histoire. Elle est également Passe-Miroir : elle peut se rendre d'un lieu à un autre (pas trop éloignés) en traversant les miroirs. Toutes ces singularités laissent ainsi entrevoir un univers incroyable, un imaginaire merveilleux et très développé.


Ophélie, alors qu'elle tient paisiblement son musée de lecture d'objets sur Anima, apprend au début du roman que les doyennes de son arche l'ont promise en mariage à un dignitaire du Pôle, l'arche principale de ce monde. Si elle a déjà, par le passé, repoussé deux prétendants de son arche, cette fois elle ne peut plus reculer. Elle doit donc se préparer à faire connaissance avec un homme dont elle ignore tout, et à partir sur une arche qu'elle connaît très peu. Qu'elle n'est pas sa douleur donc, lorsque Thorn (son fiancé), à peine débarqué sur Anima, l'arrache brutalement à sa famille sans lui laisser le temps de faire ses adieux en bonne et due forme, prétextant des affaires déjà en retard dans son travail au Pôle. En effet, il en est l'intendant, une charge très élevée. Sur le Pôle, rien n'est semblable à Anima, où les relations sont très spontanées. Ici, Ophélie débarque à la Cour, avec toute l'hypocrisie que cela peut induire, et surtout, elle découvre plusieurs grandes familles aux pouvoirs bien différents. Les principales sont les Dragons (dont Thorn fait partie, et qui ont la faculté d'infliger une douleur et une blessure par leur simple volonté mentale), les Mirages (des créateurs d'illusion, qui font que les lieux sont si beaux), et la Toile (une famille dont les membres sont tous reliés entre eux). Elle doit donc apprendre à connaître ce monde, qui lui semble hostile dès son arrivée (en fait, personne n'aime Thorn, qui est en réalité un bâtard). Et elle doit aussi tenter de se rapprocher de ce mystérieux fiancé, un homme immense et très froid, qui ne lui accorde que peu de crédit.

Dans ces romans, Christelle Dabos fait preuve d'une grande intelligence dans l'analyse de rapports humains très complexes, et le lecteur lui-même a réellement du mal à faire la part entre les faux-semblants et la réalité. Et même cette réalité n'est ni noire ni blanche : à cause des pouvoirs de chacun, et des différentes volontés en jeu, tout le monde joue double jeu. Ophélie elle-même ne sait pas réellement à qui elle peut se fier, et cela ne l'aide pas à s'adapter à cet univers si mystérieux. Pour décrire les sentiments d'Ophélie, en constante évolution, l'auteur déploie là encore tous ses talents. Il est évidemment question d'amour : Ophélie est donc fiancée à Thorn, un homme très mystérieux, qui ne sait pas se faire aimer, comme le montre la façon exécrable dont tous les habitants du Pôle le traitent. Et pourtant, peu à peu, Thorn va s'intéresser de plus en plus à Ophélie, et va tenter maladroitement de le lui faire comprendre. Ophélie, quant à elle, tente de percer à jour cet homme qui cache bien des choses sur son passé, sa vie, et ses motivations. Mais il est aussi question d'amitié. Ophélie se déplace au Pôle accompagnée de sa tante, qui est son chaperon. Une tante qu'elle ne connaît que très peu, et qui va être sa seule confidente possible dans ce monde si hypocrite. En même temps, elle sait qu'elle ne peut pas non plus tout dire à sa tante, ce qui rend son existence tout de même bien difficile. Dans tout ce tableau, nous découvrons également la tante de Thorn, Berenilde. Une femme magnifique, qui semble maîtriser tout ce qui l'entoure d'une main de maître, mais qui en fait est extrêmement sensible et fragile.


Dans ces deux romans, donc, tout est maîtrisé, et on dévore ce roman (ces romans, puisque j'ai immédiatement acheté le deuxième, et lu d'une traite) avec passion. Et on attend le troisième tome avec une impatience non dissimulée ! D'ailleurs, c'était avant tout une série jeunesse, mais elle a connu un tel succès que le premier tome est sorti très récemment en folio poche, une édition destinée aux adultes donc.

vendredi 2 septembre 2016

La jeune fille à la perle, Tracy Chevalier

Autre lecture réalisée pendant les vacances : La jeune fille à la perle. Etant une grande admiratrice du tableau de Vermeer, ça fait un moment que ce livre me tentait. Alors au début des vacances, alors que je n'avais rien à lire et pas grand chose à faire, j'ai vu le livre dans la bibliothèque familiale, et je l'ai ouvert !

Tracy Chevalier a donc imaginé l'histoire d'une jeune fille entrée au service de la famille Vermeer. D'abord en charge du linge de la famille, et de la cuisine, elle se verra confier le ménage de l'atelier du peintre, mission très délicate car rien ne doit bouger mais tout doit être propre. Puis le peintre s'intéressera de plus en plus à cette jeune servante, et lui confiera des tâches de plus en plus nobles : aller chercher le nécessaire de peinture, préparer les mélanges... La jeune Griet se sent très honorée par tout cela, mais ces secrets partagés entre elle et le peintre créent des tensions entre Vermeer et sa femme, tensions qui se répercutent vite sur la réputation de Griet.

L'auteur parvient à nous faire plonger dans la Hollande du dix-septième siècle, à Delft, une ville séparée entre catholiques et protestants. On ressent parfaitement l'ambiance quelque peu austère de cette ville, et la vie populaire des quartiers commerçants. L'écriture de Tracy Chevalier est très délicate, et s'accorde tout à fait avec la peinture du maître hollandais, tout en fine beauté.


Ce livre m'a d'autant plus touchée que je l'ai lu lors d'un grand voyage, au cours duquel je suis passée très brièvement par Amsterdam. Survoler cette ville si typique tout en lisant un livre dont l'intrigue se déroule dans le même pays, c'était vraiment fort, j'avais la sensation d'être encore plus proche des héros du roman, de pouvoir les toucher, ou leur parler... C'était réellement fort !



PS : Je me permets de rajouter une petite info sur cet article, pour peut-être profiter de l'aide de mes lecteurs. Comme vous pouvez désormais le voir sur mon profil, je suis actuellement à la recherche d'un emploi en librairie dans la région de La Rochelle, alors si vous entendez parler de quelque chose, faites-moi signe !

mardi 26 janvier 2016

Une Antigone à Kandahar, Joydeep Roy-Bhattacharya

De la guerre en Afghanistan, je dois avouer que je ne sais au fond pas grand chose. Tout ce que je sais en fait, c'est que c'est un conflit d'une grande complexité. Ce qui explique peut-être, d'ailleurs, pourquoi je n'ai pas tellement cherché à approfondir la question.



Et pourtant, dès sa sortie, j'ai été très attirée par le roman de Joydeep Roy-Bhattacharya, Une Antigone à Kandahar. Kandahar, ai-je appris en lisant une critique, est situé en Afghanistan, et les américains y ont établi une base militaire.

En fin de compte, je crois que ce qui m'a le plus attirée dans ce titre, c'est "Antigone". Vous savez, c'est cette héroïne de Sophocle (reprise par Jean Anouilh, ça vous parle peut-être plus), qui veut à tout prix enterrer son frère selon la tradition, alors même que ce dernier a été accusé de meurtre. Eh bien cette Antigone, on la retrouve ici sous les traits d'une jeune afghane qui s'avance, voilée, devant un fort militaire américain, et qui réclame le corps de son frère afin de l'enterrer. Son frère, on l'apprend, a mené la veille une attaque contre les américains, au cours de laquelle plusieurs soldats sont morts. On comprend donc les tensions de chacun quand cette jeune femme s'approche. D'autant que les soldats ont peur que ce ne soit en fait un kamikaze qui aurait caché des explosifs sous le voile.

Telle est la situation décrite dans ce livre. Et tour à tour, chapitre après chapitre, les voix s'élèvent. D'abord, celle de cette jeune femme, à qui on a bien envie tout de même d'accorder notre sympathie. Puis celles des soldats de la base. Ils reviennent sur leur passé, sur les motivations à s'engager dans l'armée. Ils nous exposent leurs visions de ce conflit, leurs espoirs quant à ceux qui les attendent - ou non - au pays... Des voix très différentes qui résonnent ainsi : des voix sincères et touchantes, des voix pleines d'érudition, en plein questionnement, des voix plus dures, parfois très vulgaires et rancunières. Chacun s'exprime dans un langage qui lui est propre, et on voit là tout le talent de l'auteur, qui maîtrise tous ces styles sans aucune fausse note.

D'autres romans devraient suivre celui-ci, également centrés sur le conflit en Afghanistan. Après la claque administrée par cette version moderne du mythe d'Antigone, j'attends la suite avec impatience. Tout en finesse et en poésie, l'auteur nous aide à nous poser les bonnes questions sur cette guerre, et en parallèle, sur toutes les guerres de notre monde contemporain. Il nous montre très bien que tout n'est pas noir ou blanc, et que tout cela va bien au-delà.

mardi 12 janvier 2016

Tu montreras ma tête au peuple, François-Henri Désérable

Ceux qui suivent régulièrement mon blog l'auront peut-être compris : François-Henri Désérable, c'est un peu mon chouchou... Alors ça y est, je viens de finir son premier livre (je ne fais pas les choses dans l'ordre, certes). Je dis bien "livre", et non "roman", car Tu montreras ma tête au peuple (c'est le titre) est en réalité un recueil de nouvelles.


François-Henri Désérable a choisi comme thème, dans ce recueil, la Révolution. Ou plus précisément, la guillotine. En effet, avec lui, nous assistons aux derniers jours de grandes personnalités de la Révolution Française. On voit ainsi Danton (d'où le titre, qui serait la dernière phrase qu'il a prononcée avant de mourir), ou encore Charlotte Corday, mais également Marie-Antoinette... L'auteur va d'anecdote en anecdote ; il n'est pas historien qui cherche à nous instruire sur le sort de ces personnages, il est réellement auteur qui cherche le bon mot, la situation cocasse dont il pourra tirer un récit distrayant.

Et distrayant, ce livre l'est, malgré son sujet. Grâce à la forme du recueil de nouvelles, Désérable peut s'offrir des libertés. On retrouve ainsi des narrateurs bien différents les uns des autres, selon les situations : Danton lui-même, ainsi que Charlotte Corday qui parle pour elle-même. On rencontre également un narrateur tout à fait contemporain, qui tente de séduire une jeune fille à l'illustre ancêtre. Et on y retrouve, comme dans un feuilleton en épisodes, un geôlier de l'époque, qui a observé de près les derniers jours de grands hommes (et femmes). Parfois, la nouvelle est, on le devine, principalement fictive; à l'occasion on peut lire une lettre (d'adieu, de confession ?). L'un des narrateurs joue également aux devinettes avec le lecteur, et il faut deviner de quel personnage historique il est question...

C'est donc un recueil tout à fait distrayant, plein d'humour, mais qui préserve en même temps parfaitement la dignité des ces héros d'une époque. La plume malicieuse, dans ce premier ouvrage d'un jeune auteur, laisse à présager d'un avenir intéressant... Ce qui est le cas, avec son premier roman, Evariste !

mercredi 16 septembre 2015

Gratis, Félicité Herzog

Mi-août, les premiers romans de la rentrée littéraire arrivent déjà en magasin, alors j'ai voulu en profiter. C'est donc Gratis, un roman de Félicité Herzog, qui s'est retrouvé entre mes mains. Un roman qui annonce la création d'une solution à l'humanité, un peu à la Orwell.

En fait, on suit dans ce roman le parcours d'Ali Tarac, un jeune entrepreneur aux idées novatrices. Epaulé, tant financièrement que moralement, par sir Adrian Celsius, à la tête d'un fonds d'investissement et d'une grande fortune personnelle, Ali Tarac va déjouer les pièges de la finance. Du moins pour un temps. Lorsque sa start-up se noie sous les dettes, tout s'effondre pour lui, tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie personnelle, qu'il a totalement délaissée pour mener son projet à bien. Effondré, le jeune homme disparaît de la circulation pour aller s'installer à Jersey. Aussi la surprise est-elle totale lorsqu'il revient sur le marché quelques années plus tard avec une nouvelle entreprise, un nouveau concept.

Ali Tarac a inventé la "Transition", permettant ainsi aux personnes lassées par leur vie de disparaître (à l'aide d'un faux enterrement), pour réapparaître ailleurs sous une fausse identité, et vivre une nouvelle vie.



L'auteur décortique avec précision les ressorts du monde économique, et nous peint cet univers complexe avec clarté. L'intrigue est menée avec intelligence, non sans un brin d'humour caustique. Mais surtout, ce qui montre le véritable talent de cette auteur, selon moi, ce sont les descriptions des personnages au début du roman. Elles sont impeccables, on n'y trouve rien à redire : tout en finesse, et en même temps d'une précision extrême, dans une langue toujours agréable à lire.

Un roman surprenant, donc, dans cette rentrée littéraire.

vendredi 31 juillet 2015

Focus sur... Muriel Barbery

Percevoir la beauté du monde dans les moments les plus fugaces, les choses les plus simples, les personnes les plus humbles. C'est le pari lancé par Muriel Barbery dans son deuxième roman, L'élégance du hérisson. Pari réussi, très certainement, à chaque fois qu'un lecteur referme son livre.

Une concierge érudite et une jeune fille surdouée tentent, chacune de leur côté, de saisir ces courts instants où la beauté du monde leur apparaît, et de s'y agripper. Grâce à une écriture à la fois très simple et bien travaillée, on est, dès les premières pages, immergés dans le quotidien des deux protagonistes, et on ressent vite leurs émotions en même temps qu'elles.

Une lecture assez simple, mais qui fait indéniablement passer un bon moment : le roman nous apporte une dose de fraîcheur et de légèreté dans nos vies. Idéal pour l'été, donc !


En revanche, on ne peut pas en dire autant du dernier roman de l'auteur, La vie des elfes. Si, dans L'élégance du hérisson, l'écriture simple concourt à la beauté de l'histoire, dans La vie des elfes, l'écriture est bien trop alambiquée, et elle empêche le lecteur de s'intéresser pleinement à l'intrigue. Intrigue qui, d'ailleurs, n'est pas folichonne. Au bout d'une centaine de pages, on reste encore dans quelque chose de très factuel, avec l'impression que le roman n'a pas encore commencé. Alors on se lasse, on referme le livre, et on passe à autre chose.



lundi 29 juin 2015

Calvino réédité !

Aujourd'hui, belle surprise en feuilletant le Magazine Littéraire de cet été. Un titre attire mon attention dans le sommaire : « Si en 2015 Calvino est réédité » (avec, mentionné au-dessus, le titre du roman dont il est question : Si (par) une nuit d’hiver un voyageur). Quelques explications s’imposent pour expliquer ma joie.

Le roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, a initialement été publié en 1979 pour l’édition originale, et en 1981 pour la traduction française, au Seuil. Seulement, entre 1981 et 2015, le roman n’avait jamais été réédité (après avoir mené ma petite enquête, il s’agirait a priori d’une question de droits et d’héritage…). Donc ces dernières années, pour se le procurer, il fallait être prêt à payer un minimum de 50€ pour une édition abîmée, et même pas forcément belle (en tous cas, qui n’avait rien d’exceptionnel par rapport aux autres éditions du Seuil). Un peu cher, surtout pour une étudiante… J’avais déjà entendu parler de ce livre en prépa, et j’avais très envie de le lire ! Mais impossible de mettre la main dessus pour pas cher, même en médiathèque. Puis, en octobre de cette année, une de mes profs, à la fac, annonce la possibilité de faire un exposé sur ce roman : elle avait elle-même un exemplaire du livre et pouvait le prêter… Inutile de dire que j’ai sauté sur cette occasion en or pour dévorer un roman magique !

Oui, car il y a un peu quelque chose de l’ordre du magique dans le livre de Calvino. L’auteur, proche de l’Oulipo, s’est essayé à un exercice de style particulièrement intéressant. Il a imaginé l’histoire d’un livre mal relié, mal référencé par l’éditeur, et après lequel un lecteur frustré court désespérément. Le livre s’ouvre sur des conseils pour bien lire.

Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo
Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi.
Concentre-toi. Ecarte de toi toute autre pensée. Laisse le
monde qui t’entoure s’estomper dans le vague. (…)
Prends la position la plus confortable : assis,
étendu, pelotonné, couché. Couché sur le dos, sur un côté,
sur le ventre. Dans un fauteuil, un sofa, un fauteuil à
bascule, une chaise longue, un pouf. Ou dans un hamac, si
tu en as un. Sur ton lit naturellement, ou dedans. Tu peux
aussi te mettre la tête en bas, en position de yoga. En
tenant le livre à l’envers, évidemment.

Grâce à ces lignes pleines de malice, on rentre avec délectation dans ce roman à l’allure  plutôt inattendue. On suit un lecteur, celui-là même auquel s’adresse le narrateur, qui a acheté (comme vous bientôt !) le roman d’Italo Calvino, et qui en commence assez vite la lecture (que l’on peut suivre en même temps que lui). Mais très vite, le Lecteur s’aperçoit que son roman présente une erreur de reliure : le même carnet a été broché tout le long du roman, il ne peut donc que relire encore et encore le début de son roman, sans en connaître la fin ! C’est pourquoi il se lance dans la quête d’un roman fini, mais il rencontrera bien des obstacles. En effet, au cours du livre et des pérégrinations du Lecteur, on croise dix débuts de roman, mais dont aucun n'a de suite. C’est en cela que consiste l’exercice de style d’Italo Calvino : il a écrit dix débuts de roman, tous de genres bien différents (du roman noir au roman sentimental, en passant par le roman psychologique, le roman policier, etc…).

En plus de cette panoplie de débuts de roman, l’auteur nous livre, au travers des personnages, une véritable réflexion sur la lecture et l’écriture, un questionnement sur le livre parfait, tant du point de vue du lecteur que de l’auteur, et finalement, on aboutit à une conclusion un peu borgésienne : il y a en fait autant de livres qu’il y a de lecteurs et de façons de lire.


Ma surprise donc, pour en revenir à ce que je disais, c’est que le livre a été récemment réédité : Gallimard a entrepris de rééditer tout l’œuvre d’Italo Calvino. Pour ce roman-ci, le titre a été légèrement modifié : il est devenu Si une nuit d’hiver un voyageur. Cette actualité (plus tout à fait très récente, car elle date d’avril mais je ne l’apprends que maintenant) me rend un immense service. Il y a quelques mois, au moment où je commençais ce blog, je voulais écrire un article sur ce livre, mais je ne l’avais pas fait, faute de temps / de courage / d’inspiration. Maintenant, c’est chose faite ! Alors, comme c’est l’été, les vacances, et que ça rime souvent avec « plus de temps pour lire », courez (ou cliquez sur l'image) acheter ce petit livre de poche (8€) qui vous régalera de malice et de poésie ! 



mercredi 10 juin 2015

La dose, Melvin Burgess

Petit retour en littérature jeunesse pour moi la semaine dernière, un peu imprévu. Mais attention, même si j'ai beaucoup aimé ce livre, je tiens tout de même, via cette chronique, à faire une mise en garde : ce livre n'est pas forcément à mettre entre toutes les mains ! D'ailleurs, si je l'ai lu, c'est parce que j'ai vu mon frère de 14 ans le lire, et ce que j'en avais entendu dire m'a inquiétée.



Ce roman se déroule dans une Angleterre où le clivage social entre riches et pauvres est considérable, et où beaucoup rêvent d'une vie meilleure (socialement, financièrement, politiquement...). Une nouvelle drogue fait parler d'elle : si on en avale une gélule, on vit une semaine de rêve, suite à laquelle, inéluctablement, on meurt. Forcément, pour des ados dont la vie est loin d'être rose, c'est tentant...

Le roman semble donc assez sombre, et pourtant il ne l'est pas tant que ça, notamment grâce à un embryon de révolution qui suscite l'espoir dans le coeur des personnages. Melvin Burgess manie très bien son sujet, et pas à un seul moment on ne s'ennuie : l'histoire est remarquablement bien menée. On va de la surprise à l'angoisse, de l'angoisse à l'espoir... Dur de lâcher un tel roman ! Je l'ai lu dans la journée : ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé !

En revanche, et c'est là qu'intervient ma mise en garde, ce roman est assez violent. Entre la violence d'un parti révolutionnaire extrémiste, celle d'une drogue trop populaire, et un personnage qu'on peut aisément qualifier de psychopathe, Melvin Burgess ne ménage pas ses lecteurs. Si je disais que ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains, c'est parce que des sujets tels que la mort, le sexe, et tous les excès auxquels les adolescents peuvent être confrontés sont abordés sans détours, et le jeune lecteur n'a pas forcément le recul nécessaire pour assimiler tout ça. Il faut donc se méfier : un jeune fragile, qui se teste encore ne devrait, à mon avis, pas lire ce roman (ou du moins attendre quelques temps). Et même pour des jeunes plus avertis, une discussion avec les parents, ou un autre adulte, peut s'avérer nécessaire.

mercredi 18 mars 2015

Evariste, François-Henri Désérable

Là encore, à lire le résumé, on pourrait s’interroger sur le lien entre fiction et réalité, puisque ce que François-Henri Désérable nous propose ici, c’est la biographie d’un jeune mathématicien du 19ème siècle.

En revanche, là, je ne me pose pas longtemps la question de l’appellation « roman ». Biographie, certes, mais romancée : le narrateur précise à plusieurs reprises qu’il fabule totalement sur certains faits, car les données biographiques existant au sujet d’Evariste Galois sont très lacunaires. Evariste Galois, c’est lui. Oups, en mettant ce lien, je vous ai spoilés. Oui, Evariste meurt, à la fin du livre, eh ben il meurt. Mais bon, le résumé sr le livre le dit aussi, alors vous auriez bien fini par le savoir !


En fait, l’intérêt de ce livre ne réside pas tellement dans la biographie du mathématicien, qui en soi ne passionnerait que peu de lecteurs, mais de ce qu’en fait le narrateur. Il y apporte une valeur ajoutée certaine grâce à un style vivant, enjoué et très engageant, il s’amuse réellement avec la matière narrative. Dès le prélude, on ne peut s’empêcher de sourire (j’ai même ri !)  à l’évocation du « Vieux » qui n’a qu’à claquer les doigts pour mettre l’univers en route. Très vite, l’auteur (pardon, le narrateur* !) appelle son lecteur (sa lectrice) « Mademoiselle ». Ca pourrait vous déstabiliser, messieurs, mais on est vraiment là dans le jeu de la fiction : le temps de cette lecture, vous serez cette demoiselle dont le narrateur tente de devenir le complice. 


* J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur de ce roman, à Paris. Au-delà de sa "bogosstidue" assurée, ce jeune auteur (28 ans, il écrit depuis dix ans), est un personnage très facilement accessible. Durant la conversation que nous avons eue, il a bien précisé que le "je" dans le roman ne le désignait pas lui-même. Il a en fait imaginé un narrateur qui raconterait cette histoire (sans en faire un livre) à une demoiselle, dans un jeu de séduction. 

A mon grand bonheur, François-Henri Désérable va peut-être venir prochainement en rencontre à Poitiers, l'affaire est en cours de négociation... 

lundi 23 février 2015

Le livre de Perle, Timothée de Fombelle

Avant que je ne le lise, certains m’avaient dit que Le livre de Perle, de Timothée de Fombelle, était une sorte de conte de fées. Mais en réalité, ça n’est pas tout à fait ça. Ce livre se veut comme une preuve des contes de fées.

Grâce à toute la poésie de son écriture, Timothée de Fombelle nous transporte, petits et grands, à travers une histoire d’une beauté incomparable. Au début, le roman a de quoi en décontenancer plus d’un. L’auteur s’amuse à rendre imprécis la narration et le cadre spatio-temporel, et c’est justement cette imprécision qui nous permet de lâcher prise sur notre monde pour plonger avec avidité dans cet ouvrage. Avidité, car on a envie de comprendre, de découvrir qui sont les différents personnages présents, et ce qui les relie les uns aux autres. En effet, le lien ne parait pas évident entre une fée qui vient de perdre ses pouvoirs, un vieil homme bourru qui vit en ermite dans une étrange maison, ou encore un couple de commerçants dans le Paris de la Seconde Guerre Mondiale. Timothée de Fombelle tisse alors une toile de fond qui aura le pouvoir de relier tous ces personnages incongrus, de faire un pont entre notre monde il y a quelques décennie et le monde des contes de fées, puis de refermer ce pont brutalement.




On plonge alors dans l’histoire d’un jeune homme qui semble venu de nulle part et qui se trouve tant bien que mal une place à Paris, juste avant la Seconde Guerre Mondiale, et on dévore le roman dans l’espoir de comprendre le lien avec cette histoire de fée et de prince qui nous avait été servie dans le premier chapitre. Le roman est fait de cela. Une longue tentative de dénouer les fils de la trame, et malgré tous les efforts du lecteur, une fin aussi surprenante que poétique. Ce roman permet à la littérature d’exister, et ce dans tous les sens du terme.  

Du côté de chez Drouant, Pierre Assouline

Pierre Assouline, depuis 2012 membre de l’académie Goncourt, a choisi de faire l’inventaire de ce qui a pu se passer Du côté de chez Drouant, en « Cent dix ans de vie littéraire chez les Goncourt ».

De la liste des lauréats aux évolutions du jury, tout y est, en incluant les nombreuses difficultés rencontrées lors des votes, ou les diverses réactions du public et de la presse face aux choix et au fonctionnement de ce jury chargé de récompenser un « volume d’imagination en prose », selon les termes d’Edmond de Goncourt.

D’abord présenté sous la forme d’un menu, apparemment typique de celui que les Dix mangent chaque mois, l’ouvrage s’avère en fait se dérouler de façon chronologique. Pierre Assouline énumère donc une par une les cent dix années depuis la création de ce fameux prix. Si cela lui permet à coup sûr de faire un inventaire complet (quoique l’on se demande parfois si les faits sont réellement présentés de manière totalement impartiale, cette présentation répétitive peut vite lasser.  Le choix du découpage en chapitres correspondant aux différentes parties du repas est judicieux, ou du moins fait-il sourire le lecteur féru de gastronomie. Quant à savoir quel est le lien entre ces titres et le contenu des chapitres… On se pose encore la question une fois la lecture terminée.


Un projet audacieux donc, et sans aucun doute enrichissant pour qui veut en savoir plus sur le prix littéraire qui fait tant parler chaque année. Le style d’écriture est agréable, l’ouvrage se lit avec aisance et plaisir. Mais on aurait aimé un propos plus problématisé, avec une réelle idée de fond derrière tout cela, plutôt que le simple catalogue…