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mardi 17 novembre 2020

La mer sans étoiles, Erin Morgenstern

 J'avais découvert cette autrice il y a quelques années, à l'occasion du Prix Littéraire des Chroniqueurs Web, pour son roman Le cirque des rêves, qui m'avait laissée un peu dubitative. En apprenant la sortie d'u nouveau roman de cette autrice, La mer sans étoiles, j'étais tout de même bien tentée, d'autant que le résumé en est très alléchant ! Je le fais rarement, mais une fois n'est pas coutume, je vous reproduis ici le résumé de l'éditeur. 

Dans la bibliothèque de son université, Zachary Ezra Rawlins trouve un livre mystérieux, sans titre ni auteur. Découvrant avec stupéfaction qu'une scène de son enfance y est décrite, il décide d'en savoir davantage. C'est le début d'une quête qui le mènera à un étrange labyrinthe souterrain, sur les rives de la mer sans Étoiles. Un monde merveilleux fait de tunnels tortueux, de cités perdues et d'histoires à préserver, quel qu'en soit le prix...

Le coup du livre qui raconte une partie de ma vie, passée ou future, ça doit être l'idée qui hante le plus mon imagination... Alors forcément, ce résumé m'a tout de suite parlé ! Et assez vite, on s'embarque à la suite de Zachary qui se lance dans une sorte de jeu de piste plus vrai que nature. Il va alors côtoyer d'étranges personnages dont il a du mal à saisir les buts véritables, et il aura en effet la chance de visiter une mystérieuse bibliothèque souterraine, sorte de labyrinthe d'érudition hanté par les souvenirs d'une effervescence aujourd'hui disparue. Quant à cette fameuse "mer sans étoiles", on lui en parle tellement que cela ne peut que piquer sa curiosité - et la nôtre. 

Comme dans Le cirque des rêves, on retrouve beaucoup d'éléments qui ont su me séduire. Un monde très onirique et qui ne se dévoile pas facilement, des fêtes - imaginées - dignes de Gatsby le Magnifique, le tout peuplé des références littéraires qui font rêver... Lire, entre deux chapitres, les mêmes pages que celles que lit et découvre Zachary, comme pour brouiller les pistes, m'a fait beaucoup penser à Italo Calvino, un auteur à l'imaginaire un peu fou. Quant à cette bibliothèque souterraine symbole de connaissance infinie, elle n'est pas sans rappeler Borgès. Tout cela montre le grand talent et l'immense travail réalisé par l'autrice pour aboutir à la publication de ce roman. 

Cependant, c'est une de ces lectures qui se méritent. Au début, on est happés dans l'enquête qui se met en place, on tremble de peur et d'excitation à l'idée de découvrir ce fameux monde souterrain. A la fin, on est préoccupés par le sort qui sera réservé aux protagonistes, et curieux de savoir comment Zachary parviendra à tirer son épingle du jeu. Mais entre les deux, il y a parfois quelques longueurs, et surtout, c'est tellement onirique et plein de mystère, qu'on s'y perd un peu. Il faut vraiment une lecture attentive pour suivre les différentes péripéties. J'ai pour ma part beaucoup aimé me perdre sur le rivage de la Mer sans Etoiles, mais cela demande un peu de patience et de persévérance dans la lecture. 

Un roman onirique qui se mérite donc, mais un très beau roman malgré tout. Mieux construit que son précédent, il a dû demander beaucoup d'efforts à l'autrice ! Il saura séduire les amoureux des livres, et des jeux vidéos, puisque c'est le sujet d'études de son protagoniste. 

Comme d'habitude je vous mets le lien pour acheter ce roman sur l'image ci-dessous, et même, je vous renvoie au site de la librairie où je travaille, puisque j'y défends ce roman !



jeudi 24 novembre 2016

Le cirque des rêves, Erin Morgenstern

Ca faisait presque un an que ce roman, Le cirque des rêves, me tentait, avec sa jolie couverture qui m'attirait bien. Et comme il est dans la liste du Prix Littéraire des Chroniqueurs Web, je me suis lancée ! Et c'est donc indiscutablement une surprise, mais en demi-teinte j'avoue.


Ce roman nous entraîne dans un univers totalement onirique, où l'on distingue difficilement l'imaginaire de la réalité. L'intrigue se passe au dix-neuvième siècle, et, comme le nom du roman l'indique, tout se déroule autour d'un cirque. L'histoire débute lorsque Célia, enfant, retrouve son père Prospero. Elle a été élevée par sa mère, mais celle-ci a pris peur lorsqu'elle s'est rendue compte que la petite fille présentait les mêmes "facultés" que son père, à savoir la faculté de transformer le réel. Ainsi, lors de leur première rencontre, elle casse la tasse de café qui se trouve devant elle, sans la toucher, et la reconstitue, toujours par sa simple emprise mentale, et évidemment, toujours sans bouger ni même ciller, remet le café dans la tasse. Au fur et à mesure que Célia grandit, ainsi que Marco, l'autre personnage central de cette histoire, on n'aura de cesse de retrouver des actions telles que celle-ci, sans jamais savoir si c'est réellement "magique", ou s'il y a un "truc" derrière tout cela. Quoiqu'il en soit, Célia est donc la fille de Prospero, un célèbre magicien, et Marco est sous la protection de son rival : les deux magiciens ont décidé, dès l'enfance de ces deux jeunes gens, qu'ils s'affronteraient lors d'un duel dont on ne connaît pas bien les termes. A vrai dire les deux jeunes gens n'en connaissent pas non plus les termes, et les découvriront à leurs dépens.

Quoiqu'il en soit, ce duel prendra place dans un lieu bien précis : le fameux "Cirque des rêves", qui sera le théâtre de véritables illusions. En fait, ces illusions sont d'ailleurs le fait de Marco et Célia, qui sans se connaître, redoublent d'efforts pour amener le plus de magie possible dans ce lieu merveilleux, car c'est là le grand principe de leur duel. Un jour, pourtant, les deux jeunes magiciens finiront par se rencontrer, et réaliser avec étonnement et gêne qu'ils n'ont pas tellement envie d'être adversaires, surtout dans ce challenge dont aucun d'eux ne sait quelle pourra être l'issue. Et c'est là que l'intrigue entre dans une spirale infernale qui installe une tension à peine masquée entre les deux protagonistes, que le lecteur ne peut que ressentir.


Ce cirque est donc le lieu de manipulations aussi magiques que merveilleuses, faisant tout l'aspect onirique du roman. Cela nous fait rêver, et nous entraîne dans des tréfonds de notre imagination dont nous ne soupçonnions peut-être même pas l'existence. Un autre point que je suis obligée de souligner ici, c'est la construction du roman. On retrouve à plusieurs endroits des petits épisodes plein de poésie, où le lecteur se voit tutoyé et pris à partie, comme un de ces nombreux spectateurs qui se rend au Cirques des rêves. Ces passages m'ont beaucoup fait penser au choeur dans les tragédies antiques : ces passages souvent en vers, qui prennent le lecteur / spectateur à témoin, et ont souvent pour but de récapituler ou faire un point sur l'intrigue. En plus d'être original, et de prouver la grande culture d'Erin Morgenstern, cela sert très bien ce roman qui se veut extraordinaire, à l'image de ses personnages.

Malgré tout j'ai été un peu gênée par le côté très cynique de ce début de roman. Marco et Célia sont donc chacun instruits par un magicien, mais ces deux hommes ne semblent pas capables de ressentir le moindre sentiment. Ils sont abîmés par les années, ressentent certainement de la lassitude, et se montrent incapables de s'attacher à un être humain, ni même de comprendre les sentiments qu'éprouvent d'autres humains autour d'eux. Ils jouent avec les vies des autres, sans se rendre compte que leurs décisions blessent des personnes. Trop de cynisme dans cette histoire donc, ce qui ne m'a laissé tout de même un sentiment de malaise une fois le roman refermé, et qui m'a empêchée d'en profiter pleinement.