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mardi 11 mai 2021

La Carte des Confins, Marie Reppelin

 Ce roman, on en a déjà beaucoup parlé avant sa sortie sur la "bookosphère". Quoi de plus normal, sachant que son autrice est une blogueuse assez connue, qui tient le blog Muffinsandbooks ? Son roman était déjà paru il y a quelques années sur Wattpad, et le voilà repris en papier par Pocket Jeunesse !

Une histoire de pirates, à laquelle vient se mêler de la magie, une héroïne "badass" au caractère flamboyant, qui promet une romance pleine de piquant... Ce roman a quoi en séduire plus d'un ! Je l'ai beaucoup aimé, je m'apprête même à rédiger un long article à son sujet pour Page des libraires. Et pourtant, certains points m'ont parfois un peu fait lever les yeux au ciel, et me laissent des sentiments ambivalents face à cette lecture. Pour compléter, je vous rajouterai le lien de mon article pour Page dès sa parution en ligne ! 

Le point noir, pour moi, c'est la romance. Callie est une jeune femme qui gagne sa vie en volant des objets de grande valeur pour les revendre. Si elle s'est toujours tenue à l'écart de la magie pour des raisons mystérieuses, la voilà en possession d'un compas magique, très recherché par un des pirates les plus célèbres : Blake, jeune capitaine de L'Avalon. La rencontre entre ces deux-là, dès les premiers instants, est explosive. Deux forts caractères qui, on le devine tout de suite, cachent plus de failles qu'ils ne veulent bien l'admettre, cela donne des dialogues pleins de piques plus ou moins ironiques. On pressent alors immédiatement que sous cette agressivité enjouée vont naître des sentiments bien plus ambivalents, et une attirance qu'ils auront du mal à saisir, l'un et l'autre. De ce point de vue, je dois souligner tout de même des éléments très réussis, remarquables pour un premier roman. Les dialogues sont très bien menés, pleins de rythme, et ne viennent en aucun cas prendre la place de la narration. Et la psychologie des personnages est bien étudiée : on s'y attache sans mal, et dans l'évolution de leur relation, aucun manque de cohérence ne se fait ressentir. Ils sont eux-mêmes jusqu'au bout, et ça, on peut l'admirer. 

Malgré tout, je trouve dommage que leur intrigue amoureuse prenne une place aussi importante. D'abord, parce que, j'en parlais récemment, je pense qu'il est important, en littérature jeunesse, de sortir des stéréotypes en matière d'amour, voire de montrer des histoires d'amour qui ne se finissent pas toutes bien. J'avais à cet égard beaucoup aimé Steam Sailors, roman de piraterie lui aussi, mais où l'amour n'est que peu présent, et cela fait du bien. En commençant La Carte des Confins, je pensais que l'intrigue évoquée dans le résumé (la quête de ce compas et de cette carte qui permettraient d'explorer les Confins et d'en revenir vivant, rêve de Blake pour faire entrer son nom dans la légende) était le propos principal du roman. Certes, c'en est une partie importante, mais force est de constater que la romance entre Blake et Callie prend nettement le pas dessus. Même si elle a quelque chose d'addictif qui nous fait guetter avidement le moment où ils vont ouvrir leurs cœurs, cette histoire d'amour est porteuse de bien des stéréotypes nocifs. Nous avons une jeune femme qui, forcée de se faire une place dans un monde dominé par les hommes, s'est créé une carapace et rembarre toutes remarques grivoises avec son humour grinçant ou, si nécessaire, à la force des poings. Elle vit dans un monde où la culture du viol est banale, et devra s'en défendre plus d'une fois. Face à elle, Blake est le type même de l'homme à femmes, qui ne peut pas s'empêcher de considérer les femmes qu'il croise comme des choses à séduire pour les mettre dans son lit. Parviendra-t-il à changer de comportement pour l'amour de Callie ? Au-delà de la question rhétorique, je ne trouve pas que ce schéma amoureux soit le meilleur à mettre dans l'imaginaire des jeunes, et le voir romantisé m'exaspère... Enfin, même si mon petit cœur d'artichaut avait hâte de voir Blake et Callie tomber dans les bras l'un de l'autre, j'ai pu parfois me lasser des trop nombreuses scènes de baisers. C'est d'abord plutôt touchant, mais on peut finir par être écœurés, à l'image du second de l'équipage, Bold... 

Si je suis si partagée sur ma lecture, c'est entre autres parce que je n'étais pas prévenue que la romance y était si importante. Je crois qu'il faut donc catégoriser ainsi ce roman : c'est une romance qui se déroule dans l'univers de la piraterie, portée par une excellente intrigue. Car en effet, tout le reste de l'intrigue est mené d'une main de maître. J'ai déjà souligné l'aspect des personnages, très bien campés, la part bien maîtrisée entre narration et dialogue. A ces qualités d'écriture, s'ajoutent la gestion des péripéties : le suspense est toujours présent, il y a les personnages clairement mauvais, et ceux dont la position n'est pas clairement identifiable. Les "méchants" ont autant d'intelligence et de force dans leurs actions que les "gentils", permettant des scènes d'affrontements d'une grande qualité. Si je suis déstabilisée par cette histoire d'amour trop présente, l'aspect roman de piraterie m'a complètement séduite, c'est vraiment orchestré avec beaucoup d'intelligence, et je me suis complètement laissée happer par cette partie de l'intrigue ! 

Maintenant que vous êtes dûment prévenus de l'importance de la romance, rien ne vous empêche de succomber, et avec cet aspect bien en tête, je suis persuadée que La carte des Confins saura séduire grand nombre de lecteurs ! Si vous voulez en être, procurez-vous le roman en quelques clics, en suivant le lien dans l'image ci-dessous ! 



mardi 16 mars 2021

Sous un ciel d'or, Laura Wood

 Un roman dévoré d'une traite le week-end dernier, alors que je ne savais pas à quoi m'attendre... Je voulais vous en parler immédiatement, et puis je n'ai pas eu le temps, alors je me rattrape ! 

1929. Lou vit dans une ferme des Cornouailles, la deuxième d'une fratrie de huit enfants. Elle a toujours été très proche de sa sœur aînée, aussi quand cette dernière se marie, elle est un peu perdue. D'abord parce que ses repères changent, mais aussi parce que, logiquement, elle devrait être la suivante à se marier, prochainement, mais elle ne s'imagine pas du tout un tel avenir. Elle échappe donc à ces pensées comme elle le peut, notamment en allant se réfugier dans la Cardew House. Cette demeure, appartenant à une famille de nobles locaux, est laissée à l'abandon depuis plusieurs années, mais Lou a trouvé comment y pénétrer, et en fait donc son jardin secret. Jusqu'au jour où les propriétaires, en la personne d'un frère et d'une sœur orphelins, d'une vingtaine d'année, reviennent sur les lieux. Alors qu'elle a déjà manqué une fois d'être prise sur le fait, la jeune fille ne peut résister à la tentation d'approcher à nouveau, lors d'une folle fête donnée par les Cardew. Lou s'engage là dans un jeu dangereux, auquel prendront volontiers part Robert et Caitilin Cardew... 

On se laisse aisément emporter dans ce tourbillon de fêtes, au rythme endiablé du charleston et des airs de jazz, dans le bruissement des robes à franges... L'ambiance de ces soirées nous évoque Gatsby le Magnifique, on retrouve des personnages comparables à Elisabeth Bennett et Mr Darcy... Les âmes romantiques s'y retrouveront, ce roman en fera frissonner plus d'un.e. A vrai dire, j'ai été happée dès les premières pages, tant l'autrice sait parfaitement distiller les indices d'une romance naissante, sans en dévoiler trop, nous faisant ainsi trépigner d'impatience et d'émotion mêlées. A la romance qui réchauffe les cœurs, s'ajoutent quelques réflexions féministes, faisant fi des conventions sociales de l'époque. En effet, si sa sœur aînée semble parfaitement épanouie dans un mariage heureux mais sans surprise, Lou se refuse à suivre ainsi une voie toute tracée pour elle. Elle rechigne à "se ranger", comme le lui conseille sa tante, et rêve d'horizons plus lointains que ceux de sa Cornouaille natale. Avec elle, on entrevoit la possibilité qu'une jeune femme puisse se réaliser ailleurs que dans le mariage et la maternité, possibilité assez peu admise au début du vingtième siècle. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à bousculer les conventions sociales de l'époque, puisque les Cardew et leurs amis mondains cachent eux aussi leurs lots de secrets. 

Certains aspects de ce roman m'ont semblé un peu faciles, m'amenant à m'interroger sur la crédibilité historique de tout cela. Je ne suis pas bien sûre de la position sociale de la famille de Lou par exemple. Une famille qui comporte de nombreuses bouches à nourrir, où les enfants sont inclus dans le travail de la ferme, mais qui laisse à Lou une complète liberté sur ses agissements, la liberté même de découcher ? Deux classes sociales diamétralement opposées (fermiers d'un côté, nobles de l'autre), qui se mêlent l'une à l'autre avec une facilité déconcertante, sans réaction extraordinaire d'un côté ou de l'autre ? Ces aspects ont pu me faire tiquer, mais malgré ça, la magie a opéré sans effort. Ces doutes ont été assez vite dissipés tellement ce roman était, finalement, agréable à lire. Il y a certes des imperfections, mais l'intrigue amoureuse est parfaitement ficelée, l'émotion très bien dosée, et on oublie assez vite ces quelques défauts. 

C'est un roman qui m'a fait du bien, que j'ai envie de garder sur mes étagères pour m'offrir à nouveau la possibilité de vibrer à la lecture de ces pages. Adolescents comme adultes, il saura vous ravir et vous offrir des frissons bienvenus. Alors sans hésitation, vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous pour vous procurer ce beau roman ! 



mardi 2 février 2021

La fabuleuse histoire des orphelins inadoptables, Hana Tooke

 J'ai commencé l'année 2021 avec ce petit roman jeunesse, dont à vrai dire j'attendais assez peu. Et finalement, j'ai tout simplement adoré ! C'est donc de mon premier coup de cœur de 2021 que je viens vous parler aujourd'hui... 

Milou, Fenna, Egg, Sem et Lotta sont cinq orphelins qui jusque là, n'ont connu que 12 années pas franchement heureuses à l'orphelinat de La Petite Tulipe, à Amsterdam. Leurs profils sont très atypiques, à commencer par le fait que leurs arrivées à l'orphelinat ont contrevenu aux règles très strictes édictées par Elinora Gassbeek, la directrice. Cette femme revêche mène d'ailleurs la vie dure à ces cinq orphelins désormais jugés trop vieux pour une adoption, mais dont elle aimerait tout de même se débarrasser à bon prix. Le jour vient où un mystérieux homme se présente et demande à les adopter eux, tous les cinq. Si, de prime abord, cela semble l'occasion rêvée pour être libérés et rester tous ensemble, Milou pressent vite que quelque chose cloche derrière cette histoire. Elle qui possède un sixième sens capable de détecter tout danger, et qui reste intimement convaincue que ses véritables parents ne tarderont pas à venir la récupérer, elle fera tout pour protéger ses amis, à commencer par orchestrer leur évasion ! Commence alors une suite d'aventures hautes en couleurs pour ces cinq enfants livrés à eux-mêmes. 

J'ai beaucoup aimé le ton de ce roman, renforcé par des illustrations qui mettent parfaitement dans l'ambiance, réalisées par Ayesha L. Rubio. A la fois délicates et habitées par un quelque chose d'assez sombre, les dessins de la couverture et des débuts de chapitre sont touchants, juste ce qu'il faut pour coller au texte. Le texte, justement, est tour à tour ironique, mystérieux, et sensible. On a, dans les aventures improbables de ces orphelins, une touche qui peut rappeler Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Mais c'est ici marié à une touche de légèreté qu'on ne trouvait pas dans cette précédente saga. En effet, les jeunes gens que l'on suit ici auront la chance de vivre des moments de véritable bonheur, et ont la volonté farouche de mener la vie qu'ils souhaitent, là où ils l'entendent. 

Bien sûr, tout n'est pas vraisemblable dans cette histoire, loin de là. Mais les différents ingrédients sont parfaitement dosés pour nous faire adhérer pleinement à l'intrigue. Du mystère et quelques scènes qui font battre nos cœurs de peur, du rire, des moments de joie partagée... Un véritable petit bijou, adapté aux jeunes lecteurs dès 10 ans, qui pas un seul instant ne les prend pour des enfants trop fragiles. J'adore ce genre de roman "junior", qui ne tombe pas dans le piège de la facilité. Alors si vous avez un jeune lecteur à occuper à la maison, pensez-y, et achetez ce roman en quelques clics à partir de l'image ci-dessous ! 



vendredi 13 novembre 2020

Burn, Patrick Ness

 Patrick Ness est reconnu comme un auteur jeunesse de qualité, car il n'hésite pas à aborder des thématiques importantes, mêlées à un imaginaire foisonnant, et il a à cœur de représenter la diversité dans ses romans, problématique d'actualité ces derniers mois. Il nous dévoile des mondes où le surnaturel devient commun, et il maîtrise à la perfection cette irruption du fantastique dans un univers pourtant bien semblable au nôtre. 

On retrouve toutes ces qualités dans son dernier roman paru en octobre, Burn. En pleine guerre froide, alors que les tensions entre USA et URSS sont particulièrement exacerbées, Sarah Dewurst et son père se débattent pour maintenir leur ferme à flot. Devant l'ampleur de la tâche, ils décident de faire appel à un dragon. Car oui, dans cet univers-ci, humains et dragons se côtoient, et même si leurs relations ne semblent pas aisées, c'est chose courante. En parallèle de cela, nous suivons Malcolm, un jeune homme issu d'une secte qui doit mener à bien une mission secrète capitale pour l'avenir de ce monde, pour laquelle il a reçu un entraînement de haut niveau. 

Un climat de mystère s'installe dès les premières pages de ce roman, ainsi qu'une tension qui met mal à l'aise. L'arrivée du dragon dans les vies de Sarah et de son père pourrait finalement leur causer plus de problèmes qu'elle ne les aiderait, notamment à cause d'un agent de police vicieux et dangereux. Le personnage de Malcolm, quant à lui, est très ambivalent. Déterminé à mener à bien sa mission, si violente et cruelle soit-elle, il fait pourtant preuve d'une grande sensibilité. Pour ma part, la première partie de ce roman m'a gênée. Trop de choses restées floues, on sent l'intrigue s'amener vers une noirceur inexorable, on a du mal à comprendre certains choix des personnages... Et finalement, la deuxième moitié de ce roman m'a emportée. Beaucoup d'explications se mettent en place de façon assez fluide finalement, et l'évolution des personnages est très bien travaillée. 

Comme je le disais également, les personnages sont représentatifs d'une belle diversité, qui permet de faire réfléchir, sans pour autant être le sujet principal de l'histoire. Sarah est métisse, sa mère, décédée, était noire. Elle et son voisin, d'origine asiatique, ont donc bien du mal à se faire accepter dans un lycée américain où tous les autres élèves sont blancs. Malcolm, quant à lui, est homosexuel, à une époque où cela semblait encore être un crime contre nature pour la plupart des américains. Cependant, ayant grandi au sein d'une secte, son orientation sexuelle n'est pour lui pas un problème, et il offre une vision assez lumineuse et simple de l'homosexualité, qui ne lui pose aucunement question. 

Si j'ai été déboussolée pendant ma lecture, c'est finalement un roman que j'ai bien aimé. Comme d'autres romans de cet auteur, il demande une certaine persévérance pour être pleinement savouré, mais j'en garde finalement un bon souvenir, grâce à une fin bien travaillée. 

A la faveur du confinement, vous aurez le temps de vous pencher entre les pages de ce roman pour profiter de sa lecture. Ou alors, vous pouvez anticiper les fêtes de fin d'année, et prévoir de l'offrir à un adolescent friand de littérature fantastique. Quoiqu'il en soit, n'hésitez pas à cliquer sur l'image ci-dessous, afin de l'acheter auprès d'un libraire indépendant, en clique et collecte. 




mardi 22 septembre 2020

A en perdre haleine, Deb Caletti

 A la réception de ce livre, j'avoue que j'étais sceptique. Une histoire de course à pied, avec un motif caché, je pensais que ça n'était pas pour moi… Et puis, un pied après l'autre, une page après l'autre, l'histoire d'Annabelle a finalement réussi à me tenir en haleine ! 

Cette Annabelle, on n'en sait pas grand chose au début du roman, alors qu'elle commence déjà à courir. Son histoire, on l'apprendra, par bribes, au fur et à mesure de son trajet. On sent cependant une grande fragilité en elle, une assurance perdue, qu'elle lutte pour retrouver. Des fantômes hantent ses journées, des souvenirs qu'elle tente de refouler mais qui trouvent le moyen de refaire surface. Alors le jour où elle n'en peut plus de ce qui se bouscule dans son esprit, elle se met à courir. Dans la course, elle retrouve les sensations de ses cours d'athlétisme, une discipline où elle brille, alors comme en ce moment elle ne sait faire que ça, elle court. Et sur un coup de tête, sa décision est prise : alors qu'elle doit comparaître à une audience à Washington cinq mois plus tard, elle va mettre ce temps à profit pour rallier Seattle, où elle réside, à Washington, à pied. En courant. Un semi-marathon par jour. Et malgré la folie apparente de ce projet, ses proches vont faire leur possible pour la soutenir, car ils comprennent que c'est désormais sa seule échappatoire. 

Au rythme des foulées, Annabelle se dévoile. Les paysages traversés, les personnes rencontrées, les situations observées, sont prétexte à faire rejaillir les souvenirs. Sa meilleure amie la suit, en pensée, son ex petit-ami est là aussi. Et puis il y a le Ravisseur, qui revient régulièrement. Peu à peu, les pièces s'emboîtent, on devine des choses, mais je pense que la réalité dévoilée à la fin de ce roman est d'une telle violence, qu'on ne peut même pas l'imaginer. Si l'on est à fleur de peau tout au long du roman, devant la sensibilité d'Annabelle, on tremblera forcément d'émotion en approchant de la fin du roman. D'émotion, mais aussi de rage. Car bientôt, cette course se mettra au service d'une cause. Et on aura envie de se battre aux côtés de la jeune coureuse pour l'aider à se faire entendre, pour aider la justice à se faire. 

Ce roman beau et sensible vous tirera certainement quelques larmes. Le rythme de la course d'Annabelle permet à la fois de prendre son temps, mais nos cœurs se mettent aussi à battre avec le sien lorsqu'elle peine à aligner les foulées. On ne peut pas rester insensibles devant cette histoire. Pourtant, j'ai parfois eu tendance à me perdre. Pas dans l'intrigue, où les différentes temporalités se mélangent avec un parfait équilibre pour doser le suspense tout en restant compréhensibles. Non, j'ai été perdue plutôt par la variété des sujets abordés. On sait qu'Annabelle court pour une cause, mais on ne comprendra qu'à la fin quelle est cette cause. Plusieurs pistes sont lancées au cours du roman, et justement, cette multiplicité des combats m'a un peu fait perdre de vue l'objectif final : l'autrice parle-t-elle de féminisme ? des armes à feu ? A trop vouloir évoquer de sujets de société, elle perd sa force de dénonciation, à mon sens. Dommage, le message final se fait rarement entendre en littérature jeunesse, alors qu'il est nécessaire ! 

Cependant, malgré ce défaut, c'est un roman à découvrir sans attendre, pour sa beauté et sa force. A ne pas mettre entre toutes les mains, car il évoque des choses assez douloureuses, mais il saura sans nul doute vous émouvoir. Alors n'hésitez plus, et cliquez sur ce lien pour vous le procurer !



mercredi 2 octobre 2019

Nous sommes l'étincelle, Vincent Villeminot

Cela faisait un moment que ce nouveau roman de Vincent Villeminot, Nous sommes l'étincelle, m'attirait. Alors quand la médiathécaire de mon village m'a demandé des conseils pour des achats jeunesse, je lui ai tout de suite donné ce titre ! Et j'ai été la première à l'emprunter... 

Vincent Villeminot signe ici un roman d'anticipation, proche du post-apocalyptique, puisque, à force de révoltes, la société telle que nous la connaissons semble avoir bien pâti. L'écosystème paraît lui aussi avoir pris un coup, et certains sont d'ailleurs partis vivre au cœur de la forêt, afin d'être dans un plus grand respect de la nature qui les environne. Ainsi, dès le début du roman, nous suivons une fratrie de trois jeunes gens, Dan, Montana et Judith qui, en 2061, habitent la forêt, seuls avec leurs parents. Alors qu'ils se font enlever par des braconniers, et que leurs parents partent à leur recherche, le roman se lance dans des flash-back, et se met à jouer avec trois temporalités différentes, afin de mieux nous faire entrevoir la genèse de ce monde, et les liens entre les différents personnages que nous allons croiser. 



Ces allers-retours entre trois époques sont extrêmement bien pensés. Bien sûr, ils amènent du suspense, faisant ainsi de ce roman un livre qu'on a bien du mal à lâcher. Mais surtout, ils donnent un rythme bienvenu, tout en portant petit à petit l'éclairage sur les différents recoins de la scène qui se déroule sous nos yeux. En 2025, une partie de la jeunesse a décidé de faire sécession. Ne trouvant plus sa place dans la société offerte par ses aînés, elle a tout plaqué pour partir vivre en forêt, en quasi autarcie. Pour expliquer cette utopie, et la société complètement bouchée que ces jeunes ont quittée, l'auteur a créé tout un système de références à la construction remarquable. Ainsi, en véritable démiurge, il nous cite les lois qui régissent cette société, nous donne à lire des extraits d'un livre à la base de toute cette utopie, avec un effet de réel remarquable. Alors qu'en 2025, la révolution est bien difficile à mettre en place, nous entrevoyons ce sur quoi elle a pu déboucher, près de trente ans plus tard. 

Au-delà même de l'intrigue, bien menée et qui laisse le lecteur en haleine, c'est un très beau roman sur les espoirs d'une jeunesse optimiste malgré tout. Mais surtout, ce roman se veut une ode à la famille, comme pilier le plus solide, peut-être, d'une société. L'amour filial est au cœur de ce roman, et si l'on peut passer à côté de cet aspect lors de la lecture, tellement riche, les remerciements sont là pour nous le redire. En effet, je trouve ici que cette partie, souvent délaissée à la lecture, est indispensable, et grâce au paragraphe que je m'apprête à vous citer, elle redonne véritablement du relief à cette belle entreprise d'écriture. 

"Ma femme et mes quatre enfants sont à la fois ma raison de chercher des lumières quand les ténèbres paraissent profondes, et la raison de croire que ces lumières existent. 
Leur simple existence, leur présence dans notre maison et sur d'autres terrains du monde, leurs colères, leurs joies et leurs sécessions sont des conséquences et des questions; des motifs et des motivations; des sources d'admiration. Rien n'est plus politique (et révolutionnaire), je crois, que d'être quotidiennement amoureux et de se promettre joyeusement un "toujours", de faire des enfants, de les voir s'élever... "

Par ces mots, j'ai compris que Vincent Villeminot ne signait pas ici un roman aussi "banal" que tous les autres qu'il a écrits jusque là. Non seulement, on pressent que ce texte a dû représenter une entreprise d'écriture de très grande ampleur (entre la création de ce nouveau monde, et la maîtrise des différentes échelles de temps) ; mais surtout, je pense que par ce roman, l'homme a réellement voulu crier son amour pour sa famille, ce qui lui donne une richesse émotionnelle incroyable. 

Je ne peux que vous inciter à aller acheter ce livre (moyen de soutenir financièrement un auteur à la tête d'une famille nombreuse), qui saura ravir autant les grands adolescents que les adultes, en cliquant sur l'image ci-dessous.